Affaire Bagayoko : les vraies questions qui se posent De quelles dérogations bénéciait le maire insoumis de Saint-Denis pour cumuler deux emplois à la RATP et à la Ville ? Page 4 L’accès à l’emploi de la « Gen Z » se dégrade dans le monde En 2025, selon un rapport de l’OIT, 257 millions de 15-24 ans n’étaient ni en emploi, ni en formation, ni en étude Page 3 Sauvée des cendres Près de 120 000 hectares de forêts et de champs ont brûlé en France en 2026, ainsi que 300 à 400 maisons. Quatre pom- piers sont morts, au moins 130 ont été intoxiqués en luttant contre des incendies historiques. Des centaines de milliers de citoyens ont dû être évacués des zones en flammes. La facture – humaine, éco- nomique et écologique – des feux qui ont frappé la France depuis le début de l’été est extrêmement lourde. Et les critiques fusent de toutes parts, sur l’imprépara- tion du pays face à ces drames. Un chantier pour une future loi de modernisation de la sécurité civile, qui devrait améliorer « l’anticipation, la prévention, la préparation, la lutte et le relèvement face aux risques de feux de forêts » avait été lancé, en avril 2024, par le ministre de l’Intérieur d’alors, Gérald Dar- manin. Il avait donné lieu à des travaux préliminaires (un « Beauvau de la sécurité civile »), mais s’était perdu entre la dissolu- tion et la motion de censure du gouverne- ment Bayrou. Le voilà remis sur les rails. Sébastien Lecornu a confié à sept parlementaires, dont les noms ont été publiés au Journal ociel ce 12 août, une mission temporaire pour alimenter et compléter les propositions qui existent déjà, à la lumière des drames de l’été. La mission compte, d’une part, quatre députés (Sophie Panonacle (Ensemble), Sophie Pantel (PS), Didier Lemaire (Horizons) et Jean-Louis Thié- riot (LR)) et, d’autre part, trois sénateurs: Françoise Dumont (LR), Olivier Bitz (Union centriste) et Pascal Martin (Union centriste). Ce dernier a pour particularité d’être ocier des sapeurs pompiers. Leurs travaux devront être transmis aux ministres de tutelle de la mission (Intérieur, Transition écologique, Agri- culture) le 21 septembre. Le mot d’ordre, inclus dans la lettre de mission : « privi- légier les recommandations opération- nelles, immédiatement applicables et ju- ridiquement sécurisées ». Le but est que les dispositions qui coûteront de l’argent puissent être déjà incluses dans le projet de loi de nances pour 2027. Emmanuelle Ducros @emma_ducros @emma_ducros X X Après les incendies, Matignon relance le projet de loi sur la sécurité civile En Italie, Meloni entre déjà en campagne pour 2027 A un an des élections législatives, la Première ministre domine largement à droite. Mais sa stratégie pourrait se compliquer Page 5 3’:HIKKLB=]UXUUV:?k@i@b@n@a"; M 00118 - 813 - F: 3,00 E Viser la lune Le projet de loi de nances (PLF) pour 2027 devrait être déposé le 30 sep- tembre à l’Assemblée nationale. Cet été, l’Inspection générale des fi- nances a mis en ligne plusieurs rapports portant des mesures d’éco- nomies dans le domaine du logement social, du soutien de l’Etat aux collectivités territoriales et des politiques familiales . Quant au débat sur un possible gel de prestations sociales, « il faudra l’avoir » a défendu le ministre des Comptes publics David Amiel sur Sud-Radio le 31 juillet. Sarah Spitz dis que le gouvernement cherche à limiter le creusement du décit, depuis plusieurs jours, les pistes d’écono- mies possibles font florès. Différents rapports de l’Inspection générale des nances (IGF) ont été publiés au cœur lll Page 3 A en croire les astrologues, l’éclipse du 12 août devrait faire apparaître ce qui est enfoui et permettre un nou- veau départ. Ces considérations peu scientifiques s’appliqueraient-elles dans le plus lointain (et plus austère) domaine des nances publiques ? Tan- Budget 2027 Les pistes sur la table du gouvernement L’Inspection générale des finances a dévoilé une palette de mesures d’économies dans différents domaines. Des arbitrages sont attendus à la rentrée Deux raisons de lever les yeux au ciel, pour deux spectacles aux anti- podes. Ce mercredi, les Français ont pu observer un phénomène astronomique rare: une éclipse solaire quasi totale, qui rappelle à certains le souvenir de celle de 1999, quand d’autres prennent déjà date pour la prochaine... en 2081. Avant ce grand rendez-vous popu- laire, Marine Tondelier a dénoncé rien de moins qu’un « asco » de santé publique: soit l’absence de distribution publique et massive de lunettes de protection, indispensables pour regarder l’éclipse sans risquer une atteinte rétinienne grave. En 1999, 147 personnes avaient été touchées. C’est bien sûr trop et il faut espérer que le bilan sanitaire de cette éclipse sera inférieur, d’autant que la quête de lunettes est vite devenue une vaine chasse au trésor. En 1999, ce temps où les réseaux sociaux n’existaient pas, le gouvernement de Lionel Jospin avait débloqué l’équivalent d’environ 2,5 mil- lions d’euros pour communiquer, avec la mise en circulation du train « Exposition éclipse 1999 » et la distribution de 2 mil- lions de paires de lunettes. Rien de tout cela en 2026, certes. Mais depuis plusieurs semaines, une véritable « éclipsomania » s’est empa- rée de la France, sans que Santé pu- blique France ne déploie une grande campagne de communication et de prévention. L’Etat est-il censé créer une sorte de droit opposable à l’obser- vation de l’éclipse ? Est-ce à un Etat en quasi faillite de fournir 70 millions de paires de lunettes de protection pour un phénomène observable pendant au mieux deux heures ? Triste spectacle qu’une candidate à l’élection présiden- tielle qui réclame encore cet Etat-nou- nou, celui qui infantilise. Rappelons ce chiffre : l’Etat doit trouver 35 milliards d’euros d’économies pour tenir son objectif de déficit 2026. La candidate écologiste a peut-être un problème de perception rétinienne. Mathilde Gardin Marine Tondelier, l’éclipse et l’Etat-nounou N° 3319 DATÉ DU 13 AOÛT 2026 3 € Nos séries d’été 2026 Moi, président... Comment Alexandre Jardin perçoit l’exercice du pouvoir? L’écrivain s’est glissé dans la peau du locataire de l’Elysée Le business du snobisme « so british » L’exposition d’été de la Royal Academy, les coulisses très privées du gotha de l’art Un été d’essais politiques Dis-moi qui tu cites, je te dirai qui tu es Pages 7 et 8 SIPA PRESS A New York, la lune de miel de Zohran Mamdani est déjà terminée Page 6 Comment la France révolutionne l’IA de défense lll A lire page 2 ECPAD/MINISTÈRE DES ARMÉES Des militaires dans un poste de commandement, lors de l’exercice Orion, en avril dernier. 2 l’Opinion 13 août 2026 Matrix Le ministère des Armées et ses différentes entités numériques mènent tambour battant la mise en place de systèmes de commande- ment dopés aux intelligences artificielles. L’état-major a pu démontrer l’interopéra- bilité d’Arcadia avec les systèmes d’autres nations , en juin, lors de l’événement CWIX de l’Otan. Il compte procéder à de nouveaux tests lors de l’exercice Bold Quest, aux Etats- Unis, n août. Clément Daniez Après avoir intégré les armes, jusqu’aux plus petits drones, les IA s’imposent au cœur des états-majors et de leurs systèmes de comman- dement et de contrôle des opérations (C2). Les Etats-Unis utilisent déjà Maven Smart System (MSS), fourni par Palantir et adopté par le com- mandement allié des opérations de l’Otan. La France planche, elle, sur Arcadia, dont le minis- tère des Armées a fait un objectif majeur pour les mois à venir. Arcadia doit doter au plus vite les forces fran- çaises d’un outil de C2 souverain, entièrement numérisé et dopé à l’IA, pour traiter la masse des données fournies par une profusion de capteurs militaires ou civils. Les armées seront alors en mesure de prendre beaucoup plus rapidement qu’aujourd’hui des décisions opérationnelles décisives, comme solliciter les unités les plus appropriées pour frapper un ennemi qui vient juste d’être détecté. Lancé discrètement fin 2025, Arcadia regroupe au sein d’une même « task force » les entités numériques étatiques de la défense : l’état-major des armées, la direction générale de l’armement (DGA), le commissariat numé- rique de défense (CND) et l’agence ministérielle pour l’IA de défense (Amiad). Et il englobe trois couches distinctes. La première correspond aux technologies de cloud, sur laquelle le CND est l’expert principal: la partie physique de stockage des données et ses logiciels propres. Elle prévoit des serveurs « à l’arrière », dans des lieux sécuri- sés sur le territoire métropolitain, et d’autres dé- ployés sur le terrain, de puissances variables, ca- pables de tourner même si les communications sont coupées ou dégradées. Sur une frégate, on parlera de « data hub embarqué ». Sur un poste de commandement de division ou de brigade, il sera question de « data hub de l’avant ». Tâtonnements. Cette couche permet de déployer la deuxième, de gestion des données opérationnelles, qui va fusionner et traiter les informations issues de différentes sources numériques (satellites, drones, etc.). Pour celle-ci, l’Amiad joue un rôle prépondérant et s’appuie sur la plateforme data déjà en service dans les armées, Artemis, dont elle pilote les évolutions. Celle-ci permet de faire fonction- ner la troisième couche, celle des applications enrichies à l’IA, qu’on pourrait comparer aux « app » d’un smartphone. Chaque armée aura son « package », lié à ses missions propres – il en sera de même pour les forces spéciales. « Si j’ai besoin d’une application de traitement d’image drone, je mets telle appli, explique une source militaire. L’idée, c’est d’évo- luer au rythme de la menace en face de nous, grâce à un système très agile, très plastique. » Si quelque chose ne marche pas ou ne donne pas satisfaction, les armées veulent pouvoir installer très vite autre chose, sans être pieds et poings liés à un unique industriel. Avant ce choix d’une architecture très ou- verte, sur laquelle il est possible de faire fonction- ner des « briques » de producteurs différents, la France a tâtonné. Elle avait d’abord opté pour un grand système d’information de numérisation du champ de bataille. Mais ce projet « SIA C2 », confié à Thales et SopraSteria, avec une archi- tecture fermée, a été stoppé par la DGA en 2025, faute de résultats probants. Sur ce point, les Français ont échoué là où les Américains ont réussi avec Maven Smart System. Déjà déployé massivement dans les forces, MSS a généré plus de 1 000 cibles lors des 24 premières heures de la campagne de bombardement sur l’Iran de la n de l’hiver, soit dix fois plus qu’avant son déploiement, a pointé le think tank CSIS, basé à Washington. Le C2 du futur issu d’Arcadia n’est, lui, pas encore opérationnel. C’est d’ail- leurs ce qui a fait dire en mai à l’amiral Pierre Vandier, commandant transformation de l’Otan, qu’« il n’existe aujourd’hui aucun véritable concurrent à Palantir ». L’armée française a toutefois pu procéder à de premiers tests – présentés par les autorités comme concluants – pendant la dernière phase du grand exercice national Orion, au printemps, puis à l’occasion de l’événement annuel de l’Otan dédié à l’interopérabilité entre alliés, CWIX, en juin. « Nous avons prouvé que nous étions inte- ropérables avec des systèmes de C2 d’autres nations », s’est félicité, lors d’une récente présen- tation, le contre-amiral Vincent Sébastien, chef de la division numérique. Plusieurs pays se seraient montrés inté- ressés par ce système ouvert, contrairement à Maven. « L’approche très modulaire, qui est la nôtre, par couches, offre d’énormes possibili- tés aux nations de l’Alliance souhaitant choisir en toute souveraineté leur montage, explique le haut gradé. Une nation qui dirait : « j’ai déjà choisi mon cloud, mais je n’ai pas de plateforme data » offre la possibilité à la France de candida- ter [avec la sienne] ». Les industriels travaillent sans relâche pour que leurs solutions soient sélectionnées sur ces trois couches. Ils doivent cependant accepter un fonctionnement à la fois concurrentiel et collaboratif : dans certains cas, une partie seu- lement d’une proposition pourrait être retenue. « On peut choisir un outil, mais en disant que son chatbot ne nous convient pas et qu’il faut intégrer celui qu’on a développé en interne », précise une source militaire. Ce pourrait être le LLM de l’armée de terre, issu d’un modèle de Mistral AI et baptisé Berthier, comme le chef d’état-major de Napoléon. Tri dans les applications. Selon nos infor- mations, la rentrée sera l’occasion de lancer plusieurs « sprints » par fonctionnalités pour les mois à venir : des choix seront actés parmi les solutions présélectionnées, encore en concur- rence. Ce sera notamment le cas pour la brique de base des systèmes de C2, le logiciel de tenue de situation opérationnelle, jugé prioritaire. Le choix pourrait se porter sur tout ou partie de Hexaforce du géant Thales, Centeris C2 de SopraSteria, avec aussi des propositions de plus petites sociétés, comme le Holograph de DeliaS- trat et le Prevail de Comand AI. Toutes seront, in ne, validées par l’Amiad, qui va s’assurer de leur sécurisation. Une entreprise peut proposer plusieurs so- lutions. SopraSteria espère ainsi que son « Dou- menc », du nom d’un général ayant joué un grand rôle dans le ravitaillement du front pendant la Première Guerre mondiale, sera retenu. Ce lo- giciel testé durant Orion et présenté à l’Opinion permet à un état-major de division ou de corps d’armée de sélectionner différentes options de stationnement et de flux logistiques pour les forces, en fonction de la topographie. Doumenc revoit ses calculs lorsque le théâtre évolue, en tenant compte, par exemple, du temps d’indis- ponibilité d’un pont en cours de réparation. La grande couche d’applications du C2 de l’armée de terre porte déjà un nom, tiré de la litté- rature médiévale, Galaad (Groupe d’Algorithmes Aéroterrestres pour l’Aide à la Décision). Au siège de Balard, on espère que son opérationnalisation pourra commencer dès 2027, en parallèle du grand objectif de l’année : la capacité à déployer en 30 jours une division « bonne de guerre ». Soit 25 000 soldats prêts au combat et leurs équipe- ments au complet. Jusqu’aux IA. @cdaniez @cdaniez X X « L’approche très modulaire, qui est la nôtre, par couches, offre d’énormes possibilités aux nations de l’Alliance souhaitant choisir en toute souveraineté leur montage » Chaque armée aura son « package », lié à ses missions propres. Ici l’armée de terre en exercice à Saint-Flour (Cantal), en octobre 2022. SIPA PRESS La France révolutionne l’IA de défense L ’idée que l’Europe puisse adopter les modèles d’IA ouverts de la Chine est plus tentante que jamais, et ce pour deux raisons qui se sont accentuées ces derniers mois. Le premier exemple est Washington. Les Etats-Unis ont renforcé leur emprise sur l’IA avancée, en limitant l’accès aux puces qui entraînent les meilleurs systèmes et, cet été, en retirant brièvement de la vente même leurs propres modèles les plus performants – un rappel que l’accès accordé est un accès qui peut être retiré. Deuxièmement, les modèles chinois, autrefois à la traîne, égalent désormais les performances des modèles d’IA américains. En effet, lorsque Moonshot a dévoilé Kimi K3 lors de la Conférence mondiale sur l’intelli- gence articielle de Shanghai en juillet – le plus grand modèle téléchargeable gratuite- ment jamais créé, classé par certains tests indépendants au même niveau que les meil- leurs systèmes américains –, l’indice Nasdaq a chuté de plus d’un point de pourcentage en une seule journée. Quatre risques. En combinant ces deux éléments, les décideurs politiques européens semblent envisager de se tourner vers les modèles gratuits chinois comme assurance face à un partenaire peu able, une assurance qui s’avère également moins coûteuse pour l’Europe compte tenu de sa dépendance potentielle à l’IA. La tentation n’est certainement pas vaine. D’excellents modèles chinois, peu coûteux, pourraient réduire notre dépen- dance à l’égard d’un Washington imprévi- sible. Un modèle hébergé sur vos propres serveurs est, d’une certaine manière, plus souverain qu’un modèle loué à la Californie. Il serait préférable de laisser les forces du marché déterminer quels modèles s’implantent en Europe. Cepe ndant, il y a une différence entre laisser le marché décider et laisser les Etats orienter cette décision. Les entreprises européennes sont déjà libres de télécharger ces modèles et de les exécuter sur leurs propres serveurs, et beaucoup le font. Mais l’Europe ne devrait pas trans- former un choix commercial en politique ocielle en orientant les fonds publics, les marchés publics et son propre discours sur la souveraineté vers la technologie chinoise. Pourquoi ? Premièrement, la gratuité est une stratégie commerciale, et les stratégies com- merciales peuvent être remises en question. Les modèles ouverts chinois ne sont pas un cadeau au monde ; ils permettent d’acquérir des utilisateurs à moindre coût aujourd’hui et de leur vendre des services plus tard. La plupart des laboratoires qui les sous-tendent sont peu ou pas rentables et sont maintenus en activité par des investisseurs patients – fonds spéculatifs, géants de la tech, inves- tisseurs liés à l’Etat – qui nancent une main- mise sur le marché, et non un bien public. Dès que ce calcul changera, l’ouverture sera la première chose à disparaître. C’est déjà une réalité : Alibaba, qui fut jadis l’un des plus fervents défenseurs de la gratuité de ses modèles, réserve désormais sa version la plus performante aux abonnés. Le véritable risque n’est pas la disparition des téléchargements actuels – une fois publiés, ils restent accessibles – mais l’arrêt brutal des mises à jour et des correctifs de sécurité, laissant les développeurs se retrou- ver avec un modèle obsolète, sans aucune perspective d’avenir. Deuxièmement, s’appuyer sur les modèles chinois pourrait se révéler contre- productif, précisément au moment où les deux superpuissances de l’IA se dissocient. Les Américains gardent leurs meilleurs sys- tèmes fermés, les Chinois les rendent acces- sibles à tous, et l’Europe se retrouve coincée dans un entre-deux précaire – un entre-deux qui se réduit comme peau de chagrin. Wash- ington a démontré qu’il n’hésiterait pas à restreindre l’accès à sa guise, et sa prochaine cible pourrait bien être les modèles chinois eux-mêmes. Nombreux sont ceux qui auraient été formés en partie grâce aux résultats des systèmes américains – un raccourci appelé distillation – et les Etats-Unis envisagent des sanctions pour y mettre un terme. Si ces sanctions sont adoptées, l’Europe en subira les conséquences de deux manières : les modèles chinois pourraient perdre l’accès à l’amélioration à moindre coût sur lequel ils s’appuient et prendre du retard ; les entre- prises européennes qui se sont développées à partir de modèles entachés par des tech- nologies américaines restreintes pourraient se retrouver sous le coup de la répression américaine. Un choix commercial discret est facile à annuler ; un pari de politique publique, beaucoup moins. Troisièmement, une adoption ocielle des modèles chinois pourrait étouffer les modèles européens. Les modèles souve- rains, tels que le Mistral français, ne sont pas encore à la pointe du progrès et ne le seront jamais sans que les entreprises et les gouvernements européens choisissent de les acquérir, de se former sur ces plateformes et de les faire progresser. Bruxelles a enn investi des ressources nancières et politiques dans cet objectif, à travers ses nouveaux plans relatifs à la souveraineté et aux semi-conducteurs, ainsi qu’au partage de la puissance de calcul publique. Tout cela part du principe que les acheteurs européens soutiendront les modèles européens. Laisser entendre que la solution souveraine existe déjà, gratui- tement, à Hangzhou, revient à les priver discrètement de la demande dont ils ont besoin pour survivre. Marché ouvert. Quatrièmement, on ne peut gouverner ce dont on ne peut examiner l’intérieur. Ces modèles ne sont « ouverts » que dans un sens restreint : on peut les télé- charger et les exécuter, mais on ne peut pas inspecter les données sur lesquelles ils ont été entraînés ni les instructions qui y sont intégrées. Cette lacune n’est pas anodine. Des tests indépendants ont révélé que les modèles chinois évitent discrètement les sujets politiquement sensibles et nuancent leurs réponses sur tout ce qui touche à la Chine, et qu’ils se comportent différemment en chinois et en anglais. Tout l’avantage comparatif de l’Europe réside dans sa gouvernance technologique, régie par des règles claires en matière de transparence, de protection de la vie privée et de droits fondamentaux. Intégrer les services publics à un modèle dont le fonctionnement interne échappe à tout contrôle extérieur est incompatible avec cette ambition et risque d’engendrer des problèmes, de conformité et de sécurité, qui n’apparaissent généralement que plus tard. La solution n’est pas d’interdire les modèles d’IA chinois, mais l’Europe ne devrait pas non plus les promouvoir. Les entreprises européennes, qui évaluent les coûts, les licences et la localisation de leurs données, devraient être libres de choisir des modèles chinois, mais elles ne devraient pas y être contraintes. La tâche des décideurs européens n’est pas de favoriser un vainqueur étranger. Il s’agit de maintenir le marché ouvert, d’évaluer les risques avec transparence et de consacrer leurs ressources politiques limitées au renforcement de leur position nationale. Laissons le marché juger les modèles chinois sur leurs mérites. Bruxelles doit s’abstenir de toute inuence. « Les Américains gardent leurs meilleurs systèmes fermés, les Chinois les rendent accessibles à tous, et l’Europe se retrouve coincée dans un entre-deux précaire » « On ne peut gouverner ce dont on ne peut examiner l’intérieur » Tribune « IA: il ne faut ni interdire, ni promouvoir les modèles chinois mais laisser le marché juger » Par Alicia Garcia-Herrero , économiste et chargée de recherche au think tank Bruegel, basé à Bruxelles DR 13 août 2026 l’Opinion 3 Budget 2027 : les pistes sur la table du gouvernement « Le s différents rapports constituent un travail de grande qualité mais qui n’engage que leurs auteurs et ne préjuge pas des décisions qui seront prises par le gouvernement », fait savoir Bercy SIPA PRESS Avec 5,2 millions de logements sociaux, la France détient la palme du plus important parc social d’Europe. Hors dépenses pu- bliques de rénovation urbaine (ANRU) et de logement social en outre-mer, la politique de logement social coûte 14,8 milliards d’euros chaque année à la France. La moitié de cette somme, 7,04 milliards d’euros, est versée aux locataires sous forme d’aide personnalisée au logement (APL), tan- dis que les 7,8 autres milliards d’euros sou- tiennent les bailleurs sociaux. Mandatées par Matignon, l’Inspection générale des nances (IGF) et l’Inspection générale de l’environne- ment et du développement durable (IGEDD) ont publié un rapport présentant trois scéna- rios d’économies, respectivement d’un, deux et trois milliards d’euros. Le projet de loi de - nances pour 2026, porté par le gouvernement de Sébastien Lecornu, a déjà intégré une par- tie des réformes préconisées. SCÉNARIO N° 1 : 935 MILLIONS D’EUROS Dans leur premier scénario, les inspecteurs avancent trois mesures. La première consiste en une hausse de cotisations pour les bail- leurs sociaux de l’ordre de 300 millions d’eu- ros, destinée à renouer les caisses du Fonds national des aides à la pierre (FNAP), qui fi- nance la construction de nouveaux logements sociaux. Dans le budget de 2026, le gouverne- ment avait déjà relevé ce montant de 200 mil- lions d’euros. La deuxième mesure visant les bailleurs sociaux consisterait à supprimer certains prêts à taux avantageux d’Action Logement Services (ALS), que l’Etat considère comme « redondants » avec ceux de la Banque des Territoires. Coût économisé : 435 millions d’euros. Enn, la mission propose la suppression des APL pour les étudiants extra-européens APL, exonération d’impôts, TVA : les trois scénarios de réduction des dépenses pour le logement social non boursiers, estimée à 200 millions d’eu- ros, une mesure déjà appliquée depuis le 1 er juillet 2026. SCÉNARIO N° 2: 1,84 MILLIARD D’EUROS Ce scénario s’ajoute au premier, avec près d’un milliard d’euros de coupes supplémen- taires et des mesures socialement plus diffi- ciles à faire passer. La première mesure prévoit une révision du périmètre et du montant du supplément de loyer de solidarité (SLS), un « surloyer » pour les locataires dépassant les plafonds de ressources, qui permettrait d’augmenter les recettes de l’Etat de 600 millions d’euros. Deuxième mesure : la suppression des APL pour tous les étudiants dont les parents appar- tiennent aux deux derniers déciles de revenus, pour une économie de 125 millions d’euros. Enn, la mission propose la suppression de la moitié des prêts à taux préférentiels « accession-travaux » d’Action Logement, des- tinés aux particuliers souhaitant acheter leur logement ou entreprendre des travaux. Eco- nomie attendue : 188 millions d’euros. SCÉNARIO N° 3 : ENTRE 2,89 ET 3,22 MILLIARDS D’EUROS Il est le plus ambitieux : il s’agit de transformer le modèle économique des bailleurs sociaux. La première mesure consiste à supprimer les exonérations d’impôt sur les sociétés pour les bailleurs sociaux, et à les soumettre au droit commun, ce qui ferait gagner 400 millions d’euros. Ensuite, l’administration plaide en faveur d’un développement massif de la vente de logements sociaux, notamment aux loca- taires actuels, pour atteindre 15 000 ventes supplémentaires par an. L’idée consisterait ici à gagner 314 millions d’euros en taxant la plus-value. Un développement massif de la vente de logements sociaux - ici le quartier Pablo-Picasso, à Nanterre – est préconisé, notamment en s’adressant aux locataires actuels. SIPA PRESS Enfin, mesure la plus incertaine de ce rapport : le relèvement des taux de TVA sur la construction, de 10 à 20 % pour le logement lo- catif intermédiaire (LLI) et de 5,5 à 10 % pour le logement très social (PLAI). Pour ne pas exces- sivement freiner la construction, cette hausse serait en partie compensée par une baisse des taux des emprunts auprès de la Caisse des dé- pôts. Cette mesure permettrait d’économiser entre 335 et 658 millions d’euros, le rendement de cette proposition dépendant du ralentisse- ment, ou non, de la construction. Ainsi, au total, l’administration sollicite un effort de 1,78 à 2,11 milliards d’euros de la part des bailleurs sociaux et de 1,11 milliard des ménages, soit un effort porté majoritaire- ment par les bailleurs. Nathan Tacchi @nathan_tacchi @nathan_tacchi X X Chômage En France, au deuxième trimestre 2026, 21,6 % des actifs de moins de 25 ans re- cherchaient un emploi, en hausse de 2,5 points sur un an Enzo Caillaud-Coz Sur tous les continents, un même constat s’impose : les jeunes peinent à accéder à l’em- ploi. Dans son dernier rapport, l’Organisation internationale du Travail relève que 257 mil- lions de personnes âgées de 18 à 24 ans ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation (on les appelle les « NEET »). Cela représente un jeune sur cinq dans le monde. Les conjoncturistes n’esquissent aucune évolution favorable du taux d’emploi de cette tranche d’âge, révélant la vulnérabilité de la « Gen Z » face aux vents contraires soufflant sur l’économie mondiale. « Le ralentissement de la croissance économique, la faiblesse des créations d’emplois, les tensions géopo- litiques et l’accélération des changements technologiques conduisent les pays vers une nouvelle crise de l’emploi des jeunes », s’in- quiète l’OIT mercredi, soulignant une hausse simultanée, ces dernières années, du taux de chômage (12,4 %) et de la part des « NEET » (20 %) parmi les jeunes. Le premier des deux taux mesure les jeunes actifs en recherche d’emploi, quand le second intègre l’ensemble des 18-24 ans sortis du système éducatif ou de formation, qu’ils soient au chômage ou inactifs. Entre 2023 et 2025, la part des jeunes au chômage a aug- menté dans 105 pays et reculé dans 58 autres, sur fond de turbulences macroéconomiques qui fragilisent, en premier lieu, les contrats d’entrée. « L’emploi des jeunes est procyclique. Dès qu’il y a un mouvement conjoncturel ou une anticipation de celui-ci, ce sont les jeunes qui subissent en premier lieu les effets », explique Isabelle Recotillet, docteure en éco- nomie. L’ancienne responsable d’études sur l’insertion des jeunes au Centre d’études et de recherches sur les qualications (Cereq) note ainsi que « lorsque la croissance s’essou e, on observe très vite un ralentissement de l’emploi intérimaire et des contrats d’apprentissage ». Une interrogation persiste quant au rôle exact joué par l’IA dans cette crise de l’emploi. L’économiste Isabelle Recotillet appelle à la prudence, rappelant que les « NEET », qui re- présentent près de 1,5 million de Français de 15 à 29 ans, sont « plutôt des jeunes sans quali- cation, qui vont travailler dans l’hôtellerie-res- tauration, la construction et d’autres métiers peu impactés par l’IA ». Colère. S’il est encore tôt pour bien dénir les facteurs décisifs des di cultés d’insertion, celles-ci s’illustrent déjà pleinement en France, où 21,6 % des actifs de moins de 25 ans recher- chaient un emploi au deuxième trimestre de 2026, en hausse de 2,5 points sur un an. Cette évolution est la plus importante observée dans l’Union européenne, où le taux moyen se sta- bilise autour de 14,8 % selon l’OIT. Un signal rouge occulté dans une récente publication du ministère du Travail, qui se réjouissait que la France soit « au seuil du plein emploi pour une grande partie de la population active », en met- tant en avant l’inhabituel taux d’emploi « des 28-60 ans ». Ailleurs dans le monde, cette absence de perspectives nourrit la colère d’une « Gen Z » qui s’estime inconsidérée par les pouvoirs publics. Les inégalités intergénérationnelles atteignent leur sommet dans le Golfe et au Ma- ghreb, tandis qu’un jeune diplômé sur deux est au chômage en Inde – un taux bien plus élevé qu’en Chine, qui avait toutefois cessé de publier ses statistiques en 2023 avant de rétropédaler... et de changer sa méthodologie de calcul. @enzocaillaudcoz @enzocaillaudcoz X X L’accès à l’emploi de la « Gen Z » se dégrade dans le monde En 2025, selon un rapport, 257 millions de 15-24 ans n’étaient ni en emploi, ni en formation, ni en étude lll Suite de la page 1 de l’été, dont certains sont passés sous les radars. Ainsi en est-il de la « revue des dépenses publiques en faveur du logement social » menée par l’institution placée sous l’autorité de Bercy. Ce pavé de 710 pages, nalisé en novembre mais mis en ligne le 4 août, répond à une demande de François Bayrou lorsqu’il était encore à Mati- gnon. Dans sa lettre de mission datée du 19 mai 2025, il y xait « un objectif clair d’identication d’économies réalisables sur le périmètre étudié, sur la base d’un scénario central et de scénarios alternatifs, permettant de baisser substantielle- ment la dépense publique ». Réponse de l’IGF : trois scénarios d’écono - mies d’un, deux et trois milliards d’euros sont détaillés. On y lit pêle-mêle qu’une contribu- tion des bailleurs sociaux « pourrait être ren- forcée de 300 millions d’euros » ou encore que la suppression de l’exonération d’impôt sur les sociétés dont ils bénéficient aurait « un gain budgétaire incertain mais estimé à 400 millions d’euros ». Une hausse des taux réduits de TVA appliqués à la construction de logement social « serait envisageable » pour une économie entre 335 et 658 millions d’eu- ros selon les hypothèses. Ciblage des APL. L’Inspection évoque ensuite des « mesures ciblées » sur les aides personnelles au logement (APL) accordées aux étudiants locataires rattachés à des foyers scaux aisés pour 325 millions d’euros. Cette mesure est évoquée ailleurs : dans un autre rapport, plus récent, portant cette fois sur les politiques familiales. Sébastien Lecornu avait demandé à l’IGF et à l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) de plancher sur le sujet le 26 décembre dernier. C’est chose faite de- puis juin et leur production a été mise en ligne n juillet. Il y est question cette fois de 550 mil- lions d’euros d’économies : la différence s’ex- plique par un seuil de ressources parentales plus bas dans ce deuxième calcul. Neuf autres mesures « prioritaires » sont listées dans cet autre rapport pour 4,2 milliards d’euros d’économies, dont 2,5 milliards « à court terme ». La majoration de 10 % appliquée aux pensions des retraités ayant eu trois enfants, ju- gée à la fois peu incitative en matière de natalité, peu redistributive et bénéciant principalement aux hommes, serait abandonnée au prot d’un forfait mensuel de 125 euros. De quoi rapporter 1,1 milliard d’économies à horizon de dix ans. Les auteurs préconisent aussi de baisser de 20 % les seuils des allocations familiales rete- nus pour passer de la deuxième à la troisième tranche, ce qui représente 75 euros par mois en moins pour les ménages concernés. De plus, supprimer la réduction d’impôt pour frais de scolarité dans le secondaire et le supérieur per- mettrait de dégager 450 millions d’euros. Collectivités territoriales. Ce n’est pas tout. Un autre rapport s’ajoute à la pile des ré- centes mises en ligne: celui-ci porte sur la « ratio- nalisation du soutien de l’Etat à l’investissement des collectivités territoriales », lui aussi nalisé en novembre dernier et sollicité par le précédent Premier ministre. Il y est proposé une réforme structurelle visant à « modifier les paramètres des différents soutiens de l’Etat » mais aussi, pour « maîtriser la dépense » et « en augmenter l’e - cience », diverses mesures « pouvant être mises en œuvre sans délai » et qui pourraient totaliser 3 milliards d’euros d’économies. Si certaines des nombreuses mesures pré- sentées dans ces rapports relèvent du régle- mentaire, d’autres pourraient bien nourrir les réflexions en vue du PLF et PLFSS, les deux textes de loi budgétaires. « Le ministère évalue l’ensemble des recommandations. Les diffé- rents rapports constituent un travail de grande qualité mais qui n’engage que leurs auteurs et ne préjuge pas des décisions qui seront prises par le gouvernement », se contente-t-on de commenter à Bercy. Le gouvernement rééchit aussi à d’autres types d’économies. La petite musique d’une désindexation partielle des pensions de retraite est en train de monter. Cette éventualité, politi- quement explosive, a été suggérée par le qua- tuor d’économistes mandatés par Bercy pour faire un tour d’horizon des nances publiques dans le cadre de la « mission transparence ». L’e n t o u r a ge d e S é b a s t i e n L e c o r n u confirme que ce sont des « hypothèses de Bercy », présentées au Premier ministre « à la n du mois ». De manière plus générale, Ma- tignon dit regarder « avec intérêt les recom- mandations formulées en vue du prochain budget ». En langage ésotérique: les chakras sont ouverts. @sarah_spritz @sarah_spritz X X La petite musique d’une désindexation partielle des pensions de retraite est en train de monter 4 l ’Opinion 13 août 2026 Série (3/4) Une dernière marche à gravir, et toujours le même obstacle. Depuis 2002, quand il parvient au second tour, le Front national, devenu Rassemblement national, échoue à franchir le dernier pas. Front républicain, failles organisationnelles, entourage défail- lant : à l’heure où le RN prépare 2027, ses cadres auscultent les échecs passés pour comprendre ce qui, à chaque fois, fait dé- railler la conquête du pouvoir. Retour sur ces désillusions qui hantent encore sa stratégie, avec le duel de 2022 : Marine Le Pen contre Emmanuel Macron. Nina Jackowski U N E MAU VA ISE RÉP ON SE à une bonne question. L’entre-deux tours de 2022 prend des airs de revanche. Marine Le Pen choisit de défier Emmanuel Macron sur son propre terrain : la technique, le sérieux, la crédibi- lité. Quitte à pécher par excès de prudence. « C’était d’un chiant », résume aujourd’hui un pilier de la campagne. Dimanche 10 avril, avec 23,15 % des suf- frages, la candidate du RN bat son propre score de 2017, mais accuse plus de quatre points de retard sur le président sortant. Il lui faut se dédiaboliser pour siphonner une partie de la vague mélenchoniste (21,95%), sans laisser fi- ler les derniers zemmouristes (7,07%). Dès son allocution de Vincennes, elle mise sur un front anti-Macron : la candidate du peuple « face au pouvoir de l’argent » et la retraite à 65 ans. Premier obstacle : le front républicain, lui, résiste. Pas « une seule voix » à l’extrême droite, répète Jean-Luc Mélenchon le soir même. La gauche lui emboîte le pas, tout comme Valérie Pécresse. Ce sursaut du « sys- tème » sera, encore cette année-là, la pre- mière explication avancée par les lepénistes pour justier leur défaite. Le barrage les a ébranlés, certes. Mais les mêmes racontent aujourd’hui une autre his- toire : celle d’une campagne mêlant improvi- sation et paralysie. Le sujet sera longuement évoqué le 17 avril 2026 lors du premier sémi- naire présidentiel organisé dans l’Essonne. Le sprint démarre lundi 11 avril. Et, dès les premières foulées, Marine Le Pen perd du terrain. Les premières images la montrent cal- feutrée au siège du XVI e arrondissement de Paris, quand son rival s’offre un bain de foule à Denain dans le Nord. « Le QG était envahi par une foule de soupirants-parasites voulant lui expliquer comment gagner. En décou- vrant Macron sur le terrain, on s’est retrou- vés comme des cons », admet aujourd’hui un cadre de la campagne. L’équipe accélère. L’après-midi, leur championne est dépêchée auprès d’un cultivateur céréalier. Polémiques à la pelle. Les jours suivants, les conférences de presse aux intitulés pom- peux s’enchaînent. « On a organisé des sortes de mini-conseils des ministres, car il nous manquait cette image institutionnelle. On se disait que ça faisait hyper sérieux... », regrette un autre rouage de la campagne. À force de vouloir prouver qu’elle est prête à gouverner, la candidate perd la force de son début de campagne : la proximité avec les Français. La première conférence, consacrée le mardi à « la démocratie et l’exercice du pou- voir », tourne mal à la toute fin. Après s’être dite « effarée » de la manière dont le pré- sident traite les médias, Marine Le Pen re- connaît... trier les journalistes, refusant par exemple Quotidien . Le soir, à Strasbourg, son adversaire l’accuse de vouloir « dégrader les droits », à la manière du voisin hongrois. La moindre séquence peut mettre le feu à l’entre-deux tours. Le RN en fait encore l’ex- périence le lendemain, lors d’une conférence sur l’international tenue dans l’ambiance gla- ciale des salons Hoche à Paris. Une militante écologiste brandit une pancarte en forme de cœur avec une photographie de Marine Le Pen et Vladimir Poutine. Elle est exfil- trée manu militari par les gros bras du parti. L’image tourne en boucle. La quête de crédibilité et de dédiabolisa- tion ne cesse de faire trébucher la candidate. Vendredi, une femme en hijab blanc l’inter- pelle sur son projet d’interdiction du voile dans l’espace public, qualifiant le sien de « signe de grand-mère ». Malaise. « Je ne suis pas obtuse », assure l’élue le lendemain, ren- voyant à un « problème complexe ». Débat policé. Arrive le débat du 20 avril, son grand test. À l’incompétence et l’agressivi- té reprochées lors du naufrage de 2017, la lea- der mise sur son entourage, plus technique, et son image, adoucie. Elle s’est secrètement préparée dans un manoir normand, entourée d’un cercle restreint, dont Renaud Labaye et Jean-Philippe Tanguy. Libération révélera que le propriétaire des lieux, François Durvye, an- cien bras droit du milliardaire conservateur Pierre-Edouard Stérin, lui donne la réplique. Cette fois, le débat ne vi