GRAND ANGLE « Laïcité, Religions, Judaïsme » : Rita Hermon-Belot, Abdennour Bidar, Claude Czechowski, Émilie Frèche, Anaël Honnigman, Philippe Portier et Philippe Zaouati > 10 M A G A Z I N E B I M E S T R I E L D E PAROLES DE FIDÈLES Thomas Tacquet, Chef de chœur chorale Copernic et Pierre & Camille, de la CJLT - Or HaOlam > 8 ÉDITO & PAROLE RABBINIQUE Jean-François Bensahel et Philippe Haddad > 2 ÉVÉNEMENTS Soucot, Mouvement des 30-50 ans, Rencontre Fraternelle, Kaïtana ... > 4 LA VIE JEM Hanouka, La Journée de la Culture et du Livre Juifs, Bébé Concert, Chabbat Rimonim, Les Matins de JEM avec Denis Olivennes et Philippe Val > 6 C’est tout JEM ce que Nov. 2025 - n°2 LE JOURNAL CULTURE ET ART DE VIVRE Le Livre du mois et les Expos du mois >14 Laïcité, Religions, Judaïsme. Pour les 120 ans de la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État, JEM organise un grand colloque le 15 décembre au Palais du Luxembourg. publication de l’association culturelle de 3 N°2 - Novembre 2025 JEM, le journal 2 la diversité, la laïcité n’est pas un mur. Elle est un cadre. Elle permet à chacun de vivre sa singularité sans menacer l’unité nationale. Ainsi, la rencontre entre notre judaïsme d’ouverture à JEM et la laïcité française demeure une invitation à penser la citoyenneté comme une pluralité harmonieuse. Elle nous rappelle que la République n’est pas l’uniformité des consciences, mais la promesse d’un vivre-ensemble où chaque voix peut se faire entendre, sans jamais chercher à s’imposer aux autres. Comment survivre alors ? Le peuple aurait pu nourrir un esprit de vengeance contre le vainqueur babylonien. Mais le prophète Jérémie va refuser d’alimenter la haine et enjoint à ses coreligionnaires : « Recherchez la paix de la ville où Je vous ai exilés, (dit l’Eternel) car de sa paix dépendra votre paix » (Jr 29,7). Cette injonction résonne aujourd’hui comme un appel à conjuguer fidélité à la Tradition et engagement citoyen. Notre judaïsme reprend ce fil : il invite à être juif pleinement et français pleinement, tout en œuvrant pour le bien commun. Plus encore : il n’oppose pas la loi de Dieu à la loi du pays, mais considère que l’exemplarité citoyenne dans un État de droit est une mitsva. Trivialement : s’arrêter au feu rouge vaut manger kacher ! Aujourd’hui, la laïcité est parfois instrumentalisée comme outil d’exclusion. Notre judaïsme rappelle qu’elle doit rester une loi de liberté, non de rejet. Elle protège les minorités religieuses et sociales et favorise le dialogue entre les cultes. Dans un monde marqué par “La rencontre entre notre judaïsme à JEM et la laïcité française demeure une invitation à penser la citoyenneté comme une pluralité harmonieuse.” Laïcité et judaïsme d’ouverture : une rencontre féconde Par le Rabbin Philippe Haddad PAROLE RABBINIQUE Philippe Haddad, Rabbin de JEM ©Amélie Marzouk L a France moderne s’est construite sur un principe fondateur : la laïcité. Elle garantit à chacun la liberté de conscience et protège l’espace commun de toute domination religieuse. Pour le judaïsme, comme pour le protestantisme, la loi de séparation de 1905 fut une véritable émancipation, voire une véritable bénédiction : elle permit aux Juifs, citoyens depuis 1791, de vivre leur foi sans privilège ni contrainte, dans un cadre républicain et protecteur. Notre judaïsme, né du désir d’une pratique ouverte, évolutive et égalitaire, s’est toujours inscrit dans cette dynamique. Il revendique une lecture vivante de la Tradition, attentive aux évolutions de la société et de la science, y compris la critique historique de nos textes. Il exprime sa fidélité à notre triptyque républicain : Liberté, Égalité, Fraternité. Dans une République laïque, il trouve un espace propice pour affirmer que l’identité juive n’est pas en tension avec la citoyenneté française, mais qu’elle en est une composante légitime et enrichissante. Un passage biblique peut éclairer cette rencontre. Après la destruction du Temple de Salomon en -586, par Nabuchodonosor, nos ancêtres judéens se retrouvent exilés à Babylone sans Temple et loin de la terre ancestrale. Tous ceux que JEM ! EDITO L E M OT D U P R É S I D E N T ©Amélie Marzouk Par Jean-François Bensahel, Président de JEM P arce que nous savons que les plus grandes vertus sont capables des plus grands vices, que la religion est autant une très haute institution du bien commun qu’elle peut être l’asile du plus grand mal , et qu’elle l’est assurément toutes les fois que religion et politique sont confondues, car, alors, l’une et l’autre se corrompent mutuellement. Leçon européenne par excellence qu’Israël, où le judaïsme -orthodoxe- détient un pouvoir civil, notamment sur les mariages, où les haredim sont exemptés du service militaire, etc, ferait bien de méditer... Gloire soit donc rendue à la République pour avoir en 1905 séparé religion et politique, assuré la liberté de conscience, proclamé la neutralité absolue de la puissance publique en matière de culte, lorsque, toutefois, celui-ci ne contrevient pas à l’intérêt et à l’ordre publics. Mais la laïcité ne saurait se réduire à une législation. Elle est aussi un esprit. Celui-ci recommande aux religions de réserver leur développement au domaine privé et aux lieux de culte, que nous soyons tous des sujets de la République au dehors et des sujets de la religion au-dedans - pour ceux qui en ont -, qu’en quelque sorte nous soyons tous des marranes de nos religions respectives, et que dans l’espace public la mystique républicaine s’impose. Mais pour que ce dispositif culturel soit efficace, encore faut-il que l’on puisse faire une distinction entre le privé et le public. Hélas, avec regrets, la révolution internet et les réseaux sociaux ont rendu caduque cette séparation. Tout le monde sait ou croit savoir tout sur tout le monde, chacun dispose d’un regard panoptique sur les identités privées des uns et des autres et notamment religieuses. Se dissimuler est devenu impossible. Dès lors, quelle laïcité pour demain ? Dans les rues, sur les places, il est essentiel de ne pas organiser de cérémonies religieuses. En ce qui nous concerne, il est regrettable de célébrer des cérémonies de Hanouka en plein air. Dans l’enceinte des institutions républicaines, il convient de s’abstenir de tout signe religieux ostentatoire, y compris à l’Assemblée Nationale, sauf pour le personnel des cultes, et de demander à l’islam, dernière religion venue, de se plier à ce que ses devancières, christianisme et judaïsme, ont accepté ou subi. En revanche, il ne fait plus sens d’ignorer le point de vue des religions sur les questions touchant à la vie, à la vie en société ou à la vie personnelle, elles qui ont un point de vue anthropologique profond. Il faut enseigner l’histoire des Juifs en France à l’école, ne plus les invisibiliser, et faire de même pour d’autres groupes humains injustement silenciés, enfin il ne faut jamais tolérer aucune atteinte à l’intégrité religieuse d’une personne. Le jour où les synagogues n’auront plus besoin d’être protégées, et où l’antisémitisme aura disparu, un autre régime de la laïcité sera peut-être possible. Aux temps messianiques ? Laïcité chérie, bien sûr ! 5 N°2 - Novembre 2025 JEM, le journal 4 Rencontres et discussions au Roméo Place Victor Hugo Rejoignez ce groupe pour ne pas manquer les prochaines soirées, dont celle du 18 décembre pour ‘Hanouka ! Créations colorées pour Sim’hat Torah, fête pour chanter la joie de la Torah Goûter sous la soucca de JEM Beaugrenelle Rencontre Fraternelle n°4 Soirée de rentrée du Mouvement des 30-50 ans. À l’occasion de Soucot, fête de l’hospitalité, JEM a accueilli 30 séminaristes du Diocèse de Paris pour un repas de Chabbat participatif à la synagogue JEM Beaugrenelle, le 10 octobre dernier. Chants accompagnés à la guitare avec le rabbin Philippe Haddad et les séminaristes. Souccot et Sim’hat Torah avec les enfants du Talmud Torah Ça s’est passé chez JEM ! ÉVÉNEMENTS Sous les applaudissements de Marco Polo joué par Paul Bendavid, responsable de Rimonim, le mouvement de jeunesse JEM. Enthousiasme autour de la création du bateau de Marco Polo. Plus de 10 000 personnes ont marché le 5 octobre, de la Place de la République à la Place Saint Augustin, pour soutenir les otages et leur famille. Un moment d’union puissant ! Grande Marche pour les Otages Kaïtana d’octobre, le centre de loisirs des 4-10 ans 7 N°2 - Novembre 2025 JEM, le journal 6 TALMUD TORAH Interview de Sarah Berreby, responsable du centre de Talmud Torah de JEM Beaugrenelle En tant que nouvelle responsable du Talmud Torah Beaugrenelle, qu’est-ce que cela vous fait de transmettre à votre tour dans le lieu où vous avez appris l’histoire et les pratiques du judaïsme ? J’ai grandi dans cette communauté depuis ma bat- mitsva à Beaugrenelle en 2007. Cet engagement reflète ma responsabilité et mon désir de faire grandir les enfants dans un judaïsme ouvert et joyeux. Comment faire du Talmud Torah un lieu où les enfants construisent un rapport joyeux et durable au judaïsme ? Le Judaïsme, c’est plus que des rites : un héritage, une manière de vivre qui se transmet par les chants, la cuisine, la culture... Quel lien créer entre le Talmud Torah et Rimonim, le mouvement de jeunesse de JEM ? Mon nouveau rôle me permettra de concilier ma mission jeunesse et l’étude talmudique, grâce aux passages dans les classes et à ma présence aux offices pédagogiques. AGENDA : Cérémonie Bnei Mitsva : Dimanche 7 décembre - JEM Beaugrenelle Fête de Hanouka avec le Talmud Torah : Dimanche 14 décembre - JEM Beaugrenelle talmudtorah@judaismeenmouvement.org JEUNESSE Interview de Paul Bendavid, responsable de Rimonim pôle Jeunesse. Pourquoi avoir choisi ‘Ahavat Israël’ comme fil rouge cette année ? Nous avons décidé d’un fil rouge cette année pour mettre en cohérence tous nos événements. Ahavat Israël est apparu comme une évidence : l’amour du peuple juif dans toute sa diversité et attaché à Israël. En quoi étudier l’histoire du franco- judaïsme aide-t-il à déconstruire les préjugés ? Connaître notre histoire, c’est savoir que notre présence en France est ancienne et que nous avons contribué à défendre l’héritage républicain et démocratique qui protège tous les citoyens. Comment Rimonim construit-il une identité juive à la fois enracinée et ouverte au monde ? Je perçois Rimonim bien plus comme un outil que comme une fin. Nous souhaitons permettre à nos jeunes de s’approprier nos traditions et à leur tour de les transmettre. C’est avec eux et pour eux que nous construisons Rimonim. AGENDA : Kaïtana – Centres de loisirs JEM pour les 4 – 10 ans. Du 22 au 24 décembre - JEM Beaugrenelle Chabbat Rimonim. Vendredi 12 décembre et 9 janvier - JEM Copernic FDD (Fonds de Dotation) Interview de Lionel Errera, président du Fonds de Dotation JEM. Comment les fonds abrités permettent-ils au Fonds de Dotation JEM de cibler ses actions ? Ce sont les fondateurs qui nous proposent de créer un fonds dédié à une cause qui leur est chère (jeunesse, culture, handicap...) Quelle est la vocation principale du dernier créé, le Fonds Horace Halperin ? C’est de porter des projets d’intérêt général qui promeuvent l’épanouissement, l’insertion et l’éducation des enfants et des jeunes adultes. Comment ce fonds va-t-il concrètement soutenir la jeunesse de JEM ? En finançant des activités au sein de JEM ou en nous permettant de les développer à l’extérieur, dans l’intérêt du plus grand nombre. AGENDA : Matins de JEM : Rencontre avec Denis Olivennes et Philippe Val vendredi 16 janvier - Hors les Murs VIE JUIVE Interview de Fabienne Sabban, responsable du pôle Vie Juive. Quel est le cœur de la mission du pôle « Vie juive » aujourd’hui ? Placer nos jeunes au centre : leur transmettre la tradition, les préparer à leur bar ou bat-mitsva, nourrir leur curiosité et leur offrir des espaces d’étude et de vie partagée qui leur donnent envie, à leur tour, de devenir des passeurs. Comment souhaitez-vous vous y prendre ? Nous nous orientons vers deux approches : une initiation au Talmud pour leur apprendre l’écoute, la nuance et la controverse constructive ; et des ateliers partant de leurs propres questions (obéissance, rapport à l’autre, réponses à l’offense) en s’appuyant sur la Bible, le Talmud et nos maîtres. En quoi l’étude juive enrichit-elle notre citoyenneté laïque ? L ’étude juive renforce l’esprit civique : elle a inspiré l’égalité devant la loi, la responsabilité et l’attention à l’autre. Elle apprend la nuance, l’écoute et le débat. Comme le souligne Henri Atlan, la tradition juive offre une éthique sans dogme, une responsabilité sans certitudes absolues et une véritable culture du dialogue. AGENDA : ‘Hanouka – Offices : 14 et 15 décembre dans les synagogues de JEM à Paris et en région Diner Chabbatique « Shalom ! » Vendredi 12 décembre - JEM Copernic. Soirée festive et familiale autour du jeu de société Shalom avec le rabbin Philippe Haddad. secretariat-copernic@ judaismeenmouvement.org CULTURE Interview de Evelyne Vitkine, organisatrice de la Journée de la Culture et du Livre Juifs. Pourquoi avoir choisi le chiffre 36 comme fil conducteur ? Car le 30 novembre ce sera la 36ème édition de la Journée de la Culture et du Livre Juifs, initiée en 1989 par Madeleine Benarrosh. Et le chiffre 36 est porteur de nombreux symboles dans le judaïsme. Pourquoi Paul Auster (sujet de la conférence de cette année) résonne- t-il comme un écho singulier face aux traumas de l’Histoire ? Paul Auster tisse intimement mémoire personnelle et événement collectif, explorant l’absence pour montrer comment les cicatrices façonnent l’identité. L’Histoire n’est pas seulement ce qui arrive « à », mais ce qui survit en nous. Quel message souhaitez-vous transmettre cette année à travers le thème « Lumière et Espoir » ? Célébrer la littérature pour éclairer l’obscurité, comme les bougies de ‘Hanouka ravivant chaleur et fraternité. AGENDA : Journée de la Culture et du Livre Juifs. Le 30 novembre dès 14h00 – JEM Beaugrenelle. Au programme : 36 auteurs de talent en dédicace, une conférence sur Paul Auster, un atelier de calligraphie, et plein d’idées cadeaux pour ‘Hanouka ! Bébé-concert de ‘Hanouka. Dimanche 14 décembre - JEM Copernic - Voyage musical pour les enfants de 0 à 7 ans avec Mirélè Rozen. culture@judaismeenmouvement.org LA VIE JEM Découvrez tous nos évènements à Paris et en région Vivre au rythme de ma communauté, c’est tout ce que JEM ! N°2 - Novembre 2025 8 A près le départ d’Itaï Daniel, c’est le pianiste et chef de chœur Thomas Tacquet qui reprend la direction artistique de l’Ensemble Choral Copernic, épaulé par Frédéric Albou. Leur ambition : croiser répertoire hébraïque, musiques interdites et créations contemporaines, dans un esprit d’ouverture et de dialogue. Thomas Tacquet parle du chef de chœur comme d’un « général de l’ombre ». Une formule qui dit bien sa conception du métier : être au service d’une vision artistique globale. À la tête de deux ensembles – Copernic et Fiat Cantus, son projet de formation professionnelle –, Thomas Tacquet a une formation de pianiste et chef de chant. Il a travaillé à l’opéra avant de se tourner vers la direction de chorale. Par ailleurs, il dirige un chœur de 45 personnes au sein du cabinet d’avocats Gide Loyrette Nouel – un projet relayé sur France 2. Au CNSM, son travail sur le compositeur allemand Paul Hindemith l’a plongé dans les « musiques interdites » par le régime nazi et conduit au chef Amaury du Closel. C’est ainsi qu’il a pris en novembre 2024 la direction du Forum Voix Étouffées, structure européenne dédiée aux compositeurs bannis. Et c’est là qu’il a rencontré Bruno Fraitag, notre administrateur culture et responsable de la saison de concerts JEM. Leurs échanges ont convaincu ce dernier que Thomas Tacquet était la bonne personne pour prendre la tête des chœurs Copernic dans un contexte sensible pour notre communauté. Modernité et liberté de création, les deux boussoles du chœur Pour lui, diriger Copernic, c’est renouer avec un héritage. Chez JEM, il veut s’« appuyer sur les juifs libéraux des années 1920-1930, qui se sont battus eux aussi pour créer une musique contemporaine ». Et il ajoute : « Le jazz, le cinéma, le Music-Hall français doivent beaucoup aux artistes juifs et issus de minorités. » Sa pratique passe notamment par un travail de construction avec les voix du chœur : « On manque souvent de technique dans les chœurs amateurs français, et il faut reconstruire la base. » Objectif : croiser les générations et les niveaux pour un chœur à la fois exigeant et ouvert. « Il y a beaucoup de croisements entre des amateurs et des professionnels, et des professionnels qui sont au service des amateurs, pour les faire progresser », souligne-t-il. Une année 2026 riche, à Copernic et hors les murs Thomas Tacquet voit large. En 2026, il veut faire participer le chœur à l’Opéra Bus de Massy pour amener l’opéra dans les quartiers, collaborer à la Nuit Blanche parisienne dans le cadre des « Voix dans la Nuit », ressusciter des œuvres oubliées du répertoire juif et européen. Il souhaite aussi attirer de nouveaux choristes adultes, notamment des 30-50 ans, pour combler ce « trou d’actifs » qui fragilise le milieu choral. PORTRAIT nouveau chef de chœur de l’Ensemble Choral Copernic Thomas TACQUET, 9 JEM, le journal Thomas Tacquet, Chef de chœur de l’Ensemble Choral Copernic ©DR RENDEZ-VOUS : Prochain concert : dimanche 8 février 2026 à la synagogue Copernic (Saint-Saëns, Le Déluge & Aharon Harlap, Magnificat ) La chorale a lieu au 24, rue Copernic 75016 Paris, tous les mardis de 19h30 à 21h30. Renseignements et inscriptions : culture@ judaismeenmouvement.org ou secretariat-copernic@ judaismeenmouvement.org www.thomastacquet.fr LES CHORALES JEM PIERRE SEMPÉ & CAMILLE MASSOL : « Il était important de fédérer un groupe de jeunes juifs libéraux à Toulouse » PAROLES DE FIDÈLES Depuis 2024, la Communauté Juive Libérale de Toulouse (CJLT – Or HaOlam) réunit les deux communautés juives libérales de la ville autour de leur président Franck Lévy et du rabbin Ann-Gaëlle Attias. Or HaOlam, ce sont près de 200 familles adhérentes, un Talmud Torah, des cours, un Gan, une Maison de la Culture... et une trentaine de jeunes particulièrement actifs. Pierre Sempé et Camille Massol racontent l’effervescence qui les porte. Pouvez-vous vous présenter ? Pierre : J’ai 36 ans, je suis commercial et j’ai grandi dans le Gers. Les hasards de la vie font que j’ai toujours eu un entourage juif. Ma meilleure amie avait un père juif et une mère non juive ; elle avait commencé une conversion. J’ai suivi les cours avec elle, au début par curiosité théologique. Et cela a ouvert un chemin : aujourd’hui je suis juif et je fais partie d’Or HaOlam Camille : Je m’appelle Camille Massol, j’ai 26 ans et je suis juriste dans une compagnie d’assurances. J’avais souvent des remarques sur mon judaïsme — trop, pas assez, ou « pas comme il faut ». J’ai cherché « Judaïsme libéral Toulouse » et je suis tombée sur l’AJLT. Je cherchais une communauté égalitaire où la place de la femme est reconnue comme celle de l’homme. Comment est-ce d’être juif à Toulouse ? Pierre : On vit avec une mémoire particulière. Je me rappelle l’attentat de Mohamed Merah, j’avais 23 ans. Je l’avais en tête quand je me suis engagé dans la sécurité, l’an dernier. Nous sommes d’ailleurs quatre dans le groupe à travailler ainsi à la sureté des lieux que fréquentent les juifs. Et puis Toulouse, c’est aussi une communauté orthodoxe très forte, parfois assez intolérante envers les couples mixtes ou les gens qui ne rentrent pas dans les cases. Un jour, on m’a même dit que sans parent juif je ne pouvais pas me convertir. Camille : Pour les étudiants ou les jeunes, il y avait OLAMI et l’UEJF, mais Toulouse est très prisé par des religieux traditionalistes. Du côté libéral, il n’y avait pas grand-chose ... Qu’est-ce qu’être juif « libéral » ou « moderne » pour vous ? Camille : C’est être dans une communauté égalitaire, avec ouverture d’esprit, où chacun trouve sa place. Pierre : À mon sens, ce qui est trop daté ou trop dans le dogme doit évoluer. Le judaïsme s’est toujours réinventé. La voie libérale permet un compromis entre la vérité halakhique et la vie en diaspora. C’est dans l’ADN d’ Or HaOlam : une tradition ouverte sur le monde moderne. Comment a commencé le groupe Or HaOlam des jeunes ? Pierre : Au début, c’était simple : les parents faisaient des dîners, et les jeunes étaient là. Puis on a eu envie de se voir entre nous, plus souvent, différemment. On a lancé des dîners, des soirées autour des fêtes comme Soucot ou Pourim, puis des activités. Camille : Ça a vite grossi : aujourd’hui nous sommes une trentaine. Avec Marianne Serre, on a créé un groupe WhatsApp pour organiser des sorties et des chabbatot. C’est important de fédérer notre groupe de jeunes au sein de la CJLT - Or HaOlam. Quel est votre projet pour 2026 ? Pierre : Organiser un voyage en Israël au début du mois d’août pour une quinzaine d’entre nous : Tel- Aviv, Jérusalem, Yad Vashem. Nous multiplions les dîners et événements auto-organisés pour en assurer le financement. Camille : Comme je déménage à Paris en janvier 2026, on développe aussi nos liens avec JEM. L ’administratrice Linda Atoui est venue nous voir et nous sommes en lien avec Arthur Prawidlo. Comment vous contacter et vous rejoindre ? Pierre : On nous trouve sur le site de la CJLT - Or HaOlam. Camille : Ou tout simplement en écrivant à notre cheffe de projet, Rosine Serafin : secretariat@cjlt.fr ©DR ©DR 11 N°2 - Novembre 2025 JEM, le journal 10 La loi, issue du texte rédigé par Aristide Briand, rapporteur au Sénat, a pour premier article la défense de la liberté de toutes les croyances. Le mot « laïcité » n’y est pas cité, mais le deuxième article dispose que « la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte », entraînant la fin du Concordat napoléonien. Entre le 21 mars et le 3 juillet 1905, les députés tiennent quarante-huit séances de débats. Les sénateurs votent la loi en un mois et sans modification le 6 décembre. En tant que principe, la laïcité est inscrite dans la Constitution en 1946 : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée » (Art 1.) Pour le philosophe Abdennour Bidar, « le paradoxe de la laïcité c’est de séparer le religieux du politique pour offrir un nouveau nouage entre spirituel et politique, en faisant entrer par la grande porte du droit, dans le champ politique, la question de la liberté en matière spirituelle ». Philippe Portier, directeur d’études à l’EPHE, parle de caractère « extrêmement libéral » de la loi de 1905, dont l’article 4 permet aux religions de s’organiser en associations : « on arrête de surveiller de manière outrancière les cultes ». Selon lui, la laïcité est avant tout « un régime de liberté qui organise la coexistence des convictions pour garantir l’unité civique ». Abdennour Bidar ajoute : « Que l’on soit athée, agnostique ou croyant, le choix spirituel de croire ou de ne pas croire en une transcendance est également garanti ». L’assassinat du professeur Samuel Paty le 16 octobre 2020 illustre tragiquement le respect de ce principe. Émilie Frèche, qui lui a dédié un essai et une pièce de théâtre actuellement à l’affiche au Théâtre de la Scala, rappelle qu’il avait parfaitement respecté la laïcité dans son cours sur la liberté d’expression qui lui a coûté la vie. L’enseignant avait proposé aux élèves qui pouvaient être heurtés par la caricature du prophète de sortir quelques instants. Pour l’auteure : « On peut se moquer des croyances mais pas des croyants. Vous pouvez croire à ce que vous voulez, la République s’en fiche, en revanche elle respecte ce que vous êtes ». LAÏCITÉ, RELIGIONS, JUDAÏSME GRAND ANGLE Analyser l’actualité au regard du judaïsme, c’est tout ce que JEM ! Pour les 120 ans de la loi de 1905 « concernant la séparation des Églises et de l’État », le 15 décembre 2025, Judaïsme en Mouvement organise au Palais du Luxembourg un colloque intitulé « Laïcité, Religions, Judaïsme », en présence du Président du Sénat Gérard Larcher et avec le parrainage du sénateur Roger Karoutchi. Les séquences, animées par la journaliste Ruth Elkrief permettront d’entendre Jean-François Bensahel, Claude Czechowski, Delphine Horvilleur, Yann Boissière, Monseigneur Jordy, mais aussi Yonathan Arfi, Dominique Schnapper, Vincent Peillon, Bruno Karsenti, Rita Hermon- Belot, Razika Adnani, Astrid Von Busekist, Frédéric Dabi, Mohamed Sifaoui et Émilie Frèche. En dix jours nous avons eu 800 préinscrits pour 300 places disponibles et vous pourrez suivre les conférences de ce 15 décembre en streaming sur notre chaîne YouTube et plus tard sur Akadem. Des actes du colloque paraîtront chez Calmann-Lévy en 2026 et vous pouvez d’ores et déjà voir les vidéos où Yonathan Arfi, Sofia Aram, Abnousse Shalmani, Caroline Fourest, Nathalie Azoulai, Richard Odier, Michèle Fitoussi, et Ariel Weil définissent leur rapport à la laïcité sur les réseaux sociaux de JEM. Je remercie les spécialistes que j’ai interviewés pour leurs éclairages sur ce triptyque qui nous est si cher : « Laïcité, Religions, Judaïsme ». Yaël Hirsch ©DR Notre vice-président et administrateur JEM Claude Czechowski est l’initiateur du projet : « Il semblait important de marquer cet anniversaire : après la panthéonisation de Robert Badinter et face à la flambée de l’antisémitisme auquel nous faisons face, nous ressentons tous la nécessité de retrouver le vivre-ensemble. Nous souhaitions rappeler tout ce que contient le principe de laïcité : la liberté du culte et la neutralité de la puissance publique, la liberté de croire ou non, ainsi que la liberté individuelle en tant que citoyens ». Un principe républicain né il y a 120 ans 13 JEM, le journal N°2 - Novembre 2025 12 En garantissant la coexistence religieuse, le principe de laïcité permet aux Juifs de pratiquer leur religion dans la sphère privée tout en étant pleinement citoyens dans la sphère publique. Claude Czechowski y voit « l’histoire d’amour des Juifs de France avec la République », un récit « paradoxal, heurté, parfois douloureux notamment dans les années 1940, mais profondément fidèle. Lorsque Voltaire défend la liberté de croire ou de ne pas croire, lorsque Clermont-Tonnerre affirme à l’Assemblée qu’il faut ‘tout accorder aux Juifs comme individus’, ou quand Spinoza avant eux dissocie la loi divine de la loi civile pour ouvrir la voie à la liberté de penser, ils préparent le terrain d’une République où la fidélité spirituelle et la citoyenneté cessent de s’opposer. C’est là que s’enracinent des trajectoires fulgurantes : Léon Blum, Pierre Mendès France, Simone Veil, Henri Bergson, et Emmanuel Levinas, mais aussi des entrepreneurs comme André Citroën et Maurice Lévy, qui portent tous un certain ‘esprit des lois’ ». Une loi que les Juifs de France, notamment à travers ces élus que Pierre Birnbaum a appelés les « Fous de la République », ont contribué à forger. Dès le XVIII ème siècle, Rita Hermon-Belot explique que le débat sur le divorce a largement porté sur les cas de femmes juives abandonnées par leurs maris. Il est rendu possible par la loi de 1792. L’historienne, qui estime que « l’État civil est la première étape de la laïcité », rappelle que « le divorce a été aboli en 1816, puis rétabli seulement en 1884 grâce au député israélite Alfred Naquet ». Ce dernier a d’ailleurs reçu des salves d’agressions antisémites pour cette défense. Dans son roman historique, Le Décret , Philippe Zaouati nous fait voyager entre la Kabylie et Paris aux débuts de la IIIème République, au moment où le fameux Décret Crémieux qui a donné la nationalité française aux 37 000 Juifs d’Algérie (et crée le statut d’indigènes pour les musulmans d’Algérie) risque d’être abrogé. Le député fait venir le grand rabbin d’Algérie auprès du comité consultatif de l’Assemblée nationale pour « prouver à quel point les Juifs d’Algérie veulent demeurer français ». Ces « Fous de la République » sont des juifs modernes, qui incarnent dans leur vie et leurs engagements le principe de laïcité. Chez JEM, nous sommes les héritiers de ces bâtisseurs. « Nous sommes d’abord des français-juifs et c’est en cette qualité que nous participons à défendre ces idées », explique Claude Czechowski, qui rappelle que le fondateur de l’ULIF, le rabbin Louis-Germain Lévy, a intitulé son essai de 1908 : « Une religion rationnelle et laïque, la religion du XXe siècle ». Un livre où il défendait la possibilité de réconcilier religion et science. La laïcité, scène de l’amour qui lie les Juifs à la République Garantir la laïcité aujourd’hui Mais le peut-on toujours aujourd’hui, allier religion, science et respect des principes Républicains ? Au moment où l’on commémore le principe de laïcité et où une succession de lois de 2004 à 2021 viennent le renforcer, le retour du religieux le met en danger. Sommes- nous outillés pour faire face à une violence insufflée par les extrémismes ? Dans sa pièce, Le Professeur , Émilie Frèche répond que non : « J’ai voulu montrer comment la peur et la lâcheté agissent sur un corps social ». Mais l’on peut tout de même faire face : « Notre seule force, dans une démocratie, c’est le nombre. Il faut le revendiquer. Et puis la République doit être capable de marcher sur ses deux jambes : lutter contre le racisme, et il y a du racisme antimusulman en France. Mais aussi refuser, par culpabilité, d’accepter l’inacceptable dans nos institutions, comme la notion de blasphème qui n’existe plus en droit français et qui est une notion religieuse. » Alors faut-il « se battre » pour préserver la laïcité ? « Je me défie de ces registres de langage », répond Abdennour Bidar, qui nous engage à continuer à « promouvoir sereinement » le principe de laïcité. Il appelle également à réapprendre le principe grippé de « faire de l’un avec du multiple ». Cette idée résonne avec ce que pratique quotidiennement Anaëlle Honigmann, coordinatrice de l’association ENQUÊTE. Cette dernière crée des formats pédagogiques et anime des ateliers depuis 2010 pour familiariser des enfants avec la notion de laïcité : « Ils se familiarisent avec la pluralité, jusqu’au sein d’une même religion, et apprennent que la laïcité assure la liberté de choisir sa conviction et aussi la manière de comprendre sa religion, d’en interpréter les textes et de la pratiquer ». La pluralité est une notion que Rita Hermon-Belot veut remettre au centre des échanges, notamment la pluralité interne aux différentes religions ou croyances, jamais « entièrement homogènes ». Gageons que les amoureux de la République réunis pour célébrer les 120 ans de la loi de 1905 au Palais du Luxembourg sauront mettre en avant cette pluralité. ©DR Notre seule force, dans une démocratie, c’est le nombre Claude Czechowski Phillipe Portier Rita Hermon-Belot Emilie Freche Philippe Zaouati Abdennour Bidar Anael Honigmann 15 N°2 - Novembre 2025 JEM, le journal 14 MARIAGES Michelle BULLENS et Théo SEDBON Marianne RAPPAPORT et Jean-David DIDIER NAISSANCES LECHABER, ILOUZ et SIBONI Félicitations aux familles BNEI MITSVA HAZAN Lilas VALTON Mathieu KOSKAS Raphaël LEVY Suzanne NAOURI Ethan DIQUATTRO Joseph BEAUROY Ariel BEAUROY Rose HOHMAN Caroline LESTRA Valentine HENRY Gilles José ELMALEH Margaux SICSIC-GOULLEY Sacha AROUS Sasha DEFENDINI Saul LEY Perlette TEMIME Talia ABOULKER Benjamin VOLCOT Anna DARDOUR Jacob CARNET COMMUNAUTAIRE PARIS Yaël Hirsch, directrice de rédaction Comité de rédaction : Hélène Attali, Jean-Francois Bensahel, Myriam Carville, Fanny Dufrenois, Patricia Gordon, Richard Metzger, Fabienne Sabban, Charlotte Sarrola. Conception graphique : Harold Bokobza et Charles Crouzat. ANNONCES Comme chaque année, participez à la collecte de vêtements pour le Ca- sip-Cojasor du 3 Novembre au 15 Décembre : déposez vos vêtements aux horaires habituels d’ouverture des synagogues de JEM Beau- grenelle et JEM Copernic. Plus d’infos auprès de nos secrétariats. Offrez la joie de Hanouka à un enfant dans le besoin en lui envoyant un cadeau. C’est très simple : scannez le QR code du groupe WhatsApp, vous recevrez alors toutes les informa- tions nécessaires (nom de la famille, prénom et âge de l’enfant, ainsi que le cadeau choisi avec son lien Amazon). Vous pourrez ensuite commander le cadeau et l’envoyer directement à la famille. KRULIK Aaron ZIVIE Benjamin DRAY VIEUBLÉ Ethan WEIL Elena ABITBOUL Oscar TEMAM Eva VANDEWALLE Lisa MIMOUN Raphaël DÉCÈS Michel ZAOUI José CHEMLA Michel CLEMENT Marisa SOMEK Olga OHAYON Jeanne Rachel LUBLINER EDERAÏ Huguette ZANATI Bengt GUNNAR OYNE Claude SAADA Claude COHEN BOULAKIA Nicole CASTRO Sincères condoléances à leur famille et à leurs proches Jéricho Malabry, quand l’intime se fissure sous la pression de l’Histoire CULTURE ET ART DE VIVRE Un judaïsme qui se lit, se vit, c’est tout ce que JEM ! LE LIVRE DU MOIS Notre administratrice culture et responsable des rendez-vous Désirs d’art, Hélène Attali, a préparé pour les lecteurs de C’est tout ce que JEM deux expositions à ne pas rater. John Singer Sargent au Musée d’Orsay offre une plongée éblouis- sante dans la décennie parisienne de ce peintre américain surdoué. Quatre-vingt-dix œuvres, dont certaines jamais vues, révèlent son art du portrait singulier. On se souvient du scandale provoqué par cette fameuse bretelle qui s’absente sur l’épaule de Madame X – Sargent fut aussi admiré que controversé. Jusqu’au 11 janvier 2025. Jacques-Louis David au Louvre célèbre le bicentenaire de sa mort en exil à Bruxelles. Le « Père de l’École française » a créé les images qui hantent notre imaginaire : Marat assassiné, Bonaparte fran- chissant les Alpes, le Sacre de Napoléon ... C’est à travers ses tableaux que nous nous représen- tons la Révolution et l’Empire. Artiste des extrêmes, tour à tour adulé et honni pour ses engagements politiques, David reste celui qui nous fait revivre toute une époque. Jusqu’au 26 janvier. Visites guidées « Désirs d’art » avec Lauranne Corneau le 4 décembre à 15h30 au Musée du Louvre. Inscription : culture@judaismeenmouvement.org LES EXPOS DU MOIS Septembre 1982, campus de l’École Centrale de Paris. Salma et Jacky tombent amoureux. Elle, Palestinienne venue chercher en France une respira- tion intellectuelle et sociale. Lui, jeune Normand que la disparition précoce d’un père trop tôt englouti par les non- dits a laissé en apnée. Leur rencontre a tout d’une promesse simple. Mais l’Histoire s’invite tôt ou tard dans la vie de ceux qui croient pouvoir lui échapper. Très vite, les questions se bousculent : comment Fawzi, le frère adoré de Salma, a-t-il été assassiné ? Qui était vraiment Albert, ce père dont Jacky ignorait presque tout ? Sous l’effet des révélations, l’amour se trouve contaminé par les zones d’ombre, et les deux jeunes gens glissent malgré eux du statut de spectateurs vers celui d’acteurs d’un conflit qui les dépasse. Avec Jéricho Malabry , Henri Carasso signe un premier roman d’une grande sûreté : précision des scènes, densité des dialogues, efficacité des retours en arrière qui struc- turent un véritable thriller géopolitique. Carasso parvient à tenir ensemble l’intime et le politique sans faire vaciller l’un au profit de l’autre. De Paris à Jéricho en passant par Rome, de l’insouciance du campus parisien aux opérations du Mossad, de l’espionnage industriel dans l’aéronautique aux attentats palestiniens, il compose un récit où chaque déplacement géographique aiguise la tension. Loin d’un simple roman d’aventure, Jéricho Malabry interroge la manière dont les identités héritées s’installent dans les failles d’un couple jusqu’à fragiliser l’idée même de liberté. Carasso montre avec une justesse rare comment les choix personnels se heurtent à la force d’attraction d’une histoire collective dont on croyait être affranchi. C’est en cela que ce premier roman marque : il raconte un amour, oui, mais surtout la difficulté de continuer à aimer lorsque les racines s’en mêlent. Henri Carasso, Jéricho Malabry , Librinova, 2024, 308 p., 19,90 €. Visuel © couverture du livre (1er novembre 2025 au 1er janvier 2026) N°2 - Novembre 2025 16 judaismeenmouvement.org judaismeenmouvement @judaismeenmouvement Suivez-nous sur judaismeenmouvement.org ou sur l’app MyJEM GRÂCE À VOUS , NOUS SOMMES LÀ Nous sommes là quand les enfants ne peuvent plus rester dans leur familles, Là quand les personnes âgées se sentent seules, négligées pour leur apporter du soin et du respect, Là quand les personnes en situation de handicap veulent avoir une voix et un lieu d’exploration de leurs capacités, Là quand les aidants cherchent un relais d’une semaine, d’une journée ou de quelques heures, Là quand les survivants de la Shoah veulent se retrouver ensemble et transmettre, Là quand les francophones en Israël ont besoin d’une écoute, Là dans les écoles juives pour soigner vos enfants, Vous avez entendu parler de l’OSE ? Mais nous connaissez-vous vraiment ? L’Œuvre de Secours aux Enfants 117, rue du Faubourg du Temple 75010 Paris Téléphone : 01 71 39 70 26 dons@ose-france.org ose-france.org FAITES UN DON défiscalisé à 75% sur don.ose-france.org/lamaison Enfance Santé Handicap Dépendance Mémoire PARTOUT OÙ IL Y A BESOIN D’UNE MAISON. Nous avons besoin de votre soutien