1 5 413635 080319 2 5 MERCREDI 17 juin 2026 / Edition Wallonie / Quotidien / N o 139 / 3,30 € (GDL : 3,50 €) / 02 225 55 55 1 0 Place de la Chapelle - 1000 Bx l 20025262 MALADES DE LONGUE DURÉE Pourquoi 218.000 personnes vont être réévaluées d’ici 2030 ? P. 10 Des tonnes de questions pour Rudi Garcia MONDIAL 2026 CAHIER SPÉCIAL Mbappé libère la France face au Sénégal VISITES DOMICILIAIRES « Un ordre de quitter le territoire doit être exécuté » P. 3 DIPLOMATIE Le G7 uni pour soutenir l’Ukraine P. 6 & 7 ENSEIGNEMENT Vers une semaine d’examens chaotique P. 4 NÉCROLOGIE 20 DÉTENTE 21 MARCHÉS 22 TÉLÉVISION 23 CHRONIQUE 24 PETITE GAZETTE 24 + O n n’avait plus vu cela depuis un bout de temps mais à Evian, ce mardi, le G7 a fait le job : tous unis derrière Zelens- ky, même Trump. Jusqu’à présent en tout cas – le G7 se termine seulement mercredi soir. Mais après deux rencontres bilaté- rales avec son « homo- logue » américain et une plénière avec tous les leaders, le président ukrainien peut acter le retour d’une sorte d’union sacrée face à Poutine. Personne ne sait combien de temps elle durera, mais cette recons- titution du « vieux » bloc occidental vient à un moment clé pour per- mettre au leader de continuer à protéger son pays, mais aussi de consolider de réels acquis contre l’agresseur russe. Ce mardi, le soutien du G7 n’était pas que verbal ou symbolique, le pré- sident Trump ayant évo- qué la reprise des sanc- tions sur les hydrocar- bures russes, dès lors que « le pétrole recoule à flots ». A suivre. Les Européens, désormais quasi seuls bailleurs de fonds de la résistance ukrainienne, sont à la manœuvre dans ce dos- sier, contrairement au Proche-Orient, où ils subissent ou, au mieux, « jouent » en défense. A Evian, ils ont réussi à éviter un « solo » d’un président américain, qui aurait pu être avide d‘une revanche d’ego suite à sa déroute iranienne. Do- nald Trump s’est même engagé à œuvrer à une reprise de pourparlers de paix entre la Russie et l’Ukraine. « Ce dernier mois, 35.000 personnes sont mortes. Des soldats (russes et ukrainiens, NDLR) jeunes et de belles personnes. Ce qui se passe là-bas est insensé », a déclaré le leader améri- cain, étonnamment rai- sonnable. « L’unité dans le G7 der- rière vous », affirmée par le Premier ministre cana- dien Mark Carney à Ze- lensky, sera-t-elle suffi- sante pour faire plier le maître du Kremlin ? Les connaisseurs en doutent. La population russe est fatiguée mais le pré- sident russe n’a pas d’autre projet pour rega- gner le statut perdu de son « empire » que de conserver un ennemi extérieur. Des frappes à la façon d’Israël sur les centres de décision en Iran et au Liban, un essai nucléaire en mer Noire ? « Rien n’est exclu pour un pouvoir russe mis en échec stratégique par la puissance militaire ukrai- nienne », commente l’ex-diplomate français Michel Foucher. Qui en appelle à un optimisme clinique, réinterprétant une citation du théori- cien militaire prussien Clausewitz : « Celui qui gagne, c’est celui qui ne perd pas. Et l’Ukraine ne perd pas. » La seule stra- tégie est donc de conti- nuer à résister, en intensi- fiant la pression sur la Russie et en aidant l’Ukraine dans tous les domaines. C’est ce que fait aujour- d’hui l’Europe en disant sa volonté de compléter les 90 milliards d’euros d’aide déjà votés, mais aussi en donnant ce lundi le coup d’envoi à une première série de négo- ciations pour l’adhésion de l’Ukraine. C’est ce que fait le Canada en promet- tant de nouvelles sanc- tions sur les flottes fan- tômes. C’est ce que de- vraient faire les Etats- Unis, selon Zelensky sorti très confiant d’une bilaté- rale avec Trump sur l’oc- troi de licences pour produire des missiles Patriot dans son pays. On croise les doigts. ÉDITO BÉATRICE DELVAUX ÉDITORIALISTE EN CHEF Ukraine : le G7, uni, pourvu que ça dure STÉPHANE VANDE VELDE A lors que la fin du plan Oxy- gène – qui consistait en un prêt de la Région aux villes afin de les soulager du coût des 4 P, à savoir les pensions, les zones de po- lice, les pompiers et les coûts liés à la pauvreté – approche, les neuf grandes villes wallonnes attendent des refi- nancements structurels, alors que les coûts ne cessent d’augmenter et que les recettes (fiscales notamment) s’ef- fritent. Par la bouche de l’Union des villes et communes, présidée par une muni- cipaliste MR, à savoir la bourgmestre de Thuin, Rachel Sobry, elles ont en- voyé aux différents gouvernements une étude qui objective le constat et propose des solutions. Même si cette étude propose de tra- vailler sur les leviers fiscaux commu- naux, elle souligne les limites étant donné que la plupart des grandes villes ont déjà largement activé cette solution. Même si elle lance des pistes pour le gouvernement fédéral, elle n’en attend pas grand-chose. « On pourrait gratter quelques mil- lions pour la charge des pensions mais les Flamands ont déjà réglé leurs pro- blèmes des 4P et donc, il ne faut pas se faire d’illusions concernant une in- tervention du fédéral. Si la Wallonie existe, il faut qu’elle trouve elle-même ses solutions. Si elle existe... », lâchait Willy Demeyer (PS), bourgmestre de Liège. C’est donc sur la Région wallonne que les principales métropoles wal- lonnes comptent. Elles proposent no- tamment de revoir la dotation des fonds des communes, se basant sur ce qui est fait en Flandre et qui est bien plus bénéfique aux grandes villes. La révision de la fiscalité routière au bé- néfice des communes est également une piste avancée. La balle est désor- mais dans le camp du gouvernement wallon. P. 2 Le cri d’alarme des grandes villes wallonnes La fin du plan Oxygène inquiète plusieurs bourgmestres, qui appellent à des solutions structurelles pour leurs finances, toujours mises sous pression. 2 Mercredi 17 juin 2026 2 KROLL PRÉSENTE STRIP’ STÉPHANE VANDE VELDE L a fin du Plan oxygène approche et une certaine fébrilité gagne les rangs des grandes villes, face à l’absence actuelle de perspectives. « On est allé au bout de ce qu’on pouvait faire. Si on n’a pas de solutions en septembre ou novembre, on va se retrouver devant des difficultés majeures pour la confec- tion de nos budgets et on va devoir licen- cier du personnel », affirme Nicolas Martin, bourgmestre de Mons. Au cercle de Wallonie, plus tard dans la journée, Charlotte Bazelaire (Les Engagés), bourgmestre de Namur, confirmait. « Si on n’a rien cette année, on va devoir cou- per dans tout ce qui n’est pas régalien. » A Charleroi, la taxe déchets passera en octobre de 25 à 52 euros pour une per- sonne isolée bénéficiant du CPAS, l’ac- cueil temps libre est désormais payant. Et si la Ville ne reçoit pas l’aide escomp- tée, certains services ne pourront plus être remplis, comme la sécurisation des matchs de football qui représente un coût d’1 million par an. C’est pour cette raison que l’Union des villes et com- munes de Wallonie (UVCW) a voulu faire passer un message fort de soutien aux grandes villes, ce mardi. Entourée de bourgmestres socialistes, sa présidente, Rachel Sobry (MR), dans un joli numéro d’équilibriste apolitique, a marqué son soutien aux grandes villes, ce qui n’est pas si courant dans une asso- ciation traversée par des courants contraires entre petites communes et grandes villes. « Les grandes villes constituent les principaux pôles structu- rants autour desquels s’organisent l’at- tractivité, les services et les dynamiques de développement dont bénéficie l’en- semble de la Wallonie. Soutenir les grandes villes ne revient nullement à op- poser les territoires », a affirmé la bourg- mestre de Thuin. L’UVCW a voulu objectiver une série de problèmes que traversent les neuf grandes villes wallonnes (Verviers, Mouscron, Seraing, Liège, Namur, Charleroi, Mons, La Louvière et Tour- nai) à travers une étude qui débouche sur deux constats : elles font face à des dépenses plus élevées liées aux externa- lités et à leur rôle de centralité, et elles ne bénéficient plus de recettes suffisantes. « Les recettes fiscales, tout spécialement les recettes IPP, y occupent une place moins importante que la moyenne des communes wallonnes. De plus, le bâti des grandes villes est plus vieux et donc, le potentiel fiscal est plus limité », a indi- qué l’un des auteurs de l’étude, Julien Flagothier. Et contrairement aux idées reçues, « la proportion que les grandes villes consacrent en personnel ou en dé- penses de fonctionnement est moindre en comparaison avec une commune wal- lonne moyenne. » Revoir le fonds des communes Avec des charges qui augmentent, prin- cipalement la charge des 4 P (pensions, police, pompiers, pauvreté) et des re- cettes qui s’effritent, l’étude montre que le problème est structurel et pas un pro- blème de gestion. Face à cela, l’UVCW prône des mesures urgentes et pointe des leviers pour faire face aux difficultés financières. Notamment en termes de leviers fiscaux communaux, comme une taxation sur les secondes résidences, sur les logements étudiants ou une taxe de séjour dans les villes plus touristiques. Néanmoins, l’UVCW insiste pour dire que cela ne sera pas suffi- sant, d’autant plus que la plupart des grandes villes ont déjà appliqué ces me- sures. Notamment en termes de précompte im- mobilier. « Toutes les villes étudiées appliquent déjà des taux supérieurs au maximum recomman- dé par la Région wal- lonne, ce qui limite l’aug- mentation directe des centimes additionnels. » C’est donc principalement aux autres niveaux de pouvoir à agir. Et en premier lieu, à la Région car les bourgmestres présents n’attendent plus grand-chose du fédéral. « On pourrait gratter quelques millions pour la charge des pensions mais les Fla- mands ont déjà réglé leurs problèmes des 4 P et donc, il ne faut pas se faire d’illusions concernant une intervention du fédéral. Si la Wallonie existe, il faut qu’elle trouve elle-même ses solutions. Si elle existe... », lâchait Willy Demeyer (PS), bourgmestre de Liège. C’est donc bien sur la Région wallonne que les bourgmestres des grandes villes et l’UVCW ont mis la pression, prônant une révision complète du fonds des communes, se basant sur l’exemple fla- mand. « En moyenne, une grande ville wallonne a reçu du fonds des communes 672 euros par habitant contre 988 euros en Flandre où les travailleurs navetteurs et les étudiants sont pris en compte dans les critères, tout comme les critères so- ciaux. Une part du fonds est aussi spéci- fiquement réservée aux grandes villes ». L’UCVW veut également une dotation Grande ville et aimerait qu’une partie des recettes issues de la fiscalité routière revienne dans le giron des communes. Quelques heures plus tard, devant le cercle de Wallonie, le bourgmestre de Charleroi, Thomas Dermine (PS), ne plaidait pas autre chose. « 75 % de la po- pulation wallonne habitent dans ces neuf villes. La Wallonie est irriguée par des métropoles externes à son territoire comme Luxembourg, Maastricht ou Bruxelles. Or avoir des villes fortes dans des régions est une condition nécessaire au développement de cette région. Etre une banlieue résidentielle n’est pas une ambition régionale. Croire qu’on déve- loppe une région en sous-investissant ses villes est une hérésie », a dit Thomas Dermine qui a également évoqué le problème de la centralité. « A Charleroi, 40 mil- lions, soit 8 % du budget, servent à payer des ser- vices à des gens qui n’ha- bitent pas dans notre ville. 40 % des enfants dans nos crèches, 50 % des utilisateurs des infra- structures culturelles, étudiantes et sportives vivent en dehors de Char- leroi. » Le gouvernement écoutera donc ses doléances. Mais pas sûr qu’il suivra les recommandations de l’UVCW. Le mi- nistre-président, Adrien Dolimont (MR), présent au Cercle de Wallonie, at- tend de lire le rapport avant de se pro- noncer. « Mais on ne laissera pas tomber les villes, elles le savent », a-t-il dit. « Il faut que les communes gardent le cap budgétaire et la Région fera sa part de travail pour libérer l’investissement lo- cal » a, pour sa part, déclaré le ministre des Pouvoirs locaux, François Des- quesnes (Les Engagés). Cependant, la révision du fonds des communes n’est peut-être pas la piste privilégiée par le ministre-président qui a plutôt fait de la fusion des communes son nouveau che- val de bataille. L’Union des villes et communes demande au gouvernement d’agir pour les grandes villes WALLONIE L’UVCW a envoyé une étude et des propositions pour refinancer les grandes villes. Les bourgmestres des neuf plus grandes cités wallonnes, au bord du gouffre, attendent des solutions structurelles après avoir fait leur part d’économies. Selon l’UVCW, les grandes villes ne bénéficient plus de recettes suffisantes. © BELGA/BELPRESS. Si la Wallonie existe, il faut qu’elle trouve elle-même ses solutions. Si elle existe... Willy Demeyer (PS) Bourgmestre de Liège 3 Mercredi 17 juin 2026 3 ENTRETIEN MAXIME BIERMÉ BERNARD DEMONTY D ouble actualité sur la théma- tique asile et migration pour le président des Engagés, Yvan Ve- rougstraete, qui porte aussi la casquette de député européen. Ce mardi, à la Chambre, majorité et opposition se sont entendus pour organiser des auditions sur le projet de loi autorisant les visites domiciliaires. Cela pourrait entraîner un report du vote du texte polémique à la rentrée. Au même moment, à Stras- bourg, les députés européens débattent du projet de la directive sur les retours qui devrait être voté par la droite, l’ex- trême droite et même une partie des li- béraux et centristes du groupe Renew dans lequel on retrouve le MR et Les En- gagés. D’où la volonté d’Yvan Veroug- straete de clarifier, autant que possible, sa position compliquée dans un débat enflammé. D’accord avec les visites domiciliaires en Belgique mais pas au niveau européen. Quelle est la vraie ligne des Engagés ? Elle est assez claire ! On a besoin d’avoir une politique migratoire crédible, maî- trisée mais qui reste humaine. Un ordre de quitter le territoire, sur le principe, doit pouvoir être exécuté. Mais ça ne peut pas se faire au détriment des garan- ties qui font notre Etat de droit et des droits fondamentaux de chaque être hu- main. On évalue chaque décision à tra- vers ce prisme-là. Sur le règlement retour qui sera voté mercredi au Parlement européen, il nous semble que ces balises ne sont pas pré- sentes. Les Engagés voteront donc contre le texte. Principalement, à cause des hubs de retour sans lien aucun de connexion avec la personne, aucune ga- rantie des droits fondamentaux, la pos- sibilité d’envoyer des familles avec en- fants. C’est une question de curseur. Nous allons aussi obliger le gouverne- ment fédéral à s’abstenir sur ce texte lors du vote au Conseil européen. Nous se- rons, avec l’Espagne qui est contre, le seul pays sur 27 à le faire. On sait que nos partenaires de l’Arizona sont pour et soutiennent ce texte mais nous allons imposer cette opposition. Vous êtes les seuls à vous opposer ? Oui. D’ailleurs en Belgique franco- phone, il y a un petit biais. L’opposition PS-PTB-Ecolo est contre mais il existe une large majorité qui est pour à l’éche- lon européen comme belge. Je rappelle d’ailleurs qu’en Belgique, nous nous sommes battus pour que notre pays ter- mine avec l’un des textes parmi les plus encadrés d’Europe. Je rappelle que tous nos voisins ont un règlement sur les vi- sites domiciliaires avec des contraintes et des balises qui sont très faibles. Parlons-en. Le dernier avis du Conseil d’Etat était très critique sur la question des droits fondamentaux. Ce n’est pas exact. Il y a beaucoup de fake news sur le sujet. Après le premier avis du Conseil d’Etat, nous avons travaillé pour l’adapter et dans son deuxième avis, le Conseil d’Etat a dit qu’il n’était plus compétent pour ré- évaluer si les adaptations faites lui per- mettaient de répondre puisqu’il avait dé- jà jugé (il relit le texte) : « Il a épuisé sa compétence sur les dispositions exami- nées et il ne lui appartient dès lors pas de se prononcer sur celles-ci, qu’elles de- meurent inchangées ou qu’elles aient été revues pour tenir compte des observa- tions faites dans le premier avis. » Donc ils déclinent leur compétence, ils ne disent pas que c’est validé ? Ils ne disent pas que c’est validé. Donc ça veut dire que ça peut encore être problématique au niveau des droits fondamentaux... Oui. Mais ce n’est pas ce que dit une cer- taine bien-pensance qui dit que le deuxième avis est incendiaire. Il est très clair. Il dit qu’il a épuisé sa compétence. C’est pour cela qu’on a, en Belgique, la Cour constitutionnelle, que certains n’hésiteront pas à saisir, et les Engagés se battront à 200 % pour que son avis soit respecté. Si elle estime que les balises mises en place ne répondent pas suffi- samment aux obligations légales alors évidemment, nous imposerons à l’en- semble du gouvernement de les respec- ter. Mais vous allez donc voter le texte ac- tuel ? Oui car nous estimons que les balises que nous avons pu imposer dans ce texte garantissent le respect de l’Etat de droit, des droits humains et des droits indivi- duels. Quand on parle de rafle ou de dé- portation, ce n’est pas correct. On a im- posé que les visites domiciliaires soient faites sur une personne bien précise, sur base d’un dossier bien précis. Et que ça soit une décision individualisée. C’est un juge d’instruction qui, sur base d’un nom bien précis, a une adresse connue, évalue un risque sur base d’un dossier complet et dit : « Vous pouvez aller chercher cette personne ». S’il y a une autre personne, ils ne peuvent pas lui parler, ils ne peuvent rien faire. lls peuvent rentrer dans sa maison... Oui s’ils ont déjà essayé de manière posi- tive et normale, en sonnant, demander de quitter volontairement... Si vous cla- quez la porte, alors l’Office des étrangers demande à un juge d’établir un dossier. Le juge regardera si c’est proportionné, s’il y a un danger pour l’ordre public ou la sécurité nationale, si ce n’est pas un mi- neur et veillera, s’il y a un risque qu’il y ait un mineur, à ce que toutes les me- sures soient prises pour veiller à l’intérêt de l’enfant. Il n’empêche que les juges d’instruction restent opposés au projet. Ils disent que leur contrôle sera purement formel, de légalité. Qu’ils ne pourront pas enquêter de manière suffisamment précise pour éviter les abus. On a prévu après un an une évaluation de la loi ainsi qu’un recours potentiel. On a aussi prévu que l’absence d’avis du juge soit équivalente à un refus. La décision est par ailleurs susceptible de recours a posteriori Mais cette mesure est-elle vraiment nécessaire ? Un ordre de quitter le territoire, je l’as- sume, doit pouvoir être exécuté. Si vous ne le faites pas, vous ne pouvez pas non plus mettre en place une politique d’im- migration positive. Cela ne fait pas de moi un raciste. Prenons quelqu’un, condamné pour trafic d’être humain, abus sexuel avec une peine assortie d’un ordre de quitter le territoire et une inter- diction de revenir pendant dix ans. Si cette personne revient, qu’elle est poten- tiellement dangereuse pour l’ordre pu- blic, aujourd’hui, si elle claque la porte, on ne peut rien faire. Demain, on pourra entrer. Je vous donne un deuxième exemple. Des personnes fichées à l’Ocam, comme « foreign terrorist fighter » (terro- riste étranger, NDLR) qui n’ont pas eu de condamna- tion. On estime alors qu’elles sont un danger pour la sécurité nationale. On doit pouvoir, à ce mo- ment-là, avec toutes les autres balises dont je vous parle, faire appliquer l’ordre de quitter le terri- toire. Je pense que ce n’est pas de l’extrême droite ou illogique de pouvoir, à un moment donné, exécuter la mesure. Est-ce que la notion d’atteinte à la sécu- rité publique est suffisamment balisée ? C’est évidemment le point qui est le plus délicat. Vous avez tout à fait raison. C’est l’atteinte à l’ordre public. Et nous avons balisé la question en refusant qu’un ordre de quitter le territoire soit consti- tutif d’une atteinte à l’ordre public. De la même façon, une infraction n’est pas suf- fisante pour dire qu’il y a un danger à l’ordre public. Il faut vraiment que ça soit un danger pour l’ordre public. On aurait aimé pouvoir peut-être encore plus la préciser. Mais je pense quand même que les balises sont suffisantes. Revenons au niveau européen, l’absten- tion de la Belgique n’empêchera pas les fameux hubs que certains qualifient de « hubs de la honte ». On continuera le combat, parce que dans ce texte-là, il n’y a pas les balises. Je suis désolé mais ce sont des gens qu’on envoie quelque part sans aucune connexion avec le pays d’où ils viennent. Sans même attendre la réponse de leur pays d’origine. On peut les envoyer en Albanie, alors qu’ils viennent du Séné- gal. En disant qu’il n’y a pas d’exemption pour les familles, qu’il n’y a pas de garan- tie concernant les droits fondamentaux au Kosovo, en Albanie, ou je ne sais trop, je ne sais même pas où. Tout ça, ce sont des choses qui me font dire que c’est im- possible pour nous. Donc oui, on conti- nuera à se battre contre. Plus globalement, vous êtes à Stras- bourg, où on va voter probablement demain ce texte avec l’extrême droite. Comment qualifiez-vous tout ce qui se passe ? De manière générale, les différents votes qui ont eu lieu avec l’extrême droite se sont terminés par des applaudissements longs et nourris de la droite et de l’ex- trême droite. Moi, ces votes-là, ils me glacent à chaque fois qu’ils sortent. Cette fierté que j’entends parfois après ces votes majorité droite et extrême droite, c’est quelque chose qui me fait très très peur. « Nous allons forcer la Belgique à s’abstenir sur les hubs de retour » MIGRATION Alors que la Chambre s’apprête à voter le projet controversé sur les visites domiciliaires, le président des Engagés, Yvan Verougstraete, assume son soutien au texte belge. Et rejette le règlement européen sur les retours de migrants, soumis au vote ce mercredi. « On a besoin d’avoir une politique migratoire crédible, maîtrisée mais qui reste humaine », annonce Yvan Verougstraete à propos du projet de loi autorisant les visites domiciliai- res. © PHOTO NEWS. On a besoin d’avoir une politique migratoire crédible, maîtrisée mais qui reste humaine 4 Mercredi 17 juin 2026 4 ERIC BURGRAFF EMILE THOREAU (ST.) C ette fois, on y est... Ce jeudi, les élèves de sixième primaire débu- teront les épreuves externes leur donnant accès au CEB. Vendredi, ce se- ra au tour des ados de deuxième et sixième secondaires de se jeter à l’eau pour, respectivement, les CE1D et CESS. Au total, quelque 170.000 jeunes vivront au rythme du stress de ces épreuves. Du stress, il y en aura aussi du côté des directions d’écoles. C’est qu’une partie des enseignants n’a toujours pas digéré le vote, début juin, du décret in- jectant 231 millions d’économies nettes dans l’enseignement, dont le très décrié passage à 22 périodes de cours par se- maine au lieu de 20. Au point que cer- tains promettent de perturber les épreuves certificatives, au grand dam de certains parents, élèves ou d’autres pro- fesseurs. Sans prof, pas d’épreuves « Demain, l’accès aux copies des épreuves me sera certainement bloqué par des grévistes », pressent un direc- teur liégeois. Les documents sont, pour le moment, stockés dans les écoles « coffres-forts », qui assurent le dispat- ching. Mais leur acheminement pour- rait être perturbé, selon Sébastien Schetgen, du CPEONS (la fédération de l’enseignement officiel subventionné) qui appelle à suivre les consignes « dans l’intérêt de l’élève ». Au-delà des copies, il faut des profes- seurs pour encadrer. Certaines écoles n’en auront probablement pas, comme à Liège et à Verviers, où une série d’éta- blissements est totalement à l’arrêt de- puis des semaines. Luc Toussaint, de la CGSP Enseignement, rappelle que faire grève un jour d’épreuves externes est « totalement légal et couvert ». « Une partie des écoles est simple- ment en grève, pour d’autres, on compte se mobiliser de manière ciblée : renfor- cer les piquets et empêcher les épreuves », explique un des coordina- teurs de Mars Attacks. Selon lui, une cinquantaine d’écoles pourraient être concernées. Le mouvement souhaite concentrer ses actions sur les CE1D et CESS. Pour les directions, il faudra décider le jour même en fonction des profs en présence. Comme l’explique Alexandre Lodez, secrétaire général du Segec, « à l’impossible nul n’est tenu ». S’il ne faut pas énormément de personnel pour surveiller un examen, il se dit que cer- taines directions, plus en accord avec les mouvements de contestations, pour- raient ne pas forcer à tout prix pour or- ganiser les épreuves. L’ampleur est impossible à définir. L’Appel (Association professionnelle du personnel de l’enseignement libre) es- time, sur base de ses affiliés unique- ment, qu’autour de « 15 à 20 % des « Même dans les années 90, ce n’était pas aussi chaotique » ENSEIGNEMENT Au total, 164.246 élèves passent des épreuves externes (CEB, CE1D et CESS) dans les écoles à partir de ce jeudi. Leur organisation tient en deux mots : chaos et incertitude. Pour beaucoup, bloquer ces épreuves est une action symbolique de choix. Les craintes sont vives à l’approche des examens, alors que plusieurs établissements sont encore totalement à l’arrêt. © BELGA. Après cinq semaines de mobilisations, aucun geste de la ministre. Le gouvernement, par son attitude et ses politiques, provoque le chaos Luc Toussaint CGSP Enseignement écoles pourraient être fortement per- turbées ». « On n’a pas de boule de cris- tal », nous dit-on du côté de la CSC-En- seignement. Luc Toussaint relate quant à lui une « colère profonde » dans les écoles : « Après cinq semaines de mobi- lisations, aucun geste de la ministre. Le gouvernement, par son attitude et ses politiques, provoque le chaos. » « Personne ne peut dire ce qu’il va se passer » S’il faut s’attendre à des problèmes dus à des grèves et autres blocages, ce n’est pas le seul risque. Nicolas Jacquinet, professeur dans le secondaire à Namur, a lancé l’action BalanceTonCE, pour boycotter la transmission des résultats. L’objectif est de contester « la charge administrative invisible ainsi que le côté inégalitaire de ces épreuves, empiré par les réformes ». « Trois options sont possibles : une action symbolique, transmettre les ré- sultats en retard, ou procéder à un boy- cott complet de la transmission des ré- sultats. » De ce choix dépendent des conséquences variables en termes de sanctions pour les professeurs et les pouvoirs organisateurs. Nicolas Jacqui- net explique que son école a tranché parmi ces options et que l’action a été rejointe par une quarantaine d’établis- sements. Luc Toussaint, à l’instar de l’ensemble des syndicats, fustige le gouvernement : « La ministre n’écoute pas nos recom- mandations, ne veut pas voir ce qui se passe sur le terrain et n’en fait qu’à sa tête, qu’elle se débrouille ! » Pour Jean- Claude Lemaitre, secrétaire général de l’APPEL, « même dans les années 90, ce n’était pas aussi chaotique. Le mouve- ment était fort mais coordonné, aujour- d’hui ça éclate dans tous les sens, per- sonne ne peut dire ce qui va se passer. » DÉCODAGE E.B. O n l’a dit, de nombreux enseignants ont pour projet de perturber le CEB, mais surtout les CE1D et CESS. Sébastien Schetgen, administrateur-dé- légué du Cpeons (la fédération des pou- voirs organisateurs communaux et pro- vinciaux) souligne la difficulté de la si- tuation : « Attention, on n’est pas dans la période covid où les épreuves ont été annulées par le gouvernement. Ici, ces épreuves externes sont et restent obliga- toires. On avisera si des écoles sont dans l’impossibilité matérielle de les organi- ser, mais en attendant, il y a risque de vide juridique face à une situation qui ne s’est jamais présentée. » Quatre questions pour comprendre. 1 Quel accompagnement pour les élèves « faibles » au CEB ? Même si l’épreuve de fin de sixième pri- maire ne devrait pas être la plus impac- tée par les mouvements sociaux, fa- milles et enseignants se posent des questions pour l’avenir des élèves qui réussiraient leur année avec un échec (et repêchés par le jury d’école dans ce cas) ou avec une petite moyenne (proche de 50 %). A partir de la prochaine rentrée, ces élèves bénéficieront d’un accompagne- ment renforcé calculé sur base des ré- sultats au CEB. « Or, l’annulation de cette épreuve soulèverait des inquié- tudes quant au suivi des élèves en diffi- culté », soulignent les associations de parents Fapéo et Ufapec. « Auront-ils accès aux moyens nécessaires pour cet accompagnement renforcé ? » 2 Quelle réussite possible sans épreuve externe ? Il faut bien distinguer « épreuves ex- ternes » et épreuves en vue d’obtenir un « diplôme ». Les premières ne portent que sur une partie de la matière vue en classe, les secondes sanctionnent l’en- semble de l’année. Chez, WBE, l’enseignement officiel, on explique : « Concrètement, en cas de réussite, l’épreuve externe prévaut sur la moyenne annuelle de la matière. Mais en cas d’échec, l’épreuve externe “de- vient” un élément de la réflexion globale du conseil de classe. Dès lors, un échec à l’épreuve externe ne signifie pas forcé- ment la non-attribution du certificat. De plus, s’il ne devait pas y avoir d’épreuve externe, le conseil de classe pourrait néanmoins sanctionner la réussite de l’élève sur base de son travail tout au long du degré. » Il en est de même pour les conseils d’orientation à l’issue de la deuxième secondaire (vers le qualifiant par exemple) : le conseil de classe peut les formuler avec ou sans épreuve externe. 3 Comment gérer la situation des élèves procrastineurs ? Chaque année, c’est la même chose : des centaines d’élèves se mettent au travail relativement tard et comptent sur les épreuves de fin d’année, internes et ex- ternes, pour se refaire une santé au ta- bleau des points. Quel sort leur sera-t-il réservé si ces épreuves n’ont pas lieu ? A l’instar d’autres pouvoirs organisateurs, le Segec insiste : « L’enjeu majeur c’est que les équipes connaissent leurs élèves. Elles auront veillé à encadrer ceux qui sont en difficulté afin de les guider vers la réussite. » L’Administration de l’enseignement ne dit pas autre chose : « Le cadre juri- dique actuel permet aux conseils de classe de statuer dans l’intérêt des élèves, y compris dans l’hypothèse où certaines épreuves externes seraient perturbées. Ainsi, lorsqu’un élève n’a pas pu participer à une épreuve externe certificative pour un motif externe justi- fié, le conseil de classe conserve la possi- bilité d’apprécier la maîtrise des compé- tences concernées sur la base du dossier pédagogique. » 4 Quelle est la situation des élèves à domicile ? Plus de 3.000 élèves suivent un ensei- gnement à domicile et vont donc passer les épreuves via les écoles (et sous la res- ponsabilité des jurys de l’enseignement secondaire pour ce niveau d’enseigne- ment). Parmi eux, 261 sont candidats au CEB, 473 au CE1D et 2.494 au CESS. Dans le cadre de la crise actuelle, de nombreux parents s’émeuvent de leur situation. Ils craignent par-dessus tout l’annulation de certaines épreuves en cas de fuite massive des questions, par exemple. « Si les épreuves sont annu- lées, tous ces élèves devront attendre juin de l’année prochaine pour présen- ter leurs examens car il n’y a pas de conseil de classe pour les sauver, eux ! Seront-ils les sacrifiés du mouvement ? Parmi tous ces jeunes, nombreux sont ceux qui bossent comme des fous pour préparer ces examens et qui ont à cœur d’y arriver », s’émeut une enseignante à leur sujet. Par contre, souligne l’Admi- nistration de l’enseignement, ils ont les mêmes droits de recours que tous les autres élèves. conséquences Quel impact en cas d’épreuves externes perturbées ? Il y a risque de vide juridique face à une situation qui ne s’est jamais présentée Sébastien Schetgen Administrateur-délégué du Cpeons 5 Mercredi 17 juin 2026 5 jeu. 18/06 - sam. 20/06 À PARTIR DE DEMAIN ! MOULES DE ZÉLANDE FRAÎCHES + 2 kg 2 kg GOLDEN SEAFOOD ® Moules de fond « Super » fraîches de Zélande PROMO 1+1 GRATUIT 2 x 2 kg Jusqu’à épuisement des stocks. Plus d’infos dans votre magasin ALDI. 20026499 JULIEN BIALAS C ette fois, tout est dit. Ou presque. Après le verdict de culpabilité rendu vendredi passé, la Cour d’assises de Mons a entendu le ministère public ainsi que les avocats de la défense plaider et argumenter sur la peine à ap- pliquer aux accusés. Premier à prendre la parole, l’avocat général Gilles Dupuis s’est appliqué à rappeler, une dernière fois, l’extrême gravité des faits et les conséquences de la conduite folle de Paolo Falzone dans la nuit du 20 mars 2022. Des crimes pas- sibles d’une condamnation allant de 20 à 30 ans de prison. Sauf en cas de circons- tances atténuantes, auquel cas la peine peut être comprise entre trois et 20 ans. L’accusation ne voit pas de circonstances atténuantes Une hypothèse qu’a balayée l’avocat gé- néral. Ce dernier a avancé, de manière assez pédagogique, une série d’éléments qui l’ont conduit à écarter cette possibili- té (gravité des faits, sécurité publique, etc.). Il a appelé le jury à faire preuve de sévérité. « La société doit exprimer sa désapprobation. » L’avocat général n’a pas davantage trouvé de circonstances atténuantes dans le profil et la personnalité de l’accu- sé. Un homme déjà condamné pour un excès de vitesse mais qui n’en « a tiré au- cune leçon ». Lui qui aurait même ma- nœuvré avec sa mère pour éviter une deuxième déchéance du droit de conduire. « Il a continué à rouler de plus en plus vite malgré les avertissements. » Interpellé par l’attitude de Paolo Fal- zone tout au long de ce procès, Gilles Du- puis estime que l’accusé n’a pas évolué. Ce faisant, il a requis 27 ans de réclusion tout en demandant au jury de ne pas in- fliger une peine inférieure à 24 ans de prison. Des réquisitions qui ne sont, in fine , pas très éloignées des demandes de la dé- fense. Une défense axée sur l’homme et non le meurtrier « Pourquoi encore parler de Paolo Fal- zone ? », a lancé au jury M e Discepoli, l’avocat du conducteur. « Jusqu’à pré- sent, on n’a pas parlé de lui. On a parlé de ce qu’il a fait. Des meurtres et des tenta- tives de meurtre dont il est respon- sable. » Pendant une trentaine de minutes, lui et son confrère M e Vanderper se sont donc attelés à parler de l’homme. De sa scolarité. De sa famille italienne. De l’amour de son père pour les voitures. De l’importance accordée à l’apparence, hé- ritée de son « nono », coiffeur. De ses ca- pacités intellectuelles limitées. De sa vie professionnelle. De ses difficultés à ex- primer ses émotions, mais aussi du che- min parcouru avec une thérapeute. De son manque de maturité dans ses rela- tions affectives. De sa solitude extrême également et de sa volonté profonde de fonder une famille, lui qui est devenu le père d’un petit garçon il y a un an. Un profil atypique pour un accusé de- vant une cour d’assises, sans enfance ca- bossée ni problème d’addiction. « Les faits sont impardonnables. Mais notre système est différent. Il ne se limite pas à cela. Il y a une individualisation de la peine », a rappelé M e Discepoli. « Notre débat sur la peine peut se résu- mer à cette question : pendant combien de temps allez-vous écarter l’un des vôtres de la société ? » Un appel pour une peine laissant entrevoir un futur L’avocat a appelé le jury à prononcer une peine qui laisse entrevoir un futur à son client. « Vous, jurés, allez tourner la page. Pas les victimes. Paolo Falzone et sa famille non plus. Strictement rien ne rendra aux victimes ce qu’elles ont per- du. Nous ne mettons pas en balance la souffrance des victimes et les difficultés d’une famille. Mais il faut prendre en considération les années qui vont passer. Il faut une juste peine. » Sans évoquer de circonstances atté- nuantes, ce qui aurait permis de sollici- ter une peine bien inférieure, M e Disce- poli s’est concentré sur la portée de la sanction, ainsi que sur les conséquences d’un long passage en prison. « Va-t-il en sortir meilleur ou pire ? Il faut prendre en considération l’impact de la peine pour le condamné, son entourage mais aussi pour la société. Qu’est-ce que la so- ciété va gagner ou perdre à envoyer quel- qu’un pendant une très longue période en prison ? Vingt-sept ans de prison, on est plus proche de la vengeance que de la justice. La justice doit punir sans dé- truire. » Après avoir invité les jurés à ne pas partir du principe qu’il y aura une libéra- tion conditionnelle, il a demandé une peine ne dépassant pas 25 années de pri- son. Deux ans requis contre Antonino De son côté, Antonino Falzone encourt une peine maximale de deux ans d’em- prisonnement. Une peine que l’avocat général a requise. L’accusation a parlé d’un manque flagrant d’humanité dans son chef et s’est opposée à l’octroi d’un sursis. Dans sa plaidoirie, M e Guttadauria a insisté sur le parcours jusque-là irrépro- chable de son client. « On n’avait jamais entendu parler d’Antonino Falzone avant cette affaire et on n’en entendra plus jamais parler après. La peine doit être proportionnée. Une peine d’empri- sonnement ne servirait à rien. » Il a demandé au jury de prononcer une peine de probation autonome. A titre subsidiaire, la défense a également solli- cité un sursis, simple ou probatoire. Au procès Falzone, l’avocat général et la défense débattent de la « juste peine » JUSTICE Le ministère public a requis contre Paolo et Antonino Falzone respectivement 27 ans et deux ans d’emprisonnement. Dans leurs plaidoiries, les avocats de la défense ont appelé le jury à condamner les accusés à une peine qui laisse entrevoir un avenir. Vingt-sept ans de prison, on est plus proche de la vengeance que de la justice. La justice doit punir sans détruire M e Discepoli Avocat de Paolo Falzone 6 Mercredi 17 juin 2026 6 JOËLLE MESKENS ENVOYÉE PERMANENTE À PARIS I l aurait pu être éclipsé du sommet, le protocole d’accord entre les Etats-Unis et l’Iran étant apparu plus brûlant encore que le sort de l’Ukraine après plus de quatre ans de guerre. Mais Volodymyr Zelensky s’est imposé et s’est montré satisfait, ce mar- di, de l’accueil que lui a réservé le G7 à Evian. Au point même de prolonger jus- qu’à ce mercredi son séjour en Haute- Savoie, à l’invitation d’Emmanuel Ma- cron. Un accueil « très positif », s’est félicité l’Ukrainien, après une session consa- crée au conflit. Selon lui, les dirigeants des sept démocraties les plus industria- lisées de la planète ont acté que « la Russie n’était pas en train de gagner la guerre » et qu’elle devrait donc entamer au plus vite les discussions pour y mettre fin. « La Russie devrait conclure un accord », a lui-même déclaré Donald Trump, qui s’est entretenu deux fois avec son homologue ukrainien dans un climat qui n’avait plus rien à voir avec l’humiliation subie par celui-ci dans le Bureau ovale en février 2025. « Nous avons eu une très bonne rencontre », a salué le président américain, ajoutant qu’il était même disposé à rétablir les sanctions américaines sur le pétrole russe maintenant que les cours allaient baisser après l’accord conclu avec l’Iran. « Nous allons pouvoir le faire parce que le pétrole coule à flots désormais. Nous avions suspendu les sanctions parce que nous ne voulions évidemment pas péna- liser les Etats-Unis. » Avant d’arriver en Haute-Savoie, le locataire de la Maison- Blanche s’était entretenu au téléphone à la fois avec Volodymyr Zelensky et avec Vladimir Poutine. Le président ukrainien se dit prêt à une rencontre avec Vladimir Poutine mais en tout cas pas à Moscou comme le lui a proposé le maître du Kremlin. Une idée seulement destinée à masquer que Poutine ne veut pas mettre fin à la guerre, selon lui. Fort du soutien du G7, Zelensky plaide pour un lieu neutre, pourquoi pas en Suisse, en Turquie ou au Moyen-Orient. Sanctions renforcées En attendant un éventuel dialogue, qui pour l’heure reste cependant très im- probable, les dirigeants du G7 ont convenu de renforcer les sanctions contre la Russie et de fournir à l’Ukraine de nouveaux moyens de dé- fense antiaériens. Le Canada et le Royaume-Uni ont notamment mi