Discriminations « Je ne serai pas la dernière » : Aminata Pouye, énième élue de gauche victime d’une agression raciste La conseillère municipale insoumise à la mairie de Talence, par ailleurs candidate aux élections sénatoriales de septembre 2026, a déposé plainte après avoir été victime d’une agression raciste dimanche 9 août. La liste des élus de gauche victimes d’attaques discriminatoires ne cesse de s’allonger. Louise André-Williams 12 août 2026 à 14h29 I l est quelques minutes après minuit, dimanche 9 août, et Aminata Pouye, 42 ans, sort du tramway qui la ramène chez elle, à Talence (Gironde), une commune voisine de Bordeaux. Il ne lui reste que 200 mètres à parcourir pour rejoindre son appartement. Alors qu’elle s’apprête à traverser la rue, une voiture s’arrête à sa hauteur, avec quatre jeunes hommes à son bord. « Des Noirs, il y en a trop chez nous ! Dégage dans ton pays de merde ! » , lui crie l’un d’entre eux avant de l’asperger d’un liquide, un mélange d’eau et de produit chimique, pense-t-elle. Aveuglée, elle tente de sortir son téléphone pour les filmer mais une fraction de seconde plus tard, les jeunes, hilares, disparaissent dans la nuit. « J’étais trempée de la tête jusqu’au-dessus de mes épaules. J’ai dû me rincer les yeux à plusieurs reprises » , raconte l’élue de gauche, contactée par Mediapart . Elle s’interroge encore sur le contenu du liquide qu’elle a reçu au visage et qui ne lui a heureusement pas laissé de séquelles. Après son agression, elle est restée un certain temps « en état de choc » : « Je me suis sentie profondément agressée, humiliée et déçue. » Aminata Pouye, conseillère municipale LFI à la mairie de Talence (Gironde), près de Bordeaux. L’élue travaille depuis plusieurs années comme « conseillère en emploi et en évolution professionnelle » dans un centre de formation. Elle accompagne notamment des allocataires du revenu de solidarité active (RSA) ainsi que des personnes « en rupture longue avec le marché de l’emploi » Après avoir pris ses fonctions en mars 2026 comme conseillère municipale d’opposition de la commune de Talence, sous l’étiquette La France insoumise (LFI), elle est en ce moment en pleine campagne pour les élections sénatoriales en tant que tête de liste de « La gauche au Sénat », soutenue par LFI, le Parti de gauche et Les Verts populaires. Le soir de son agression, l’élue rentre justement d’une réunion avec les grands électeurs et électrices, en préparation du scrutin indirect qui aura lieu le 27 septembre 2026. Aminata Pouye a porté plainte immédiatement, dans la journée du dimanche 9 août. L’élue affirme ne pas connaître les jeunes en question et évalue qu’ils ont entre 17 et 20 ans. Pour elle, ces derniers ne l’ont pas agressée en raison de son rôle d’élue ou de candidate : « Ils visaient avant tout une femme noire. » C’est la première fois que l’élue dépose plainte pour ce genre de faits, mais elle raconte avoir déjà fait plusieurs fois l’objet d’injures racistes : « Dans la vie réelle, sur les réseaux... C’est quotidien » , soupire-t-elle. Quelques jours à peine avant son agression par les quatre jeunes, un commentaire publié depuis son © Photo ville de Talence https://www.mediapart.fr/journal/france/120826/je-ne-serai-pas-la-derniere-aminata-pouye-enieme-elue-de-gauche-victime-d-une-agression-raciste 1/2 Le journal MEDIAPART est édité par la Société Editrice de Mediapart - 127 avenue Ledru-Rollin, 75011 Paris. RCS Paris 500 631 932. Numéro de CPPAP : 1224Y90071 - Directeur de la publication : Carine Fouteau compte officiel d’élue sur les réseaux sociaux a suscité de nombreuses réactions xénophobes et racistes des internautes : « On m’a qualifiée de “conseillère depuis Dakar” et d’autres propos insultants que je ne souhaite pas répéter. » Pendant la campagne des municipales, son équipe a reçu plusieurs insultes du même registre. Un climat délétère qui empire « Je ne suis pas la première et je ne serai malheureusement pas la dernière » , lâche Aminata Pouye. Son cas s’ajoute en effet à la longue liste d’élu·es de gauche qui ont récemment été victimes d’injures racistes. La plupart sont des élu·es LFI. Le cas le plus retentissant a sans doute été celui de Bally Bagayoko, le maire de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). L’édile a porté plainte en avril 2026 après avoir fait l’objet de propos racistes sur le plateau de CNews et été visé par une campagne massive de cyberharcèlement. À la même période, le groupe parlementaire LFI a reçu un courrier détournant plusieurs cases de la BD Tintin au Congo et qui nommait explicitement les député·es Nadège Abomangoli, Danièle Obono, Aly Diouara et Carlos Martens Bilongo. Nordine Raymond, ex-tête de liste LFI aux élections municipales à Bordeaux, a également déposé plainte après avoir reçu plus de 10 000 messages à caractère raciste pendant la campagne. Ses deux colistiers, Karfa Diallo et Pierre Benaïm, ont aussi été victimes d’un déferlement d’insultes xénophobes et antisémites en ligne. Régine Komokoli, conseillère municipale LFI à Rennes, a déposé plainte après avoir reçu plusieurs messages à caractère raciste et sexiste. Elle a également dénoncé des dégradations de son véhicule et de son domicile. Alors que l’élection présidentielle promet d’envenimer ce climat délétère pour les élu·es racisé·es, Aminata Pouye appelle l’État à « enfin prendre des mesures dures et concrètes pour lutter contre le racisme » . Après l’indignation et la colère, l’élue raconte avoir ressenti « de la peine pour ces jeunes et la mentalité qu’ils sont en train de développer, pour les adultes qu’ils vont devenir demain » Elle raconte héberger régulièrement des étudiantes étrangères et précaires. « Du moment que je leur ouvre ma porte, je leur ouvre mon cœur. Je n’ai pas de clé. Ces femmes savent que ma porte est ouverte. C’est comme ça que j’ai toujours fonctionné. » Depuis son agression, pour la première fois, Aminata Pouye a verrouillé sa porte. Louise André-Williams https://www.mediapart.fr/journal/france/120826/je-ne-serai-pas-la-derniere-aminata-pouye-enieme-elue-de-gauche-victime-d-une-agression-raciste 2/2 Climat — Reportage À Perpignan, une ville RN face à l’épreuve du dérèglement climatique Plus grande ville dirigée par le RN, la cité catalane doit affronter des épisodes climatiques de plus en plus extrêmes. À la mairie, l’opposition dénonce une politique urbaine tournée vers le goudron, la voiture et les grands projets d’extension. Estelle Levresse 12 août 2026 à 07h53 P erpignan (Pyrénées-Orientales).– Le 28 mai, alors que la France connaissait sa première vague de chaleur de l’année, Perpignan suffoquait sous plus de 37 °C. Une semaine plus tôt, Louis Aliot posait la première pierre du futur Raho Golf Club, à Villeneuve- de-la-Raho (Pyrénées-Orientales), à une dizaine de kilomètres de la cité catalane. Aux côtés de la maire, Jacqueline Irles, l’édile Rassemblement national (RN) de Perpignan et président de Perpignan Méditerranée Métropole célébrait un projet présenté comme « écoresponsable » : un parcours de dix-huit trous, arrosé « grâce aux eaux usées traitées de la station d’épuration » , accompagné d’un hôtel- restaurant et d’environ 600 logements sur 148 hectares. Imaginé il y a plus de vingt-cinq ans, ce projet très contesté a été plusieurs fois retardé par des recours en justice. Ses opposant·es le jugent « anachronique » , au regard des besoins en eau qu’il nécessitera dans un territoire particulièrement exposé au dérèglement climatique. Les Pyrénées-Orientales font face à des sécheresses historiques, des restrictions d’eau récurrentes et un risque accru de feux de forêt. Début juillet, les flammes ont ravagé près de 5 000 hectares dans le département. « La mairie soutient plusieurs grands projets qui n’ont pas de sens. Il n’y a aucune priorité, aucun plan pour préserver la ressource en eau » , fustige Philippe Poisse, militant au sein du mouvement citoyen Alternatiba. Le golf n’est qu’un exemple parmi d’autres. Louis Aliot, à Perpignan, le 3 mars 2026. Au sud de Perpignan, un parc à thème consacré au cinéma et au jeu vidéo prévoit de s’étendre sur 60 hectares de terres agricoles avec 1 400 chambres d’hôtel, des studios de cinéma et une arène d’e-sport. Porté par l’entrepreneur Bruno Granja avec le soutien de Louis Aliot, le projet représente un investissement annoncé de 900 millions d’euros. Les promoteurs évoquent la création de 1 500 emplois. Là encore, la viabilité financière et l’impact environnemental sont très critiqués. « On peut toujours trouver quelque chose qui ne va pas, j’appelle ça le déclinisme » , défendait le vice-président du RN à France Bleu Roussillon en septembre 2024, mettant en avant les retombées économiques du projet. Procession religieuse Avec 120 000 habitant·es, Perpignan est la plus grande ville conquise par le Rassemblement national. Louis Aliot, figure historique du parti, la dirige depuis 2020 et préside également Perpignan Méditerranée Métropole depuis 2026. Condamné dans l’affaire des assistant·es parlementaires européen·nes du RN en première instance, puis en appel, avec une peine réduite, il a annoncé son intention de se pourvoir en cassation. © Photo Tristana Carrasco / SIPA https://www.mediapart.fr/journal/france/120826/perpignan-une-ville-rn-face-l-epreuve-du-dereglement-climatique 1/3 « À rebours des besoins, des communes dirigées par l’extrême droite prennent des décisions qui ne protègent pas leur population des risques climatiques, voire aggravent leur exposition à ceux-ci » , souligne l’association Oxfam dans une étude consacrée à l’impact des politiques menées à l’échelle de la commune, publiée en février. L’ONG pointe notamment le projet de zone d’aménagement concerté (ZAC) du Pou de les Colobres, au sud-est de Perpignan, qui prévoit 800 logements, un collège, une école et un gymnase « sans avoir évalué la disponibilité d’eau potable à long terme » « Les grands platanes qui bordaient autrefois les avenues, les places ou les entrées de ville ont progressivement disparu, remplacés par du bitume. » Marc Maillet, président de Frêne 66 Agnès Langevine, élue municipale d’opposition (Place publique) et vice-présidente de la région Occitanie chargée de l’environnement, rappelle l’épisode de la sécheresse de 2023, lorsque plusieurs élus de Perpignan avaient organisé une procession avec les reliques de saint Gaudérique jusqu’au fleuve la Têt pour invoquer la pluie. Une séquence qui illustre, selon elle, une manière de « renvoyer le changement climatique à une fatalité plutôt qu’à un enjeu politique » . Elle déplore « l’absence de vision d’ensemble et de projection à moyen ou long terme » de l’équipe municipale. Contactée par Mediapart , la métropole juge « inexact » d’affirmer que les projets d’extension urbaine ne tiennent pas compte des contraintes liées à l’eau. « La stratégie métropolitaine consiste précisément à rendre compatibles ces deux impératifs : préserver durablement la ressource et permettre le développement du territoire » , défend-elle. Bitume et arbres arrachés Pour Nicolas Berjoan, secrétaire régional au parti Les Écologistes, la municipalité perpétue « des pratiques urbanistiques parmi les plus inconséquentes » , qu’il résume ainsi : « le goudronnage des places, le goudronnage des trottoirs et l’extension urbaine à tout prix » . Il cite notamment le quartier historique Saint-Jacques – le plus pauvre de la ville, où plusieurs immeubles insalubres ont été démolis pour laisser place à des espaces entièrement bitumés, qui emmagasinent la chaleur et la restituent jusque tard dans la nuit. « Perpignan est complètement inadaptée » , renchérit Philippe Assens, membre fondateur de l’association En Commun 66. « Je vois des propriétaires de chiens obligés d’acheter des pantoufles pour leurs animaux tellement les trottoirs sont brûlants. » Le réaménagement de l’avenue des Baléares a suscité aussi de vives critiques. Riverain·es et opposant·es dénoncent l’effet d’îlot de chaleur généré par l’usage massif de goudron noir et la destruction d’arbres anciens. Marc Maillet observe cette évolution depuis près d’un demi-siècle. « Place de Catalogne, place Arago, quai Vauban, parc Bir-Hakeim... on n’aura pas sauvé un arbre » , se désole l’octogénaire, malgré des années de mobilisation à la tête de l’association Frêne 66, engagée dans la défense des arbres et des espaces naturels. À ses yeux, Louis Aliot s’inscrit dans la continuité des municipalités précédentes, Jean-Paul Alduy (Union des démocrates et indépendants – 1993-2009) puis Jean- Marc Pujol (Les Républicains – 2014-2020), privilégiant le développement immobilier et l’activité économique au détriment des considérations environnementales. « Les grands platanes qui bordaient autrefois les avenues, les places ou les entrées de ville ont progressivement disparu, remplacés par du bitume ou par de jeunes essences qui mettront des décennies à procurer la même ombre » , explique-t-il. Sur ce point, la ville de Perpignan affirme que les abattages d’arbres répondent à des enjeux sanitaires ou de sécurité et qu’elle prévoit de replanter des essences adaptées au climat. « Ce n’est pas que Louis Aliot prend conscience de la catastrophe climatique, mais il craint l’impact de ces épisodes sur son électorat. » Nicolas Berjoan, secrétaire régional Les Écologistes Cette difficulté à penser une ville adaptée au changement climatique dépasse la seule question de l’urbanisme. « Ici, c’est tout pour la bagnole » , regrette Mélina Dufraigne, militante d’Alternatiba. L’association dénonce une politique de mobilités douces quasiment inexistante avec des transports en commun insuffisants, l’absence de parkings-relais et de gares à vélos, ainsi que https://www.mediapart.fr/journal/france/120826/perpignan-une-ville-rn-face-l-epreuve-du-dereglement-climatique 2/3 Le journal MEDIAPART est édité par la Société Editrice de Mediapart - 127 avenue Ledru-Rollin, 75011 Paris. RCS Paris 500 631 932. Numéro de CPPAP : 1224Y90071 - Directeur de la publication : Carine Fouteau des pistes cyclables souvent discontinues, parfois partagées avec les piétons ou jalonnées d’obstacles. Dernier sujet de crispation en date : le projet de voie cyclable le long de la rivière Basse, qui traverse Perpignan. « Jusqu’à présent, cet espace était aménagé en pelouses et massifs fleuris, un endroit calme, avec des oiseaux, des canards... » , détaille Marc Maillet. « La mairie a obtenu une dérogation du préfet alors qu’il s’agit d’un espace vert sanctuarisé. Ce sera une nouvelle destruction du patrimoine. » Les opposant·es y voient aussi une façon pour l’exécutif de créer un itinéraire cyclable sans remettre en cause la place de la voiture sur les grands axes. Concernant les solutions de remplacement à la voiture, « une évolution est engagée » , assure la municipalité à Mediapart , faisant valoir la hausse de fréquentation de 18 % des transports publics depuis 2022 ainsi que la mise en service d’un pôle d’échanges multimodal et d’expérimentations de covoiturage et d’autopartage à l’automne prochain. Une réalité impossible à ignorer Depuis plusieurs années, associations et militant·es écologistes multiplient les actions de sensibilisation pour alerter la population sur « l’inaction » de la municipalité dans l’adaptation de Perpignan au changement climatique. Mais leur message peine à trouver un écho dans ce département qui affiche le taux de chômage le plus élevé de l’Hexagone. « Beaucoup de gens subissent davantage qu’ils n’anticipent. La population est très peu conscientisée et mobilisée politiquement » , observe Nicolas Berjoan. Selon lui, le RN a longtemps fait des questions écologiques un repoussoir, en présentant celles et ceux qui alertaient sur l’avenir de la ville comme des « idéologues ». Face à la multiplication des vagues de chaleur et aux critiques sur l’adaptation des écoles de Perpignan aux fortes températures, la municipalité a annoncé mi-juin un plan d’adaptation aux enjeux climatiques, estimé entre 10 et 12 millions d’euros, pour les soixante et une écoles maternelles et élémentaires. Nicolas Berjoan ne se fait toutefois guère d’illusions sur les raisons de cette annonce : « Ce n’est pas que Louis Aliot prend conscience de la catastrophe climatique, mais il craint l’impact de ces épisodes sur son électorat » , estime l’écologiste. Agnès Langevine considère que le maire de Perpignan, désormais président de Perpignan Méditerranée Métropole, ne pourra plus éluder ces questions. « Avec les compétences clés en matière d’eau et de transports, il a les leviers de transformation » , souligne l’élue de gauche. « Il ne pourra plus dire que ce n’est pas de sa responsabilité. » Lors du conseil communautaire du 29 juin, en pleine vague de chaleur, Agnès Langevine a demandé que soit lancée une mission d’information et d’évaluation sur la prévention des canicules afin d’établir un état des lieux des vulnérabilités de la ville et des moyens disponibles pour y répondre. « L’objectif est de dépasser les effets d’annonce et d’entrer dans le concret » , défend l’opposante. Contre toute attente, Louis Aliot s’y est dit favorable. Tiendra-t-il parole une fois l’été passé ? Estelle Levresse https://www.mediapart.fr/journal/france/120826/perpignan-une-ville-rn-face-l-epreuve-du-dereglement-climatique 3/3 Proche et Moyen-Orient — Analyse Bande de Gaza, Liban : des accords mort-nés Le premier ministre israélien a sèchement refusé la feuille de route en quinze points visant à faire avancer le plan de paix pour la bande de Gaza. Sur le terrain libanais, l’armée israélienne poursuit ses opérations et l’accord de cessez-le-feu est mourant. Gwenaelle Lenoir 12 août 2026 à 17h08 P endant une dizaine de jours, le premier ministre israélien n’a pas dit un mot à son sujet. Et puis finalement, le 9 août, il a dit « non » « Non » au plan en quinze points présenté par le Conseil de paix, organisme créé par Donald Trump pour faire appliquer son plan pour la bande de Gaza. Adopté en grande pompe à Charm el-Cheikh le 13 octobre 2025 et adoubé par le Conseil de sécurité de l’ONU le 17 novembre 2025 sous le nom de résolution 2803, ce plan n’est toujours pas appliqué. Même l’application de la première phase piétine. « Non » , donc, à la dernière tentative en date de sortir de l’ornière et de passer à une deuxième phase pour le moins fantomatique. Le Conseil de paix annonçait pourtant avec fierté et soulagement la mise au point de cette feuille de route, la décrivant sur X comme une « avancée historique » après « des mois de négociations intensives et de bonne foi » « Le Conseil de paix et les pays médiateurs, à savoir l’Égypte, le Qatar, la Turquie et les États-Unis, sont heureux d’annoncer aujourd’hui que le Hamas a accepté une feuille de route détaillée pour la mise en œuvre des prochaines phases du cessez-le-feu à Gaza » , se félicitait le Conseil de paix, suivi par la Maison-Blanche. L’administration Trump s’exclamait, force majuscules à l’appui, qu’allait advenir « une étape monumentale vers une PAIX et une SÉCURITÉ durables » . Les chancelleries et nombre de médias occidentaux embrayent. Tous insistent alors sur l’acceptation par le Hamas des modalités de son désarmement, comme si le seul obstacle au plan Trump résidait là. « Un processus d’inventaire et de stockage des armes lourdes, des sites de production militaire, des dépôts d’armes et des tunnels sera lancé après l’achèvement des obligations restantes au titre du Protocole de Charm el-Cheikh, l’entrée du Comité national et le déploiement de la Force internationale de stabilisation » , processus « lié au retrait progressif d’Israël des zones qu’il contrôle à Gaza et à l’inventaire des armes détenues par les milices armées » , lit-on dans la version préliminaire publiée le 31 juillet par quelques médias. Diplomatie sans lendemain Le texte précise également le sort des fonctionnaires et policiers de la bande de Gaza, qui – après examen – pourront intégrer l’administration palestinienne ou toucheront des indemnités ou leurs droits à la retraite. Les milices supplétives d’Israël devront elles aussi © Photo par ILIA YEFIMOVICH / AFP https://www.mediapart.fr/journal/international/120826/bande-de-gaza-liban-des-accords-mort-nes 1/4 rendre leurs armes et ne seront pas intégrées dans les « appareils de sécurité » Enfin, précise le point 13, « les forces israéliennes achèveront leur retrait progressif de la bande de Gaza selon un calendrier convenu, comme le prévoit la section 8 du plan, qui inclut l’engagement de ne contraindre personne à quitter la bande de Gaza » Comme souvent dans la région, véritable cimetière de feuilles de route, plans de paix et accords de toutes sortes, l’espoir est douché par des frappes meurtrières à peine l’encre sèche. Dans la journée du 1 août et lors de la nuit qui suit, des bombardements israéliens tuent seize personnes et détruisent deux entrepôts de médicaments. Tel-Aviv semble bien décidé à poursuivre une politique décrite par le bureau des affaires humanitaires (dans son bulletin hebdomadaire daté du 7 août) en ces termes : « Des frappes aériennes quotidiennes, des bombardements, des tirs d’armes à feu et des tirs navals ont été signalés, principalement à l’ouest de la ligne de déploiement convenue, connue sous le nom de “ligne jaune”, où la quasi- totalité de la population, soit 2,1 millions de personnes, reste concentrée sur moins de la moitié de la bande de Gaza, dans des conditions de surpeuplement extrême. » Nickolay Mladenov, le diplomate bulgare qui préside le Conseil de paix, habituellement peu enclin à réprimander Tel-Aviv, laisse éclater sa colère sur son compte X : « Mon équipe et moi-même travaillons sans relâche avec les parties, les médiateurs et les partenaires régionaux, afin d’apaiser les tensions et de créer les conditions nécessaires à la mise en œuvre intégrale du plan du président. Parvenir à une paix durable est difficile, mais cela reste possible si chacun met tout en œuvre » , écrit-il le 2 août. Il se montre bien plus conciliant après une rencontre avec le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou. Revenant sur les termes de la feuille de route, comme le souligne le chercheur Hugh Lovatt sur son compte X, Mladenov assure qu’Israël n’a pas à se retirer avant que le Hamas remette l’ensemble de son arsenal. Il tord la réalité du terrain, en prétendant que l’armée israélienne n’est pas déployée au-delà de la « ligne jaune », tracée par les Israéliens et qui ampute déjà le territoire palestinien de 53 % de sa superficie, et ce alors que les militaires israéliens eux-mêmes reconnaissent occuper plus de 60 % de l’enclave. La feuille de route du Conseil de paix ressemble déjà à ses aînées : une initiative diplomatique sans lendemain. Raisons électorales Car les concessions du Conseil de paix ne servent à rien. Dans une déclaration préliminaire au conseil des ministres du 9 août, Benyamin Nétanyahou y répond d’un refus catégorique : « Israël n’accepte pas le document en quinze points. Les Forces de défense israéliennes ne procéderont à aucun retrait tant que le Hamas n’aura pas été véritablement désarmé, et elles continueront à neutraliser les menaces qui pèsent sur nos forces et nos citoyens. » Ce faisant, il s’oppose frontalement à son allié Donald Trump. Qui ne réagit pas à l’enterrement brutal de ce qu’il célébrait quelques jours avant. Le premier ministre israélien prend aussi à témoin ses électeurs, alors que les législatives approchent – elles doivent se tenir en octobre. « Nétanyahou est confronté à un problème électoral : il n’est pas en tête dans les sondages et il fait l’objet de critiques au sein du Likoud, que certains de ses poids lourds ont quitté , décrypte pour Mediapart l’analyste politique israélien Menachem Klein. Il doit donc affirmer sa position d’extrême droite et regagner sa base électorale. Pour cela, il doit montrer qu’il soutient les objectifs de guerre, à savoir l’élimination totale du Hamas, et donc s’opposer à Trump. » L’analyse de l’ancien professeur de sciences politiques à l’université Bar-Ilan et ancien négociateur sur la question de Jérusalem est partagée en Israël. « Nétanyahou craint que le fait d’accepter sans résistance les cadres proposés par Trump à Gaza et au Liban risque d’éroder le soutien de sa base, et de pousser les électeurs du Likoud vers des partis encore plus à droite » , écrit le chroniqueur Joshua Leifer dans le quotidien de centre- gauche Haaretz Il rajoute : « Les partenaires de coalition de Nétanyahou – le Parti sioniste religieux de Bezalel Smotrich et Force juive er https://www.mediapart.fr/journal/international/120826/bande-de-gaza-liban-des-accords-mort-nes 2/4 d’Itamar Ben Gvir – ont appelé à la réoccupation de Gaza, à sa recolonisation et à l’expulsion des Palestiniens qui y vivent. De même, les franges extrêmes du mouvement des colons font pression pour occuper et coloniser le sud du Liban et la Syrie. » Au Liban se joue en effet le même théâtre d’ombres que dans la bande de Gaza : négociation d’un accord dont on se félicite avec force enthousiasme quand il est signé, mais le glaive continue son œuvre sur le terrain comme si de rien n’était. L’armée israélienne poursuit ses opérations militaires de destructions sans l’ombre d’une volonté de se retirer. Comme si l’accord de cessez-le-feu du 3 juin 2026 n’existait pas. Sans même un froncement de sourcil de Marco Rubio, le secrétaire d’État états- unien tout acquis à Israël, ni une exclamation en majuscule de Donald Trump. Et on en vient à négocier l’application de l’application de l’accord comme pour la bande de Gaza. Pari libanais La trêve conclue à Washington le 3 juin sous le parrainage des États-Unis prévoyait, outre l’arrêt complet des tirs du Hezbollah et l’évacuation de ses combattants de la zone au sud du fleuve Litani, le retrait progressif de l’armée israélienne des parties du territoire libanais qu’elle occupe, avec la création de « zones pilotes » où devait se déployer l’armée libanaise. Le protocole d’accord a été si peu respecté et les morts, dues à des frappes israéliennes dans leur immense majorité, ont été tellement nombreuses, qu’un nouveau cessez-le-feu a été négocié le 19 juin. Sans effet notable. Ces dernières semaines, les journaux libanais égrainent chaque jour les destructions et attaques de l’armée israélienne. « Pour Israël, ses intérêts sécuritaires s’étendent de l’Iran à la Turquie et à Chypre. » Menachem Klein, analyste politique israélien Sur les trois zones pilotes désignées pour servir de test, deux localités étaient déjà sous contrôle de l’armée libanaise. Dans la troisième, Zaoutar al-Gharbiyé, proche du château de Beaufort occupé par l’armée israélienne, Tel-Aviv a mené des incursions après s’en être retirée, alors que l’armée libanaise s’y était déployée et que les habitant·es déplacé·es rentraient au compte-goutte. La bourgade de Mansouri, proche de Tyr, a reçu un ordre d’évacuation puis a été pilonnée. L’armée israélienne poursuit un assaut contre la colline d’Ali Taher, à l’autre bout du Sud-Liban et à proximité de Nabatiyé, la grande ville sur le Litani. Elle a également avancé en direction de Kfar Chouba, au pied du mont Hermon. En somme, l’armée israélienne agit comme si aucun accord n’avait été signé. Sauf pour un type d’opération : elle a cessé, jusqu’à présent et sous pression états- unienne, ses bombardements sur Beyrouth. Tout cela alors que se poursuivent négociations, discussions et autres pourparlers. La septième et dernière session en date s’est clos à Rome le 6 août, n’apportant et ne changeant rien sur le terrain. Pas plus, d’ailleurs, que la visite à Washington du président Joseph Aoun, celui-là même qui a poussé à des négociations directes avec Israël. Le voyage et l’accueil fait par Donald Trump ont été d’abord considérés par beaucoup au Liban comme des succès. Mais la rencontre n’a été suivie d’aucune avancée substantielle. Une « mascarade diplomatique » , écrit le magazine en ligne indépendant Megaphone . La frustration et la colère sont telles, côté libanais, que les dirigeants menacent de ne pas poursuivre les négociations directes et le font savoir par l’entremise du quotidien francophone L’Orient-Le Jour « Les Libanais veulent essentiellement créer une crise dans les négociations et ainsi obliger les Américains à pousser les Israéliens à faire des concessions. Car la situation n’est plus tenable , décrypte pour Mediapart Michael Young, analyste et rédacteur en chef au Centre Carnegie du Moyen-Orient Malcolm H. Kerr à Beyrouth. Il n’est pas possible pour les Libanais de continuer à négocier alors que les Israéliens ne font aucune concession, refusent d’élargir les zones pilotes, refusent d’arrêter la destruction des villages et poursuivent les attaques contre la colline d’Ali Taher près de Nabatiyé. Maintenant, la balle est dans le camp des Américains. » Washington saura-t-il, voudra-t-il, exercer des pressions suffisamment fortes sur Benyamin Nétanyahou pour obtenir le début d’une application des protocoles, cessez- https://www.mediapart.fr/journal/international/120826/bande-de-gaza-liban-des-accords-mort-nes 3/4 Le journal MEDIAPART est édité par la Société Editrice de Mediapart - 127 avenue Ledru-Rollin, 75011 Paris. RCS Paris 500 631 932. Numéro de CPPAP : 1224Y90071 - Directeur de la publication : Carine Fouteau le-feu ou feuilles de route négociées ? En ce qui concerne le Liban, « tout le calcul de Joseph Aoun consiste à utiliser les Américains comme levier dans ces négociations avec Israël. Évidemment il faut être prudent, car on ne peut pas toujours se fier aux Américains » , reprend Michael Young. Surtout, les États-Unis se heurtent non seulement à la proximité de l’échéance électorale israélienne, mais aussi à une nouvelle doctrine élaborée après les massacres du 7-Octobre . « Jusque-là, la doctrine était qu’Israël est une villa dans la jungle du Moyen-Orient, ce qui signifie que, de temps à autre, Israël franchit les frontières de la villa pour attaquer ses ennemis, puis revient dans la villa » , décrit Menachem Klein. « La nouvelle stratégie consiste à faire d’Israël le maître de la jungle, et non plus seulement de la villa. Il a donc étendu son occupation, au-delà des frontières de 1967 , poursuit-il. Il a ainsi occupé une bande de territoire au Sud-Liban, dans la bande de Gaza – au-delà de la “ligne jaune” fixée dans le plan Trump, ainsi qu’en Syrie. Pour Israël, ses intérêts sécuritaires s’étendent de l’Iran à la Turquie et à Chypre. » Et à cela, les élections israéliennes, quel que soit leur résultat, ne changeront absolument rien. Gwenaelle Lenoir https://www.mediapart.fr/journal/international/120826/bande-de-gaza-liban-des-accords-mort-nes 4/4 Politique — Parti pris Éclipse solaire : l’indifférence désastreuse du gouvernement Les pénuries et l’explosion des prix des lunettes de protection pour observer le phénomène sont un nouvel exemple de l’incapacité gouvernementale à organiser une gestion rationnelle des risques. Cela restera une caractéristique majeure des deux quinquennats d’Emmanuel Macron. Romaric Godin 12 août 2026 à 17h23 Q ui aurait pu prédire ? Voici quelque vingt siècles, l’astronomie grecque était déjà capable d’établir des dates possibles d’éclipses du Soleil. Depuis la fin du XVIII siècle, on sait déterminer un calendrier de ces phénomènes longtemps à l’avance. Mais dans la France dirigée par « le cercle de la raison » incarné par Emmanuel Macron, tout semble se produire par surprise. Le mercredi 12 août au soir est prévue une éclipse partielle du Soleil sur une grande partie de la France. Naturellement, les résident·es de notre pays et les touristes qui y passent l’été sont fortement tentés d’observer le phénomène. Il faut dire (on le sait déjà, l’Élysée pourrait en prendre note) que la prochaine éclipse du genre sur le territoire métropolitain aura lieu en 2081. Très tard pour beaucoup d’entre nous. Or, une éclipse n’est pas un phénomène anodin. Pour l’admirer, il faut mettre des lunettes spéciales ou prendre le risque d’endommager de façon majeure ses yeux. Mais les ministres de Sébastien Lecornu ont fait ce que les gouvernements d’Emmanuel Macron font de mieux. Ils ont publié des recommandations générales sur les réseaux sociaux. Et pour le reste, que vogue la galère. Des clients font la queue devant un magasin d ’ optique pour acheter des lunettes permettant d ’ observer l ’ éclipse solaire, à Paris, le 11 août 2026. Nos gouvernements croient à la main invisible du marché et sa magie. C’est pratique, parce qu’il n’y a rien à faire : le marché pourvoit toujours et partout à tout. Au fond, regarder une éclipse, c’est un divertissement. L’État n’a pas à s’en occuper, n’est-ce pas, et certains pourraient gagner de l’argent avec cette affaire. Alors, tout devrait bien se passer. « Les citoyens sont suffisamment matures pour se doter par eux-mêmes de lunettes pour voir l’éclipse » , proclamait doctement sur X, mercredi, Marc Ferracci, proche d’Emmanuel Macron et ancien ministre de l’industrie. On voit là toute l’indifférence à la réalité de cette famille politique. Car, au moment même où cette sage sentence était écrite, les lunettes spéciales manquaient partout, bien sûr. Des lunettes à près de 8 euros Et puis, soudain, en début d’après-midi, elles réapparaissaient ici ou là, à prix d’or. Faute de lunettes disponibles, des files d’attente gigantesques devant les magasins disposant encore des précieuses paires. Les plus « chanceux » devaient débourser des sommes frisant l’indécence, atteignant parfois près de 8 euros, soit 2,5 fois le prix généralement constaté quelques jours auparavant. Les risques que l’imprévoyance gouvernementale fait porter à la population ne sont pas légers : les gens e © Photo Lou Benoist / AFP https://www.mediapart.fr/journal/politique/120826/eclipse-solaire-l-indifference-desastreuse-du-gouvernement 1/3 voudront, quoi qu’il arrive, voir l’éclipse. Et s’ils n’ont pas accès à des lunettes homologuées, faute de disponibilité ou d’argent, ils regarderont l’astre solaire disparaître à l’œil nu ou en ayant recours aux systèmes D tout aussi dangereux (lunettes de soleil ou encore radio médicale). L’éclipse est un enjeu de santé publique. Et, en cela, il imposait une préparation que les autorités ont abandonnée aux forces du marché. Lesquels ont surtout préparé la hausse des prix et les bénéfices coquets qui vont avec. Car c’est précisément le genre d’événements pour lequel le marché est inefficient : naturellement, la pénurie s’organise pour profiter de l’aspect unique du phénomène et faire un bénéfice maximum au dernier moment en évitant de se retrouver avec du stock inutile. Ceci impliquerait donc une organisation en amont, prévoyant la disponibilité des lunettes spéciales, leur distribution et la maîtrise de leurs prix. Une telle planification devrait se justifier au nom de la santé publique et de la bonne gestion des finances publiques. Si une vague de problèmes de vue surgissait après le 12 août, non seulement l’assurance-maladie serait mise à contribution, mais ce serait l’économie dans son ensemble qui serait encore affaiblie. De ce point de vue, la gestion de l’éclipse totale du 11 août 1999 par le gouvernement Jospin (dont on ne fera pas l’éloge dans tous les domaines, comme précisé ici) est un contre-exemple de l’action de celui de son lointain successeur. Pourtant, la presse de l’époque, à l’image d’un article du Monde du 7 août 1999, n’hésite pas à tancer la réaction tardive de l’exécutif. Distribution et plafonnement des prix C’est sous la pression des collectivités locales et des sociétés d’astronomie qui, alors, ont alerté le gouvernement et lui ont fait renoncer à laisser jouer le marché libre. Dès le début d’année 1999, la Direction générale de la santé décide de mettre fin à la « guerre commerciale » qui s’amorçait sur les lunettes de protection. En mai et juin, des commandes sont passées pour que, finalement, 30 à 35 millions de paires soient disponibles le jour J. En ce qui concerne la distribution, près de 10 millions de paires de lunettes seront distribuées directement aux plus démunis. Pour le reste, le gouvernement passe dès le mois d’avril un décret qui plafonne le prix de la paire à 5 francs, soit 76 centimes d’euros. Corrigé de l’inflation, ce prix correspond à environ 1,19 euro, soit 6,7 fois moins que le prix que certains ont dû débourser vingt-sept ans plus tard. Le Monde de 1999 jugeait la situation « à peu près acceptable » et, de fait, il y eut des accidents, avec 253 lésions reportées. Sur 50 millions d’observateurs et d’observatrices, selon les estimations, c’est un résultat très correct qui montre que la prévoyance et la planification paient. On tremble déjà en pensant au bilan que pourrait provoquer le dilettantisme de l’actuel gouvernement. Que s’est-il passé ? Comment l’actuel gouvernement a-t- il été surpris par l’éclipse ? En 2026 aussi, les collectivités locales et les associations ont alerté. Certaines communes et régions ont même prévu leur propre stock de lunettes, comme l’Île-de-France, la ville de Saint- Denis ou même la petite commune d’Allonnes, 10 000 habitants, dans la Sarthe. Mais, à la différence de 1999, l’État n’a pas suivi et les paires à disposition sont très limitées : 2 000 à Saint- Denis et 10 000 dans toute l’Île-de-France. À aucun moment, Matignon n’a jugé le sujet digne d’une action publique. Et ce cas de l’éclipse du 12 août n’est, pas, hélas, un cas isolé. L’ère Macron aura été celle de l’imprévoyance et de l’indifférence face aux risques. Les exemples sont légion. On se souvient des pénuries de masques au début d’une épidémie de covid pour laquelle le système de santé, sous pression constante des budgets visant à « l’efficacité », n’était absolument pas préparé. On se souvient que fin février 2020, alors même que le virus ravageait déjà l’Italie du Nord, le gouvernement d’Édouard Philippe convoquait un conseil des ministres extraordinaire un samedi pour annoncer le passage par l’article 49-3 de la réforme des retraites. Répétition de l’imprévoyance Les gouvernements successifs ont été longtemps indifférents à la poussée inflationniste de 2022, qui devait être temporaire, aux multiples pénuries de médicaments, à la remontée de la mortalité infantile, à l’explosion des inégalités. Ils ont été aussi dilettantes dans la gestion des conséquences de la crise écologique, https://www.mediapart.fr/journal/politique/120826/eclipse-solaire-l-indifference-desastreuse-du-gouvernement 2/3 Le journal MEDIAPART est édité par la Société Editrice de Mediapart - 127 avenue Ledru-Rollin, 75011 Paris. RCS Paris 500 631 932. Numéro de CPPAP : 1224Y90071 - Directeur de la publication : Carine Fouteau comme le montre l’attitude face aux actuelles vagues de chaleur mortelles ou face aux incendies de forêt catastrophiques de cet été 2026. Toujours, le macronisme semble se réveiller trop tard, lorsque la situation est déjà critique. On fait alors des effets de manche, des communiqués, des posts sur les réseaux sociaux et on attend que l’actualité passe à autre chose. Bref, on fait de la communication. Mais cette répétition de l’imprévoyance a un effet désastreux sur le pays. Les forêts sont détruites, les gens meurent de chaleur, les yeux sont menacés. « Gouverner, c’est prévoir » , disait le vieil adage de la politique. Mais pour Emmanuel Macron et son camp, il n’y a rien d’autre à prévoir que de laisser les forces de marché se développer, puisqu’elles seules sont capables de définir et de mettre d’accord les besoins des consommateurs et des producteurs. Il est bien ce qu’il prétendait être en 2017, une forme d’« anti-politique ». Mais c’est parce qu’il remplace la gestion du bien commun par la priorité aux profits. Cette naïveté de marché, à laquelle il faut ajouter une bonne dose d’incompétence, ce qui n’est pas contradictoire, est une caractéristique principale du macronisme et la source des ravages qu’il a fait subir pendant dix ans au pays. Cette éclipse du 12 août restera comme le symbole de cette élite qui prétend gérer le pays rationnellement et qui est da