5 413635 086410 2 5 1 JEUDI 18 juin 2026 / Edition Bruxelles / Quotidien / N o 140 / 3,30 € / 02 225 55 55 En 2025, Unia a enregistré l’ouverture de 757 dossiers pour des faits de discriminations liés à la couleur de peau, à l’ascendance, à la nationalité ou encore à l’origine nationale ou ethnique. Ces chiffres représentent une hausse de près de 18 % des dos- siers ouverts pour les critères « ra- ciaux » par rapport à 2024. 757 NÉCROLOGIE 20 DÉTENTE 21 MARCHÉS 22 TÉLÉVISION 23 CHRONIQUE 24 PETITE GAZETTE 24 POLITIQUE Sans couplage avec Ethias, le MR menace de bloquer la privatisation partielle de Belfius P. 8 PLATEFORMES W, le réseau social européen qui veut concurrencer X P. 10 CYCLISME Le sort s’acharne pour Wout van Aert P. 20 LIÈGE Des blocages menacent le CE1D et le CESS P. 3 PROCÈS DE STRÉPY 27 ans, le soulagement des familles P. 2 & 3 C ’est donc cela le nou- veau visage de l’Eu- rope. Des députés et des députées d’extrême droite, debout, hilares, en costume et en tailleur, applaudissant à tout rompre en scandant « Send them back ! Send them back ! Send them back ! » Them ? Des êtres humains venus en Europe pour chercher une vie meilleure. Des migrants en situation irrégulière qui pourront désormais être plus facilement expulsés de l’Union européenne, notamment vers des centres de détention situés dans un pays sans aucun rapport avec leur pays d’origine. Et sans certitude absolue que l’Albanie, le Rwanda, l’Ouzbékistan, etc. respec- teront les droits fonda- mentaux et les contrôles imposés, alors qu’il s’agit surtout pour eux de dé- crocher une part de ce nouveau « commerce ». Migrants ! Ce mot semble aujourd’hui justifier tous les changements de bous- sole. « Il faut durcir la politique migratoire », « il faut améliorer l’efficacité des politiques de retour », « il faut voir la réalité en face » : voilà les phrases slogans qu’on assène et dont on fait des lois, au prix de raccourcis racistes, d’une violation des droits humains et d’une alliance ignominieuse avec l’ex- trême droite. Ces extrêmes-là ont bien des raisons de se réjouir : ce sont désormais leurs factions qui donnent le ton sur la migration au sein du Parlement euro- péen – le cœur battant des valeurs et de la démo- cratie européennes. Pour faire passer son règlement de renvoi, le PPE a ainsi tourné le dos à ses partenaires libéraux et sociaux démocrates pour chercher des alliances à l’extrême droite, et, ce faisant, durcir son texte. Ce mercredi, une partie des libéraux centristes (Renew) a suivi le vote du duo droite et extrême droite, même si c’était en se bouchant le nez. « Shame on you », affi- chaient les partis de gauche dans ce qui tenait plus d’une arène que d’un parlement – mais ils sont désormais devenus la minorité. Que les choses ont chan- gé en dix ans dans notre monde d’Européens, où l’on peut désormais, sans ciller, faire cause com- mune avec l’extrême droite, pour obtenir un arsenal arbitraire dont rien, en plus, ne prouve l’efficacité, mais qui est censé rapporter des voix. La politique migratoire doit être plus efficace, mais elle mérite beau- coup mieux que ces sim- plismes, qui, in fine, per- mettent à des partis non démocratiques de traiter des êtres humains comme des déchets dont il fau- drait se débarrasser. Ce mercredi, à Strasbourg, les partis belges CD&V, Anders et N-VA ont voté « oui » avec l’extrême droite. Les partis franco- phones ainsi que Vooruit et Groen ont, eux, tous voté contre, à l’exception du MR qui, après avoir dénoncé en mars « la faute morale du PPE », l’a joué lâchement en s’abs- tenant, renvoyant dos à dos, façon Ponce Pilate, les alliances répétées du PPE avec les extrêmes et l’aveuglement/immobi- lisme d’une partie de la gauche. « Send them back ! » : ces cris n’ap- pellent pourtant qu’une seule réponse. La résis- tance totale au nom du « plus jamais ça ». ÉDITO BÉATRICE DELVAUX ÉDITORIALISTE EN CHEF Europe : après les hubs de la honte, le vote de la honte RÉNOVATION ÉNERGÉTIQUE Bruxelles sabre dans les aides P. 4 MARINE BUISSON L e racisme reste un phénomène bien ancré en Belgique et le monde du travail demeure le principal terrain des discriminations. C’est l’un des constats du rapport an- nuel d’Unia, qui relève en 2025 une hausse des signalements et de l’ouver- ture de dossiers liés aux critères ra- ciaux. Les discriminations fondées sur l’origine représentent 31 % des dossiers ouverts, devant celles liées au handicap (26 %). Depuis la fin de la pandémie de covid, l’emploi est redevenu le secteur qui gé- nère le plus de signalements. Unia s’in- quiète notamment des conséquences de l’exclusion du chômage pour des pu- blics déjà fragilisés, comme les per- sonnes en situation de handicap, les se- niors ou les personnes d’origine étran- gère, qui risquent d’être davantage pé- nalisés dans leur recherche d’emploi. En parallèle aux témoignages récoltés par Le Soir de travailleurs confrontés à des remarques racistes ou de candidats estimant leur patronyme discriminant, le rapport illustre une réalité persis- tante. Unia souligne également l’impor- tance de l’accompagnement juridique des victimes et pointe la polarisation croissante de la société, amplifiée par les réseaux sociaux, comme un défi majeur dans la lutte contre les discriminations. P. 4 Les signalements liés au racisme en hausse de 18 % Après plusieurs années de recul, les plaintes pour racisme sont à nouveau en augmentation, pointe un rapport d’Unia. Le monde du travail est particulièrement concerné. AFRIQUE La Belgique tarde à restituer les corps spoliés pendant la colonisation P. 11 La RD Congo s’offre un point historique face au Portugal MONDIAL 2026 CAHIER SPÉCIAL KROLL 2 JULIEN BIALAS L ’air s’est soudain fait plus léger, le soleil plus brillant pour les vic- times de Strépy-Bracquegnies. Réunies sur le gazon qui borde le Mons Expo, réquisitionné depuis plus d’un mois pour le procès de Paolo et Antonino Falzone, les parties civiles multiplient les accolades et les mots d’encouragement entre deux sourires. Quelques larmes coulent aussi, de soulagement. « Vic- toire », se réjouit une victime. Une photo de groupe est improvisée, symbolisant les liens qui unissent ces personnes à la suite d’un malheur commun : celui d’avoir croisé, la nuit du 20 mars 2022, la route de Paolo Falzone. « J’aurais évi- demment préféré ne jamais vivre cela, mais je ressors de cette expérience avec beaucoup de choses positives », assure Nicolas d’Andréa, qui a perdu son frère aîné il y a désormais plus de quatre ans. « Justice est faite. » Quelques minutes plus tôt, une page importante de cette catastrophe venait de se refermer avec le deuxième et der- nier arrêt de la cour d’assises, relatif aux peines à infliger aux accusés. Déjà décla- ré coupable, depuis vendredi dernier, de sept meurtres et de 79 tentatives de meurtre, Paolo Falzone a été condamné à 27 ans de prison ferme. Actuellement en détention préventive à domicile sous bracelet électronique, il a été arrêté im- médiatement après l’audience pour être conduit en prison. Une peine conforme au réquisitoire A l’annonce de cette décision, la salle comble du Mons Expo n’a pas pu retenir sa satisfaction. Quelques applaudisse- ments ont retenti, très vite interrompus par la colère de la présidente de la cour, rappelant au public qu’aucune réaction ou manifestation n’était permise durant l’audience. Dans son argumentaire, le ju- ry, qui n’a relevé aucune circonstance at- ténuante en faveur de l’accusé, a repris nombre d’éléments déjà évoqués dans son arrêt relatif à la culpabilité. Il a été question de la personnalité de Paolo Fal- zone, de son comportement méprisant. Un « fou du volant » qui prenait la route pour une aire de jeu avec sa voiture débri- dée et surpuissante et qui a provoqué un préjudice immense aux victimes. Durant cette dernière audience, Paolo Falzone est resté stoïque, comme depuis le début du procès, à l’exception de quelques trémolos dans la voix lorsqu’il a demandé à la cour de ne pas décider de son arrestation immédiate dans l’attente de sa mise sous écrou (il était, jusqu’à présent, en détention préventive chez lui, sous bracelet électronique). Cette peine de 27 ans d’emprisonne- ment correspond exactement à celle qu’avait requise mardi, au cours des dé- bats sur la peine, le premier avocat géné- ral. Sur les bancs de la défense, M e Disce- poli, qui avait demandé au jury de ne pas prononcer une peine supérieure à 25 ans, qualifie la sanction de mesurée. « Quand on est déclaré coupable de sept meurtres, il va de soi que la peine se doit d’être lourde », observe l’avocat. « Peu de gens d’habitude échappe au maximum de la peine (qui était de 30 ans, NDLR) » La défense n’exclut pas un pourvoi en cassation Bien que lourde, cette sanction laisse en- trevoir un futur pour Paolo Falzone, qui pourra demander une libération sous conditions après avoir exécuté un tiers de sa peine (soit dans environ cinq ans, le conducteur ayant déjà effectué quatre années de détention préventive). S’il avait été condamné à 30 ans de prison, il aurait obligatoirement dû attendre la moitié de sa peine pour formuler pareille demande. M e Discepoli, qui reste « extrêmement déçu » de la qualification d’homicide vo- lontaire retenue par le jury, précise par ailleurs réfléchir à un éventuel pourvoi en cassation. Il ne s’agirait pas d’un nou- veau procès sur le fond du dossier, cette juridiction limitant son examen à la léga- lité de la procédure. La demande doit être formulée dans les quinze jours. Les parties civiles soulagées « En tant qu’avocat, il est difficile de se réjouir d’une lourde peine, mais les vic- times sont satisfaites de cette sanction », a commenté après le verdict M e Mayence, représentant d’une cen- taine de parties civiles. « Pour moi, le tra- vail était accompli une fois la culpabilité reconnue pour les meurtres. Mais pour les victimes, cette peine est importante. C’est le prix à payer quand on ôte la vie. Une page se ferme aujourd’hui, mais il reste encore l’aspect civil, qui est très im- portant (voir par ailleurs). » Mais l’essentiel n’est pas là aujour- d’hui. Ce mercredi, c’est avant tout le soulagement qui domine. Et ce, même si le procès n’a pas livré toutes les réponses attendues. « Je n’ai toujours pas compris. Je n’ai obtenu aucune réponse de Paolo Falzone. Cela reste une grande frustra- tion. Il a semblé spectateur de son propre procès », relate Nicolas d’Andréa, qui confiait au Soir , avant l’ouverture de ce procès, son besoin de comprendre. Et maintenant ? Un nouveau chapitre s’ouvre pour les parties civiles, au terme de quatre années de procédure judiciaire et de six semaines de procès. Lors de la lecture de l’arrêt, la présidente de la cour a exprimé l’espoir que ce procès constitue un « socle » permettant à chacun d’avan- cer. A la sortie de l’audience, dans l’en- ceinte du Mons Expo, des affiches invi- taient les personnes qui en ressentaient le besoin à participer à un atelier créatif, la clôture d’un procès pouvant être diffi- cile à vivre et susciter un sentiment de vide ou d’isolement. Nicolas d’Andréa, lui, aspire désor- mais à retrouver une certaine sérénité tout en continuant à faire vivre la mé- moire des victimes. « Justice est faite accueillent avec s la condamnation JUSTICE Reconnu coupable de sept meurtres, Paolo Falzone a été condamné à 27 ans de prison ferme. Son arrestation immédiate a également été décidée. La cour a, en revanche, accordé un sursis à Antonino Falzone, coupable de non-assistance à personne en danger. Jeudi 18 juin 2026 2 MAXIME BIERMÉ U n Parlement européen, deux am- biances. Ce mercredi à Stras- bourg, les eurodéputés se sont alpa- gués entre cris de joie et cris de haine. Les premiers venaient des rangs de l’extrême droite, ravis qu’une majorité ait pu être trouvée pour voter le « rè- glement retour » qui s’appliquera d’ici quelques jours dans les 27 pays membres de l’Union européenne. Côté « perdants », on a eu droit à des hurle- ments façon Game of Thrones – « Shame on you ! » (« Honte sur vous ! », en français) – dénonçant les « hubs de retour » pour les deman- deurs d’asile déboutés, rebaptisés « hub de la honte » par leurs oppo- sants. Il faut dire que pour la gauche, et même une partie du centre-droit, l’idée d’envoyer des personnes, dont des enfants, en situation illégale dans des centres situés hors des frontières de l’UE, ne passe pas. A peine une poi- gnée d’Etats (Allemagne, Autriche, Grèce...) ont d’ailleurs prévu d’utiliser cette possibilité déjà tentée sans succès par le Royaume-Uni. D’autres comme la Belgique ne lanceront rien en ce sens, du moins sous l’Arizona, Les En- gagés ayant mis leur veto. Notre pays s’abstiendra d’ailleurs lors de la valida- tion définitive du texte prochainement lors d’un Conseil, comme l’avait an- noncé Yvan Verougstraete, le président des Engagés, dans les colonnes du Soir mercredi matin. Au niveau du vote des Belges au Par- lement européen, on retiendra que la N-VA, Anders et le CD&V ont symboli- quement brisé le cordon sanitaire en votant un texte avec l’extrême droite, Vlaams Belang compris. Ce que n’ont donc pas fait Les Engagés, ni aucun autre parti francophone. Les députés MR se sont abstenus. « Nous soute- nons l’économie générale du texte, ses grands principes et surtout l’objectif central de rendre notre politique de re- tour beaucoup plus efficace en Eu- rope », explique Sophie Wilmès, qui n’était pas présente lors du vote. « C’est la raison pour laquelle nous ne le reje- tons pas en bloc. Mais nous voulions exclure la possibilité d’envoyer et de détenir des enfants (avec leur famille) dans les hubs de retour. » Les libéraux francophones ont pous- sé, comme d’autres, pour que le texte soit rouvert à discussion mais, à nou- veau, ils se sont retrouvés en minorité. « Cette impasse est certes le résultat des alliances répétées du PPE avec l’ex- trême droite, dont les cris de joie lors du vote étaient immondes et indignes alors qu’on parle de vies humaines par ailleurs... Mais c’est aussi le résultat de l’aveuglement et de l’immobilisme d’une partie de la gauche, qui bloque toute réforme migratoire alors que nous aurions pu aboutir à un texte au sein de la plateforme pro-euro- péenne », conclut Sophie Wilmès. « Nous, libéraux, refusons de nous ran- ger dans les alliances avec les extrêmes mais aussi du côté de celles et ceux qui prétendent qu’il n’y aurait aucun pro- blème, aucune urgence, rien à corriger en matière d’immigration illégale. » Résultat du vote : 418 voix pour, 218 contre et 30 abstentions. Le cordon sanitaire à nouveau relégué aux oubliettes du Parlement européen MIGRATION Le vote du « Règlement retour », adopté mercredi par 418 voix, a été accueilli par des clameurs sur les bancs de l’extrême droite. Les eurodéputés francophones belges ont voté contre, à l’exception du MR, qui s’est abstenu. Ce mercredi à Strasbourg, les eurodéputés se sont alpagués entre cris de joie et cris de haine. © AFP. « Pour les victimes, cette peine est impor- tante. C’est le prix à payer quand on ôte la vie », a déclaré M e Mayence après l’annonce de la peine que devra purger Paolo Falzone. © PHOTO NEWS. 3 Jeudi 18 juin 2026 3 J.BS P aolo Falzone a donc été condam- né par la Cour d’assises de Mons à 27 ans de prison pour sept meurtres et 79 tentatives de meurtre. Un ver- dict accueilli avec soulagement par les victimes. Et ce, même si les avocats des parties civiles avaient demandé au cours du procès une requalification en assassinat (soit un meurtre avec pré- méditation) pour le Gille d’Andréa. M e Mayence, à l’origine de cette de- mande, considérait que Paolo Falzone avait eu le temps nécessaire pour ré- fléchir à ses actes durant les 22 se- condes pendant lesquelles il a trans- porté sur son capot le Gille avant de freiner puis de l’écraser. Le ministère public s’était également rangé der- rière cette interprétation durant son réquisitoire, sans que le jury ne suive leurs arguments sur ce point. En réalité, la qualification des faits en meurtre ou en assassinat ne change pas fondamentalement les choses en ce qui concerne l’indemni- sation des parties civiles. Un autre vo- let judiciaire qui va désormais pou- voir s’ouvrir, le procès pénal étant ter- miné. L’assureur est tenu d’indemniser les victimes Ce procès, M e François Feron l’a suivi en première ligne. Partie intervenante volontaire, il a représenté tout au long des audiences la compagnie d’assu- rance SA Allianz Benelux, chargée d’indemniser les victimes. Plus d’un mois de débats durant lesquels l’avo- cat a gardé le silence, à l’exception d’une courte prise de parole au cours de laquelle il a expliqué la relation entre l’assureur et Paolo Falzone ainsi que les raisons pour lesquelles il était tenu à un devoir de réserve sur le fond du dossier. « Devant un juge pé- nal, un assureur ne peut pas adopter une position d’attaque ni se montrer agressif à l’égard de la personne assu- rée », rappelle-t-il. La raison est simple : en cas d’ho- micide involontaire, l’assureur est te- nu d’indemniser les victimes. En cas de meurtre ou d’assassinat, c’est éga- lement le cas, mais la compagnie peut ensuite engager des poursuites et se retourner contre son client. Une com- pagnie d’assurance a donc un intérêt direct dans la procédure (et la qualifi- cation des faits), ce qui explique son devoir de réserve. Dans ce procès, la reconnaissance de culpabilité pour meurtre n’aura toutefois qu’un impact limité. Le pré- judice total risquant de s’élever à plu- sieurs millions d’euros, Paolo Falzone ne pourra pas rembourser la totalité du préjudice pris en charge par l’assu- rance. Reste que, pour nombre de parties civiles, il était important que le conducteur soit mis à contribution. « La qualification des faits n’a pas d’incidence sur l’indemnisation des parties civiles », confirme par ailleurs François Feron. « Que l’on soit en pré- sence d’un homicide involontaire, d’un meurtre ou d’un assassinat, la somme que percevront les victimes restera sensiblement similaire. » Et pour cause : ce montant est défini sur la base de l’atteinte physique et psy- chologique causée par les faits aux victimes. Les circonstances de l’acci- dent peuvent également influencer le montant accordé, mais il ne s’agit pas, dans cette procédure civile, de sanc- tionner plus ou moins sévèrement le responsable, qui a déjà fait l’objet d’une condamnation pénale. A ce jour, 180 personnes ont ouvert un dossier auprès de la compagnie d’assurance en vue d’être indemni- sées. 80 expertises ont été réalisées et 40 sont désormais terminées. Il faut ensuite traduire les rapports médi- caux en chiffres et en euros. Une tâche compliquée dans une procédure qui devrait encore durer, pour cer- tains dossiers, plusieurs années. Cet article répond à la question d’Olivier Beaumecker, de Froidchapelle : Pourquoi les parties civiles demandaient-elles une condam- nation pour assassinat ? L’utilisation d’une voiture comme arme empêche-t-elle toute indemnisation par les assurances ? Voici la réponse à la question d’Olivier, de Froidchapelle. Vous êtes abonnés au Soir ? Cela vous offre la possibilité de donner du travail à la rédaction sur le sujet de votre choix. Comment ? En nous adressant une question, qui débute par « Pour- quoi », sur laquelle vous aimeriez qu’un journa- liste du Soir se penche. Le « Pourquoi » qui vous brûle les lèvres. Ou celui qui vous empêche de dormir. Pour participer, il suffit de scanner le QR code ci-contre. Nous répondrons aux ques- tions les plus fréquentes et aux plus originales (pas aux questions anonymes). Surprenez-nous ! Posez vos questions au « Soir » ERIC BURGRAFF I l fallait s’y attendre, des syndicats en front commun (CSC, CGSP et Setca Sel) bloquent, dans la région liégeoise, les centres de distribution des épreuves certificatives. Il s’agit en fait d’écoles dites « coffres-forts » qui abritent de manière sécurisée les épreuves pour les établissements des environs. Ce sont les inspecteurs qui sont chargés, au sein de ces écoles, d’assurer la remise en mains propres des livrets de questions aux di- rections. Une dizaine d’écoles coffres- forts sont concernées par l’action : l’ins- titut Saint-Laurent, l’institut Maria Go- retti, l’école communale de Bressoux Piron, l’école communale de Lize, l’athénée royal de Visé, l’athénée royal de Soumagne, l’école Pierre Perret à Ans, l’école Princesse de Liège à Em- bourg et l’athénée royal de Montegnée. Ensemble, elles doivent assurer la dis- tribution des épreuves à une cinquan- taine d’écoles de Liège et des environs. Détail important : seules les épreuves destinées aux secondaires (CE1D et CESS) sont bloquées, la distribution des CEB est, elle, bien assurée. Concrètement, les directeurs d’école du secondaire ne peuvent accéder aux sites concernés en raison de piquets de grève mais, vu la situation, les inspec- teurs leur ont conseillé dès le matin de ne pas se présenter. Une situation simi- laire a été constatée à Verviers mais dans ce cas, seul le CESS est impacté. Partout ailleurs, assure la Communauté française, les opérations de distribution se sont passées sans encombre. Confiance dans l’administration Jorre Dewitte, permanent syndical pour la CGSP, justifie : « Les ensei- gnants sont tellement en colère que les élèves ne sont pas dans de bonnes conditions pour passer ces examens in- ternes et externes. On a demandé à la ministre de les annuler, en tout cas à Liège. Elle ne veut rien entendre, donc on bloque. Les conseils des classes fe- ront leur travail. Pour le CEB, sachant que le mouvement a été moins suivi en primaire et que cela concerne des jeunes enfants en fin de cycle, plus sen- sibles que des élèves en rhéto, on n’a pas voulu les perturber en bloquant l’accès à cette épreuve. » Faut-il pour autant en conclure que les C1ED et CSS n’auront pas lieu à par- tir de vendredi ? Le cabinet de la mi- nistre fait confiance à son administra- tion : « L’administration de l’enseigne- ment, qui est en charge des dispositifs légaux organisant les évaluations ex- ternes et du respect de ceux-ci, assure un suivi de la situation sur le terrain. Les écoles qui n’ont pas pu récupérer l’ensemble des copies dont elles ont be- soin pour la passation des épreuves vont être contactées dans l’après-midi par l’administration pour préciser la suite du processus. » En attendant, la situation suscite des réactions en sens divers, comme cette sortie du député liégeois Loïc Jacob (par ailleurs chef de groupe Les Enga- gés au parlement de la Fédération Wal- lonie-Bruxelles) : « Il faut faire confiance aux directions et aux pou- voirs organisateurs pour continuer à mettre l’intérêt des élèves au centre. Chacun doit pouvoir respecter ces choix. Les écoles qui souhaitent organi- ser les épreuves externes doivent pou- voir le faire dans de bonnes conditions, sans que les élèves en soient les otages. Les blocages ne peuvent les en empê- cher. L’administration suit la situation heure par heure, aux côtés des direc- tions concernées, afin de trouver des solutions pragmatiques et respec- tueuses de chacun. » Parmi ces solu- tions, d’aucuns évoquaient mercredi après-midi la photocopie des examens en interne. « Impossible. Ça représen- terait des dizaines de milliers de pages pour mon école où 700 élèves sont concernés, je n’ai d’ailleurs pas ce nombre de feuilles en stock », nous in- dique un directeur liégeois. Rappelons qu’au-delà de ces actions de blocage, d’autres comme le mouve- ment « balancetonCE » préconisent la non-transmission, à l’administration de la Communauté française, des fichiers d’encodage des épreuves externes. Pen- sée par un collectif d’enseignants, l’ac- tion vise à « dénoncer sur le fond comme sur la forme les récentes me- sures économiques prises par la Fédé- ration Wallonie-Bruxelles », explique Nicolas Jacquinet, enseignant dans le Namurois. « Elle n’impacte en rien les élèves qui recevront leurs résultats et un feedback de leur épreuve. » Des syndicats empêchent la distribution des examens en région liégeoise ENSEIGNEMENT Des syndicats ont bloqué ce mercredi la distribution des épreuves certificatives CE1D et CESS dans une dizaine d’écoles de la région liégeoise, empêchant les directions de récupérer les livrets de questions pour les examens. Une dizaine d’écoles coffres-forts sont concernées par l’action. © DOMINIQUE DUCHESNES. Pourquoi et comment la qualification des faits influence-t-elle l’indemnisation des victimes ? 4 Jeudi 18 juin 2026 4 MARINE BUISSON L e racisme empoisonne toujours la société belge et le lieu de travail reste le premier endroit où les discrimi- nations s’épanouissent. C’est l’un des enseignements du rapport annuel pu- blié par Unia ce jeudi, que Le Soir a pu consulter en primeur. Après une légère tendance à la baisse au cours des années précédentes, l’organisation constate à nouveau en 2025 une augmentation du nombre de dossiers relatifs aux critères « raciaux ». Une hausse observée dans les domaines de l’emploi, des médias et de la vie en société, relate encore le rap- port. En ce qui concerne les discrimina- tions liées au handicap, l’organisation constate depuis déjà un certain temps une légère tendance à la hausse. 31 % des dossiers ouverts par Unia le sont pour faits de racisme contre 26 % pour des faits de discriminations envers les personnes porteuses de handicap. « De- puis la fin de la pandémie de covid, le domaine du travail est à nouveau celui qui fait l’objet du plus grand nombre de signalements », décode Patrick Char- lier, codirecteur d’Unia. « En 2025, on observe une forte augmentation par rapport aux deux années précédentes. » Unia s’inquiète dans ce contexte des effets de l’exclusion du chômage sur les profils déjà fragilisés : les personnes en situation de handicap, les personnes âgées ou d’origine étrangère, déjà struc- turellement défavorisées sur le marché de l’emploi. « Leur exclusion risque de les pénaliser une seconde fois, puis- qu’elles rencontrent davantage de diffi- cultés à retrouver un travail. Nous n’avons pas contesté la mesure en elle- même, mais nous avons demandé aux pouvoirs publics une attention particu- lière pour ces publics », rapporte Pa- trick Charlier. « Tout me ramène à mon origine » Samia*, 37 ans, travaille dans la grande distribution en région bruxelloise et souffre de ce qu’elle qualifie de « mo- queries » sur son lieu de travail : « C’est des blagues sur mes cheveux (crépus, NDLR), mon apparence, ce que je mange à midi... Sous couvert d’humour ou de camaraderie, bien évidemment. Mais quand ça fait trois fois en une journée qu’on vous demande si votre chemise vient de Marrakech parce qu’il y a une broderie dessus, alors que vous l’avez achetée chez Kiabi, c’est lourd. Tout me ramène à mon “origine”. Je suis née en Belgique. » Au début de sa car- rière, elle s’était émue auprès de ses ma- nagers des remarques racistes d’un col- lègue qui l’appelait « la beurette ». « Ils ont bien réagi, ont recadré le type », souligne Samia. « Mais il y a toujours cette culpabilité de se dire que tu passes pour la méchante. » Ilyass, la petite vingtaine, peine quant à lui à trouver un emploi adapté à son niveau d’études à Mons : « C’est épui- sant et décourageant. Je postule à des offres où mon profil colle parfaitement. Mais je sais que mon patronyme est un frein. Et si j’arrive à l’étape de l’entretien et que je me retrouve à croiser d’autres candidats qui se trouvent être blancs, à expérience et diplôme égaux, je ne me fais pas trop d’illusions. C’est comme ça. » A ceux et celles qui n’y croiraient pas, Unia oppose la jurisprudence. « Pas trop mauvais mais noire et âgée », c’est le mail reçu par erreur par Natali Tshe- pupu, qui postulait dans une entreprise flamande. Elle décide de se rapprocher d’Unia et d’aller en justice. Elle obtient gain de cause et le tribunal reconnaît une double discrimination. « Une vic- time non accompagnée obtient gain de cause dans 36 % des cas, contre 70 % lorsqu’elle est soutenue par Unia », dé- taille Patrick Charlier. « Lorsqu’on va en justice, ça crédibilise le dossier auprès de tous les acteurs. » Une polarisation de la société qui complique la tâche Déjà évoquée dans les précédents rap- ports, la polarisation de la société reste l’une des préoccupations majeures d’Unia. L’institution l’associe notam- ment au fonctionnement des réseaux sociaux, dont les algorithmes favorisent les opinions « les plus simplistes et les plus extrêmes ». Patrick Charlier constate toutefois un levier positif dans l’entrée en vigueur du Digital Services Act (DSA), le cadre européen destiné à mieux réguler les plateformes. L’institu- tion a obtenu le statut de « signaleur de confiance », ce qui lui permet d’interve- nir directement auprès des opérateurs pour faire retirer certains contenus pro- blématiques. Une polarisation qui pousse aussi Unia à la prudence dans sa communication afin de ne pas « alimen- ter les stratégies de provocation de cer- tains acteurs politiques ». L’institution rappelle qu’après des propos racistes te- nus par Filip Dewinter lors d’un congrès du Vlaams Belang, suivis de la phrase « Et maintenant j’attends qu’Unia m’attaque », elle avait choisi de ne pas réagir. Une approche que Patrick Charlier veut élargir aux débats sen- sibles, notamment ceux entourant le port du foulard. *Le prénom de Samia a été modifié à la demande de l’interviewée. Unia : les signalements liés au racisme en hausse SOCIÉTÉ En 2025, Unia a ouvert 757 dossiers liés au racisme, soit plus de deux par jour. Une augmentation significative par rapport à 2024 : + 17,7 %. Les signalements concernant des discriminations liées au handicap et aux convictions religieuses font également un bond. Dossiers ouverts/signalements reçus par critère protégé* En 2025 500 1.000 1.500 2.000 2.500 Signalements reçus par critère protégé Dossiers ouverts par critère protégé *Les critères protégés sont, par exemple, la couleur de peau, l’âge, l’orientation sexuelle ou le handicap. La loi interdit toute discrimination fondée sur les critères protégés. Source : Unia Critères «raciaux» Handicap Conviction religieuse ou philosophique Autres critères Etat de santé Age Orientation sexuelle Condition sociale Fortune MICHEL DE MUELENAERE S ale temps pour la politique de réno- vation énergétique à Bruxelles. Après avoir sauté sur le frein et suspen- du les primes à la rénovation – pilier fi- nancier de la stratégie Renolution – en attendant un nouveau régime au dé- but 2027, le gouvernement de la Région capitale pourrait désormais se passer d’un autre régime de soutien : le Pack énergie. Ce programme offre des ser- vices de coaching énergétique gratuits à des ASBL bruxelloises, à des services à la collectivité gérés par des pouvoirs pu- blics ainsi qu’aux petites et moyennes entreprises jusqu’à 250 travailleurs. Sans qu’il y ait encore de décision offi- cielle, Bruxelles Environnement, l’ad- ministration bruxelloise de l’environne- ment, a annoncé aux bénéficiaires (Bruxeo la confédération du non-mar- chand et l’UCM pour les entreprises) que le pack énergie serait réduit d’envi- ron 60 % dès le mois de juin. Et qu’en 2027, le dispositif disparaîtrait purement et simplement. La mesure doit être confirmée par le gouverne- ment bruxellois le 2 juillet prochain. Origine de la coupe : l’obligation de réduire de moitié les « subsides faculta- tifs » octroyés par la Région. Inutile de dire que l’annonce a fait réagir les concernés. Discrète, l’UCM dit avoir « pris contact » avec le gouvernement. Chez Bruxeo, on ne désespère pas de convaincre la secrétaire d’Etat Ans Per- soons (Vooruit) et la Région de faire marche arrière. On insiste sur les béné- fices du programme : plusieurs cen- taines d’associations et d’entreprises ont été assistées dans leurs travaux écono- miseurs d’énergie depuis quinze ans. « Soit l’équivalent de sept millions d’eu- ros économisés », affirme le directeur de Bruxeo, Bruno Gérard. Le bud- get 2025 était de 500.000 euros pour Bruxeo (sept postes de travail) et de 300.000 pour l’UCM. « Chaque euro investi dans le dispositif a permis de gé- nérer deux euros d’économies », calcule la fédération qui regroupe des associa- tions dans les domaines de la santé, du handicap, des crèches, de l’éducation, de la culture, etc. Plusieurs programmes rabotés Avec les subsides octroyés par la Ré- gion, Bruxeo et l’UCM offrent un ac- compagnement technique notamment pour la définition d’objectifs de rénova- tion à long terme, pour la mise en place d’un monitoring des consommations d’énergie, de même qu’une assistance aux travaux de rénovation. « La sup- pression du Pack énergie risque de frei- ner considérablement les projets de ré- novation énergétique dans le secteur non marchand », proteste Gérard. « De nombreuses associations disposent de moyens financiers limités et ne peuvent recourir à des services payants d’accom- pagnement. Sans soutien technique, nombre de projets risquent d’être re- portés, abandonnés ou réalisés sans vi- sion globale, réduisant leur efficacité énergétique. » Le dispositif du Pack Energie n’est pas le seul à faire l’objet des restrictions budgétaires. Homegrade, le centre de conseil et d’accompagnement sur le lo- gement privé dans la Région, a vu son subside limité à six mois et réduit de 15 %, sans garantie pour le second se- mestre. Il se chuchote que des adminis- trations seraient candidates à l’absorp- tion de ce service afin d’en récupérer le personnel et les moyens. La déclaration de politique générale condamne Home- grade à être intégré à Bruxelles Loge- ment, mais on dit Urban, l’administra- tion de l’urbanisme, également intéres- sée. Le Réseau habitat qui offre aux mé- nages propriétaires et locataires des conseils en rénovation et énergie de- vrait aussi voir baisser ses subsides. Quant au programme BuildCircular, qui vise à réduire l’impact climatique du secteur de la construction et a aidé plu- sieurs centaines d’entreprises, il voit son budget baisser « de 25 % », confirme Laurent Schiltz, patron d’Embuild, la confédération du secteur. « Idem pour Construcity, un pôle emploi-formation dans la construction durable, qui perd 25 % de ses moyens. » La Région sabre largement dans les aides à la rénovation énergétique BRUXELLES Après l’arrêt de Renolution, le Pack énergie : le gouvernement bruxellois envisage de réduire ou supprimer plusieurs dispositifs d’aide à la rénovation énergétique, affectant associations, entreprises et ménages, dans un contexte de restrictions budgétaires. Chez Bruxeo, par exemple, on ne déses- père pas de convaincre la secrétaire d’Etat Ans Persoons (Vooruit) et la Région de faire marche arrière. © PIERRE-YVES THIENPONT. Le dispositif du Pack Energie n’est pas le seul à faire l’objet des restrictions budgétaires 5 Jeudi 18 juin 2026 5 jeu. 18/06 - sam. 20/06 ELLES SONT ARRIVÉES ! MOULES DE ZÉLANDE FRAÎCHES + 2 kg 2 kg GOLDEN SEAFOOD ® Moules de fond « Super » fraîches de Zélande PROMO 1+1 GRATUIT 2 x 2 kg Jusqu’à épuisement des stocks. Plus d’infos dans votre magasin ALDI. 20026871 PASCAL LORENT L ’été est sur le point de poser ses valises. Les salariés vont profiter de congés bien mérités et les em- ployeurs vont chercher à les remplacer par une main-d’œuvre bon marché. Et, à ce jeu, les étudiants conservent leur préférence, comme le démontre une étude menée par le secrétariat social SD Worx, sur base des données ré- centes publiées par l’ONSS. « En juillet, août et septembre 2025, 535.781 étudiants ont été actifs sur le marché du travail belge, pour un total de près de 62,4 millions d’heures pres- tées », rappelle le secrétariat social. Du- rant la même période, « 181.203 flexi- jobbers (salariés ou pensionnés, NDLR) étaient actifs, totalisant 15,3 millions d’heures prestées ». Bref, il y a presque trois fois plus d’étudiants que de flexi- jobbers en activité et ceux-ci prestent plus que quatre fois plus d’heures. « Les étudiants jobistes restent l’épine dor- sale de l’organisation estivale dans de nombreux secteurs », explique Steven Rosseel, responsable de secteur chez SD Worx. « Leur grande disponibilité permet d’absorber la planification des congés des équipes fixes, sans compro- mettre la qualité du service. » En moyenne, un étudiant travaille environ 116 heures par trimestre, soit l’équivalent d’environ quinze jours de huit heures. Le salaire horaire moyen perçu par un « student » s’élève à 15,86 euros au troisième tri- mestre 2025 ; il varie selon le secteur et selon l’âge. Désormais, un étudiant peut travailler à partir de quinze ans, jusqu’à 650 heures par an et ne doit pas gagner plus de 12.300 euros net pour l’année 2026 s’il veut rester fiscalement à charge de ses parents. De leur côté, « en été, les flexi-job- bers travaillent en moyenne 84 heures par trimestre, comme complément flexible aux équipes existantes », pour- suit Steven Rosseel. « Ils sont souvent mobilisés pour absorber des pics en plus du recours aux étudiants, ou pour renforcer temporairement des profils spécifiques. Pensez par exemple à la pé- riode d’examens en juin, lorsque les étudiants n’ont pas le temps de prêter main-forte dans l’horeca ou le retail . » Pour SD Worx, « même si les flexi- jobbers enregistrent une forte crois- sance, les étudiants restent le principal pilier du travail estival. Ensemble, ces deux groupes constituent toutefois un tampon indispensable pour permettre aux entreprises de faire face aux pics d’activité. Sans ces deux catégories de travailleurs, « de nombreuses entre- prises auraient du mal à garantir leur service durant l’été », estime Steven Rosseel. La présence à l’année, critère de sélection Les données fournies par l’ONSS ap- portent d’autres enseignements que ceux tirés par le secrétariat social. Ils battent en brèche l’image de l’étudiant, travailleur d’appoint de la période esti- vale. Pour s’en convaincre, il suffit de remonter le temps. En 2017, 437.741 jo- bistes avaient passé une partie de leur été à bosser pour gagner un peu d’ar- gent. Cette année-là, le changement de comptabilisation du travail étudiant ve- nait de basculer de jours prestés à heures prestées ce qui avait dopé le « jobisme ». Ils n’étaient « que » 213.849 dans ce cas entre janvier et mars 2017 ; 275.889 entre avril et juin ; 249.776 au cours des trois derniers mois de l’année. Ainsi, au cours de ce premier exercice, la différence entre les étudiants ne travaillant qu’au troisième trimestre et ceux bossant durant d’autres mois de l’année était impor- tante. Pour preuve, durant la période allant du 1 er juillet au 30 septembre, le nombre de jobistes augmentait par rap- port au premier (+104,70 %), au deuxième (+58,67 %) et au quatrième- trimestre (+75,25 %). Au fil des ans, et malgré la crise sani- taire et la mise à l’arrêt de l’économie, cet écart s’est résorbé, tandis que le nombre de jobistes, lui, ne cessait de croître. Ainsi, en 2023, 524.504 jo- bistes ont travaillé durant le troisième trimestre, contre 329.392 au T1, 389.341 au T2 et 356.236 eu T4. Cette année-là, la différence entre les jobistes de l’été et ceux des autres saisons était donc, respectivement, de 59,23 %, de 34,72 % et de 47,23 %. Enfin, si on compare l’été 2025 aux deux premiers trimestres de l’année passée, l’écart est descendu à 47,54 % pour le T1 et à 26,86 % pour le T2. Ces données confirment le constat d’un travail étudiant à l’année. Signe, notamment, que dans de nombreux secteurs de l’économie, leur apport est devenu structurel. Plusieurs témoi- gnages le confirment d’ailleurs : les em- ployeurs qui recrutent des jobistes prennent pour critère premier la dispo- nibilité sur douze mois des candidats. En somme, le jobiste n’est plus un sup- pléant au temps des cigales ; il est une fourmi à l’œuvre à toutes les saisons. Les jobs d’étudiants, de renfort de l’été à appui à l’année EMPLOI Les étudiants sont trois fois plus nombreux que les « flexi-jobbers » à bosser durant l’été. Et les données de 2025 montrent que l’écart se resserre entre le nombre de « students » actifs entre juillet et septembre et ceux prestant le reste de l’année. Désormais, un étudiant peut travailler à partir