1 Le Soir Samedi 8 et dimanche 9 août 2026 B ob Odenkirk s’est d’abord fait connaître comme auteur d’émis- sion et de série humoristiques. L’acteur américain a acquis une renom- mée internationale en incarnant l’avocat Saul Goodman dans la série Breaking Bad et sa préquelle, Better Call Saul . Il a également joué dans des films comme Pentagon Papers , de Spielberg. A 63 ans, dans Normal , il interprète Ulysses, un shérif adjoint dans une petite ville dont les habitants ont conclu un pacte funeste avec la mafia japonaise des Yakuzas. « Il est difficile de s’opposer à une foule lorsqu’elle décide d’aller dans une certaine direction », constate Bob Oden- kirk. « Parfois, on se retrouve entraîné dans des situations néfastes, comme c’est le cas aujourd’hui pour une grande partie de l’Amérique. Même si beaucoup regrettent désormais ce pas, on a l’im- pression qu’il est trop tard pour changer de cap. J’ai l’impression que beaucoup d’Américains se posent actuellement la question, à propos de la situation poli- tique dans notre pays : “Dans quoi me suis-je embarqué, moi, ainsi que mes voisins et mes amis ?” Et : “Est-il encore possible de faire un autre choix ? Peut- on encore inverser les choses ?” » « La situation actuelle en Amérique est devenue si grave que nous avons déjà dépassé le stade où l’on pouvait encore répondre à ces événements par la comé- die », conclut-il. « En tout cas, il est très difficile de rire de bon cœur face aux dé- fis auxquels nous sommes confrontés. Nous sommes dans une situation très grave. Et nous devons la prendre au sé- rieux. Trump ne plaisante jamais sur rien. Jamais. Et lorsqu’il prétend lui- même qu’il plaisante, c’est ça, la blague. » P. 2 & 3 L’ENTRETIEN Pour Bob Odenkirk, l’Amérique a perdu l’envie de rire Bob Odenkirk est devenu internationalement célèbre grâce à « Breaking Bad » et « Better Call Saul ». © AFP. Chaque week-end, retrouvez une sélection d’articles de sept grands journaux qui, avec Le Soir, font partie de la Leading European Newspaper Alliance (Lena). Le meilleur du journalisme européen 2 Le Soir Samedi 8 et dimanche 9 août 2026 2 léna La Leading European Newspaper Alliance a donné son nom à LéNA. Il s’agit d’un partenariat unique entre huit journaux européens dont Le Soir est membre fondateur. Fondé en 1976, c’est le plus grand quotidien espagnol. Son site inter- net est le plus important site d’infor- mation en espagnol du monde. Le journal berlinois, réputé pour son sérieux et sa ligne conservatrice, est l’un des plus anciens d’Allemagne. C’est le porte-étendard du groupe Axel Springer. Fondé en 1976 par une sommité du journalisme italien, Eugenio Scalfari, le journal romain s’affiche comme progressiste. Longtemps géré par la famille de Carlo De Benedetti, il fait désormais partie du groupe Agnelli. Il s’agit du plus vieux quotidien français (1826) encore publié. Sa ligne éditoriale est de droite libérale. Le journal polonais est le dernier arrivé dans Léna. Fondé en 1989 par Adam Michnik, il est profondément démocrate et pro-européen. Grand titre de la place genevoise, la Tribune de Genève a été fondée en 1879 pour la Suisse francophone. Le Tages-Anzeiger est un journal suisse germanophone de la région de Zurich, qui a longtemps été le quotidien le plus tiré du pays. Quotidien belge francophone, il a été fondé en 1887 et porte depuis une longue tradition d’indépen- dance. Les articles non francophones de Léna ont été traduits grâce à des outils utilisant l’intelligence artificielle. Ils ont été vérifiés par un traducteur francophone d'EuroMinds Linguistics, édités et validés par la rédaction du Soir. L’acteur Bob Odenkirk et Trump : « Peut-on enco inverser les choses ? » Il a commencé comme auteur de sketchs et humoriste, avant de devenir célèbre grâce aux séries « Breaking Bad » et « Better Call Saul ». A 63 ans, il est désormais aussi un héros de films d’action. Berwyn ETATSUNIS Derek Kolstad, avec qui vous avez coécrit le scénario, est aussi l’un des créateurs des films d’action John Wick avec Keanu Reeves. Comme dans cette série, la violence atteint, dans Normal , des sommets d’absurde et de délire grotesque. Certaines scènes relèvent presque du « meurtre créa- tif » : le prédécesseur inconscient du shérif adjoint Ulysses est arrosé d’eau en plein froid glacial pour qu’il gèle plus vite ; un fusil tombe du mur, un coup part et arrache la tête d’un chef sell dans Nobody . Moi aussi, je suis ca- pable de colère. Le point de départ de ces films était un cambriolage au do- micile de Mansell, et j’avais moi- même vécu une expérience sem- blable. J’ai donc proposé cette idée pour le scénario. Mon passage au ci- néma d’action a commencé avec ce personnage, dans lequel se concen- traient colère et frustration. Il se poursuit aujourd’hui avec Ulysses dans Normal , un personnage dont je me sens plus proche. Qu’est-ce qui vous rapproche de lui ? Comme moi, il manque souvent d’as- surance, et surtout, il a mon âge. De- puis 25 ans, j’ai toujours voulu jouer quelqu’un de mon âge. On pourrait croire que je préférerais incarner des personnages plus jeunes que moi. Mais ce n’est pas le cas. Saul, par exemple, avait environ vingt ans de moins que moi. C’était difficile à jouer. Pourquoi ? Parce qu’il est tout simplement diffi- cile, à 50 ans, d’incarner un type naïf comme on peut encore l’être à 30 ans. J’ai aujourd’hui 63 ans, et cet Ulysses a déjà traversé beaucoup d’épreuves, commis bien des erreurs. C’est pour cela qu’il essaie de garder le monde extérieur à distance. Ce n’est qu’à la faveur du hasard et de circonstances qu’il ne maîtrise pas qu’il est contraint d’agir et de se dépasser. ENTRETIEN MA.SZ Qu’est-ce qui vous attire dans les rôles d’action, après 60 ans ? J’ai eu une sorte de révélation en re- gardant de plus près mon rôle de l’avocat Jimmy McGill dans la série Better Call Saul Cet avocat d’abord idéaliste, constamment en quête de reconnais- sance, qui franchit sans cesse des limites morales avant de devenir plus tard Saul Goodman, un avocat péna- liste sans scrupule. Oui, ce rôle avait, comme vous venez de le décrire, de nombreuses facettes. Au départ, c’était surtout son sérieux qui le guidait, une qualité ensuite éclipsée par son ego et sa rouerie. Mais surtout, Saul était infatigable, il ne renonçait jamais. Je me suis rendu compte qu’il était au fond une sorte de héros d’action, sauf qu’il ne se battait pas. Je me suis alors demandé ce que cela donnerait si j’interprétais un per- sonnage similaire, mais doté de la puissance physique d’un héros de film d’action. Cela pourrait donner un film capable de toucher encore plus de monde que Better Call Saul , parce que l’action, ça fonctionne partout. Je n’ai donc ajouté que cet élément-là. J’ai en moi aussi une part de la colère d’un personnage comme Hutch Man- yakuza. Comment imagine-t-on de telles scènes ? J’adore le comique grotesque inhé- rent à ces scènes de violence. Cela tient surtout à la mise en scène du réalisateur, Ben Wheatley. On aurait pu adapter le scénario de manière très sérieuse, très brutale, sans cette forme d’humour. Je lui en suis vraiment re- connaissant, car j’ai toujours voulu pouvoir mêler mon expérience de co- mique à celle d’acteur dans des rôles plus dramatiques. Et dans ce film, ce- la a fonctionné, d’une certaine ma- nière. Quand même des laitues deviennent des armes meurtrières, cela rappelle rôles « Difficile à 50 ans d’incarner un type naïf comme on peut l’être à 30 » Bob Odenkirk, ici dans la série « Better Call Saul » : « Moi aussi, je suis capable de colère. » © D.R. 3 Le Soir Samedi 8 et dimanche 9 août 2026 3 léna ENTRETIEN MARTIN SCHOLZ N é le 22 octobre 1962 à Berwyn, dans l’Illinois, Bob Odenkirk s’est d’abord fait connaître comme auteur de l’émission américaine de sketchs Saturday Night Live (1987- 1991), ce légendaire programme hebdo- madaire de comédie diffusé en direct, pour lequel il a reçu un Emmy Award. Avec David Cross, il a créé la série hu- moristique Mr. Show (1995-1998), dans laquelle il jouait également. Il a acquis une renommée internatio- nale en incarnant l’avocat Saul Good- man dans les séries Breaking Bad (2009-2013) et sa préquelle, Better Call Saul (2015-2022). Il a également joué dans des films comme Pentagon Papers (2017) de Steven Spielberg, aux côtés de Tom Hanks et Meryl Streep. Odenkirk est marié depuis 1997 à la productrice Naomi Yomtov. Le couple a un fils de 27 ans et une fille de 25 ans avec laquelle il a publié en 2023 le livre illustré pour enfants Zilot & Other Im- portant Rhymes Bob Odenkirk est assis devant son écran d’ordinateur, vêtu d’un t-shirt et d’un cardigan noirs. Dans le film Nor- mal , il interprète Ulysses, un shérif ad- joint dans une petite ville dont les habi- tants ont conclu un pacte funeste avec la mafia japonaise des Yakuzas. Le film mêle humour noir et violence de plus en plus extrême. Ulysses est un homme profondément respectable, chez qui l’on n’imagine- rait pas d’accès de violence. Puis, dans la ville fictive de Normal , dans le Minnesota, il se heurte à une po- lice totalement corrompue. Après que deux personnes ont été abattues dans le Minnesota réel par des agents de l’ICE, des manifestations ont éclaté dans tout le pays. Votre Ulysses, cet homme ordinaire, est-il aussi l’expression d’un désir de re- tour à une Amérique plus décente ? Je partage votre analyse. Le film ne fait qu’évoquer en arrière-plan les dif- ficultés de la vie dans les petites villes améri- caines, mais il décrit surtout l’influence d’une foule. Il est difficile de s’opposer à une foule lorsqu’elle décide d’aller dans une certaine direc- tion. Parfois, on se re- trouve entraîné dans des situations néfastes, comme c’est le cas au- jourd’hui pour une grande partie de l’Amé- rique. Même si beau- coup regrettent désor- mais ce pas, on a l’im- pression qu’il est trop tard pour changer de cap. Mais dans notre film, qui comporte une di- mension presque ma- gique, la ville a au moins la possibilité de le faire. Cela ne signifie pas pour autant que tout le monde devient soudai- nement bon par simple prise de conscience. Mais les habi- tants prennent conscience du carac- tère funeste du pacte qu’ils ont conclu avec les criminels. J’ai l’impression que beaucoup d’Américains se posent actuellement exactement la même question à propos de la situation poli- tique dans notre pays : « Dans quoi me suis-je embarqué, moi, ainsi que mes voisins et mes amis ? » Et : « Est- il encore possible de faire un autre choix ? Peut-on encore inverser les choses ? » En février, vous avez livré quelques pistes de réflexion sur ce sujet dans une chronique publiée dans le New Yorker , intitulée « Je serai votre prochain président ». Vous y exprimez le désir d’un président normal, ennuyeux, qui se contente de faire cor- rectement son travail. Quelles réactions avez- vous reçues ? Eh bien, personne ne m’a écrit pour me dire : « Alors, faites-le ! » En revanche, beaucoup de gens m’ont écrit pour me dire à quel point ce texte les avait touchés. Cela a compté pour moi, parce que je l’avais écrit de manière très person- nelle. Un matin, j’ai sim- plement eu l’idée d’écrire exactement ce genre de texte. Je l’ai ré- digé d’un seul trait, sans le retravailler ensuite. Puis je l’ai envoyé au New Yorker Pour être honnête, j’ai été un peu surpris que la rédaction l’accepte. Pourquoi ? Eh bien, il a été publié dans la ru- brique « Humour », mais l’humour y est en réalité très discret. Il n’y a prati- quement aucun gag. D’accord, appelons cela de l’humour subtil. Vous vantez vos qualités pour la fonction présidentielle en vous présentant comme quelqu’un d’en- nuyeux. Vous vous décrivez comme quelqu’un qui ne fera rien de specta- culaire ni de médiatique, un type honnête et terre à terre, qui aime ses enfants et promène son chien. Et qui veut s’entourer des meilleures per- sonnes possibles pour former son gouvernement, à condition qu’elles aient chacune 25 ans d’expérience dans leur domaine. Encore une chose : vous ne voulez pas faire cam- pagne ; ce sont les lecteurs qui doivent vous dire comment ils comptent voter. L’article se termine par un serment : « Je promets de ne pas contester les élections, sauf si je gagne. » Bon, d’accord, il y a peut-être quand même ce gag-là, cette chute finale. Mais, d’une certaine manière, la blague, c’est le texte lui-même : cette idée de la façon dont la fonction pré- sidentielle devrait idéalement être exercée, et le contraste avec la réalité actuelle aux Etats-Unis. Bob Odenkirk, ici dans le rôle d’Ulysses : « Il est difficile de s’opposer à une foule lorsqu’elle décide d’aller dans une certaine direction. » © D.R. Même si beaucoup regrettent désormais ce pas, on a l’impression qu’il est trop tard pour changer de cap Parfois, on se retrouve entraîné dans des situations néfastes, comme c’est le cas aujourd’hui pour une grande partie de l’Amérique lorsqu’il prétend lui-même qu’il plai- sante, c’est ça, la blague. » Odenkirk a autrefois écrit pour la lé- gendaire émission humoristique Satur- day Night Live Pendant le premier mandat de Trump, Alec Baldwin y paro- diait régulièrement le président améri- cain, ce qui assurait d’excellentes au- diences à l’émission. Aujourd’hui, on semble aussi épuisé par le Trump-ba- shing des humoristes que par sa poli- tique erratique. « Ce temps est désormais derrière nous » Est-ce aussi, d’une certaine manière, une forme de retrait pour Odenkirk que de préférer aujourd’hui écrire des chro- niques pour le New Yorker plutôt que des gags télévisés sur le président ? « J’apprécie votre remarque », réagit l’acteur. « Vous avez probablement, en partie, raison. Mais je veux être honnête avec vous : une autre raison pour la- quelle je fais sans doute moins de comé- die aujourd’hui qu’autrefois, c’est tout simplement que le métier d’acteur me passionne désormais énormément. Le succès de Breaking Bad et de Better Call Saul m’a ouvert cette voie. Une voie qui m’a aussi conduit, par exemple, à jouer récemment à Broadway dans la pièce Glengarry Glen Ross . » Cette pièce parle de la concurrence entre agents immobiliers, de cupidité, de désespoir et de manipulation. « Je me suis littéralement immergé dans MA.SZ D ans Pentagon Papers , Odenkirk in- carnait Ben Bagdikian, rédacteur au Washington Post , qui a joué dans les années 70 un rôle important dans l’ob- tention des Pentagon Papers, ces docu- ments secrets révélant que plusieurs gouvernements américains avaient sys- tématiquement trompé l’opinion pu- blique sur les perspectives de succès de la guerre au Vietnam. A l’époque, Spielberg concevait son film sur Katharine Graham, la coura- geuse éditrice du Post , comme une prise de position contre le dénigrement constant de la presse par Donald Trump. Le Washington Post , déjà rache- té par Jeff Bezos, était alors encore considéré comme un important contre- poids. Qu’est-ce que cela inspire à l’acteur de voir comment le Post a, depuis, été mis au service de Trump par Bezos et com- ment la rédaction a été drastiquement réduite ? « Au fond de moi, je reste un comédien », répond Odenkirk. « Mais la situation actuelle en Amérique est devenue si grave que nous avons déjà dépassé le stade où l’on pouvait encore répondre à ces événements par la comé- die. En tout cas, il est très difficile de rire de bon cœur face aux défis auxquels nous sommes confrontés. Nous sommes dans une situation très grave. Et nous devons la prendre au sérieux. Trump ne plaisante jamais sur rien. Jamais. Et cette pièce », confie Odenkirk, « en me demandant : comment est-elle construite, comment tient-elle en- semble, qu’est-ce qui se joue ici ? Je suis naturellement fasciné par le défi que re- présente un drame, par sa structure et par ce qu’il est capable d’accomplir. C’est donc avant tout cette fascination pour le jeu d’acteur qui m’a éloigné de la comédie, davantage que la situation ac- tuelle. Cela dit, il est vrai qu’aux Etats- Unis, nous traversons aujourd’hui une période où le rire nous abandonne, où rire n’est plus vraiment approprié. Quand on voit les tensions fondamen- tales qui traversent actuellement notre pays, on ne peut pas en rire. La situation est trop grave pour cela. J’aimerais pou- voir revenir à une époque où nous pou- vions encore plaisanter plus facilement sur notre politique, sur l’état du monde, bref, sur tout. Mais ce temps est désor- mais derrière nous. » aux Etats-Unis « Nous traversons aujourd’hui une période où le rire nous abandonne » Bob Odenkirk, ici dans « Pentagon Papers » : « La situation en Amérique est devenue si grave que nous avons déjà dépassé le stade où l’on pouvait encore répondre à ces événements par la comédie. » © D.R. par moments le merveilleux humour noir des Monty Python, notamment dans Sacré Graal ! , lorsque le roi Ar- thur tranche un à un les bras et les jambes du chevalier noir, qui conti- nue malgré tout à se battre en affir- mant que ce n’est « qu’une égrati- gnure ». Ces icônes de la comédie britannique ont-elles été une in- fluence ? Oui, très certainement. Nous aurions pu tout aussi bien tout montrer de manière simplement sanglante et cruelle. Mais en y ajoutant de l’hu- mour, cela devient bien plus intéres- sant. Et à la fin, on atteint ce point culminant opératique, cette explosion de violence comique. Sur notre site, les bandes annonces de « Better Call Saul », « Normal », « Nobody » et « Pentagon Papers ». ABONNÉS J’ai toujours voulu pouvoir mêler mon expérience de comique à celle d’acteur dans des rôles plus dramatiques 4 Le Soir Samedi 8 et dimanche 9 août 2026 4 léna ADRIAN SCHMID A vec leur casque, les pilotes de F-35 (l’avion de chasse améri- cain acheté notamment par la Belgique) semblent tout droit sortis de l’univers de Star Wars . Cet équipement de haute technologie leur offre une vi- sion élargie de l’environnement exté- rieur. Les informations essentielles, comme la vitesse ou l’altitude, s’af- fichent directement dans le viseur. L’équipement permet également de sur- veiller les paramètres de l’appareil, d’ac- céder aux données liées aux armements et de disposer d’une vision nocturne. « On ne peut plus appeler ça un casque », déclarait il y a quelque temps un officier supérieur de l’armée de l’air américaine. « Il faudra trouver un nou- veau terme. » Mais ce casque n’est pas exempt de défauts. Il présente plusieurs pro- blèmes. Vol à l’aveugle et risque d’accident Aux Etats-Unis, Charles Del Pizzo a été confronté à un incident majeur en 2023. Alors qu’il s’apprêtait à atterrir par un violent orage, l’affichage de son casque a clignoté à plusieurs reprises avant de s’éteindre. Désorienté, ce pi- lote expérimenté a pensé que son appa- reil allait s’écraser et a déclenché son siège éjectable. Le F-35 a alors poursui- vi son vol sans pilote pendant onze mi- nutes avant de s’écraser dans une zone rurale. La verrière a été soufflée par un dispositif pyrotechnique au déclenche- ment de l’éjection. Des éclats métal- liques ont blessé le pilote au cou. Son casque a été arraché en plein vol. Il a at- terri en parachute dans un jardin. Hos- pitalisé, il souffrait d’une grave blessure au dos. Deux enquêtes ont conclu que l’acci- dent était dû à un dysfonctionnement électrique. Une troisième a toutefois mis en cause le pilote, en- traînant sa mise à la re- traite anticipée par les Marines. Dans les médias américains, certains ont dénoncé une décision qui viserait surtout à détour- ner l’attention des dé- faillances techniques et à limiter l’impact média- tique de l’affaire. Lors d’un autre acci- dent survenu en 2020 en Floride, le casque avait également été mis en cause. L’écran, mal cali- bré, produisait une lueur verte intense qui gênait le pilote, déjà fatigué, et l’a conduit à atterrir à une vitesse exces- sive. D’autres pilotes de F-35 avaient si- gnalé des difficultés similaires lors d’at- terrissages de nuit. Ce phénomène, bap- tisé « Green Glow », perturbait leurs re- pères visuels, avant d’être corrigé par les spécialistes. Au-delà de ses problèmes techniques, le casque inquiète aussi pour ses effets sur la santé des pilotes. Une étude me- née l’an dernier par le Centrum voor Mens en Luchtvaart, institut de l’armée de l’air néerlandaise, a montré que 46 % des 61 pilotes de F-35 interrogés souf- fraient de douleurs au dos, tandis que 51 % se plaignaient de douleurs à la nuque ; 83 % estimaient que ces troubles affectaient leurs performances en vol, tandis que 38 % y voyaient un risque sérieux pour la sécurité aérienne. Les résultats révèlent que ces troubles s’expliquent principalement par les fortes contraintes physiques subies par les pilotes dans le cockpit, une position assise peu adaptée et le port d’un équipement lourd au ni- veau de la tête et du cou. Le casque du F-35 pèse 2,3 kg. Trop lourd pour les femmes Au Royaume-Uni, la Royal Air Force a dû s’ex- pliquer devant une com- mission parlementaire en 2023 : aucune femme ne pilotait de F-35. Mike Wigston, alors chef de l’armée de l’air, avait qualifié de « déplorable » la repré- sentation des femmes. Des responsables politiques lui avaient reproché d’avoir évoqué le poids du casque pour expli- quer cette absence de femmes parmi les pilotes. Durant une période, les personnes de moins de 62 kg n’étaient pas autorisées à piloter le chasseur F-35, car le siège éjectable présentait un risque accru de blessure cervicale. Des modifications ont ensuite été apportées au siège éjec- table et une version allégée du casque a été développée. Elles ont permis d’abaisser le poids minimal requis pour les pilotes à 47 kg. Toutefois, selon le procès-verbal, Mike Wigston a estimé que ce modèle « n’offre pas la même protection » que celui d’origine, souli- gnant que les exigences de sécurité pourraient être plus difficiles à respec- ter. Un demi-million de dollars ? Le casque du F-35 pèse aussi lourd dans le coût global de l’équipement. Lors de la récente livraison de ses premiers aé- ronefs, le vice-ministre polonais de la Défense, Cezary Tomczyk, a indiqué qu’un modèle coûtait 500.000 dollars (quelque 435.000 euros). La chaîne suisse SRF a alors rapporté que le prix unitaire avait augmenté de 25 %. Des rapports d’experts militaires et du Wa- shington Post faisaient auparavant état d’un montant de 400.000 dollars, un ordre de grandeur confirmé par des re- présentants de l’armée de l’air améri- caine. Le prix élevé du casque ne s’explique pas uniquement par ses nombreuses fonctionnalités. Chaque exemplaire doit être ajusté précisément à son utili- sateur et faire l’objet de contrôles régu- liers. De simples variations de poids ou un changement de coiffure peuvent suf- fire à modifier son positionnement, en- traînant un décalage de l’affichage et des images moins nettes. Le casque high-tech du F-35, une innovation qui coûte cher et qui divise Présenté comme une prouesse technologique, le casque de l’avion de chasse américain présente aussi des limites. Le prix élevé du casque s’explique notamment par le fait que chaque exemplaire doit être ajusté précisément à son utilisateur et faire l’objet de contrôles réguliers. © AFP. ÉTATSUNIS Lors de la récente livraison de ses pre- miers F-35, le vice- ministre polonais de la Défense a indiqué qu’un casque coûtait 500.000 dollars. 500.000 On ne peut plus appeler ça un casque. Il faudra trouver un nouveau terme Un officier supérieur de l’armée de l’air américaine 5 Le Soir Samedi 8 et dimanche 9 août 2026 5 léna ENTRETIEN CLAUDIA EHRENSTEIN A u moins une personne sur cinq dé- veloppe un trouble anxieux au cours de sa vie. Il s’agit donc de l’un des troubles psychiques les plus fréquents. Le professeur Jürgen Deckert a dirigé la clinique de psychiatrie, psychosoma- tique et psychothérapie de l’université allemande de Wurtzbourg de 2006 à 2024. Depuis, il est professeur émérite à l’Institut d’épidémiologie clinique et de biométrie. Il nous explique le rôle des gènes dans ce phénomène et quelles thérapies sont indiquées en cas d’anxiété pathologique. La peur n’est-elle pas, en réalité, une bonne chose ? Dans l’évolution de l’être humain, la peur est sans doute l’émotion la plus ancienne et la plus utile, car elle a été, et reste, essentielle à la survie. Sa fonction est de nous protéger du dan- ger, que ce soit par la fuite ou par le combat. Si la peur est une émotion vitale pour la survie, il n’y a alors sûrement rien de grave à passer pour une poule mouillée ? Ce terme est effectivement stigmati- sant. Après tout, on ne parle pas de « lion mouillé ». On qualifie de peu- reux quelqu’un qui a peur de choses qui ne devraient en réalité pas susci- ter de peur. Mais cela ne relève pas encore de la maladie. A partir de quand la peur devient- elle un problème, voire une véritable maladie ? La peur devient un problème lors- qu’elle ne nous protège plus d’un danger mais nous empêche de faire des choses importantes pour nous. Par exemple, lorsqu’une personne ne se présente pas à un examen du fait qu’elle en a peur. Environ 20 % de la population, soit une personne sur cinq, développe un trouble anxieux au cours de sa vie. Qu’en est-il du trac ? Un certain niveau de tension de base peut en réalité améliorer les perfor- mances. En revanche, si cette tension est telle qu’un musicien, par exemple, multiplie les erreurs pendant un concert, alors l’altération des perfor- mances dépasse ce qui est acceptable. Dès lors que l’anxiété entrave le quo- tidien d’une personne, elle prend une valeur pathologique. Outre les in- quiétudes, c’est l’un des critères rete- nus par l’Organisation mondiale de la santé pour définir ce que l’on ap- pelle le trouble anxieux généralisé. S’y ajoute une durée de plusieurs mois. Le troisième critère est la pré- sence de symptômes physiques tels que l’agitation, les palpitations ou les sueurs. Peut-on distinguer clairement les symptômes d’un trouble anxieux de ceux d’autres troubles psychiques ? Les troubles anxieux constituent un facteur de risque de dépression. Ces deux maladies sont très proches sur le plan biologique. Nous utilisons d’ailleurs les mêmes médicaments pour traiter les troubles anxieux et la dépression. Une autre comorbidité, en particulier dans le cas de l’anxiété sociale, est la dépendance à l’alcool. Les personnes concernées se sentent plus détendues après avoir bu un verre et utilisent parfois délibéré- ment l’alcool à cette fin. Mais la distinction entre ce qui constitue un trouble anxieux et ce qui n’en est pas un ne relève-t-elle pas aussi de la manière dont on le définit ? En effet, la définition évolue fré- quemment. Ainsi, dans le cas du trouble d’anxiété sociale, le critère de durée avait un temps été supprimé des recommandations, ce qui a en- traîné une véritable explosion du nombre de diagnostics. Il a depuis été réintroduit afin d’éviter une pa- thologisation excessive des per- sonnes. Ce qui reste déterminant, c’est la va- leur pathologique du trouble dans chaque cas individuel. Si quelqu’un prend l’avion une fois par an pour partir en vacances à Majorque et qu’il a peur de voler, c’est peut-être un problème, mais ce n’est pas une ma- ladie. En revanche, si cette personne doit, pour son travail, faire constam- ment la navette en avion entre Berlin et Bonn, alors sa peur de l’avion ac- quiert une valeur pathologique et de- vrait être traitée. Quel est le lien entre l’anxiété et la panique ? En médecine, on parle plus précisément de crises de panique. Il s’agit de crises d’an- goisse qui surviennent sans prévenir et peuvent durer quelques minutes, voire une demi-heure. Les personnes concer- nées présentent des pal- pitations, un essouffle- ment et des tensions musculaires. Comme elles ignorent ce qui a déclenché la crise de pa- nique, elles craignent d’être atteintes d’une maladie physique grave et se rendent aux ur- gences. Lorsque les crises se répètent, ces personnes vivent dans l’appréhension perma- nente de la prochaine crise. C’est un autre cri- tère permettant de diag- nostiquer un trouble pa- nique. Sur quoi repose la thérapie ? Si une crise de panique survient au volant, par exemple, alors que la per- sonne est arrêtée à un feu rouge, cette dernière est naturellement ten- tée de penser que cette situation en est la cause et cesse alors de conduire. Cela perturbe considéra- blement son quotidien. Or, le feu rouge n’est pas le véritable déclen- cheur de la crise de panique. Celle-ci est en réalité une réaction de stress face à une situation vécue comme menaçante, qui peut remonter à plu- sieurs heures, voire plusieurs jours. Il peut s’agir d’une conversation désa- gréable avec un supérieur hiérar- chique, à laquelle vous réagissez d’abord avec sang-froid, en répri- mant, selon votre tempérament, l’en- vie de lui donner un coup de poing ou de prendre la fuite. Mais, à votre insu, votre cerveau continue de trai- ter cette expérience, tandis que la ré- action de stress suit son cours. Et c’est seulement à ce moment-là que la panique survient ? C’est dans un moment de calme, par exemple lorsque vous êtes à l’arrêt devant un feu rouge, que vous prenez conscience des symptômes physiques de la réaction de stress : accélération du rythme cardiaque, palpitations, essoufflement, fourmillements ou tensions musculaires. Comme vous ne reconnaissez pas cette réaction de stress comme une préparation à la fuite ou au combat, vous pensez souffrir d’une maladie poten- tiellement mortelle, comme un infarctus ou un AVC. C’est ce méca- nisme que j’essaie d’ex- pliquer à mes patients. Avec les hommes, je parle plutôt de stress ou de choc. Dès que je parle d’anxiété, ils dé- crochent. Les femmes, elles, acceptent plus fa- cilement ce terme. Quel est le taux de réussite ? Cette explication aide environ 10 à 20 % des personnes concernées. La majorité a besoin d’un soutien supplé- mentaire sous la forme d’une thérapie compor- tementale. Si les crises de panique surviennent dans la file à la caisse du supermarché, nous accompagnons les pa- tients lorsqu’ils vont faire leurs courses. C’est ainsi que nous traitons également les phobies spécifiques. Pour surmonter la peur de l’ascenseur, il est utile de prendre l’ascenseur. En cas d’arachnophobie, nous confrontons les patients à des araignées. A cette fin, nous avons même gardé deux mygales dans notre service de psychiatrie pendant un certain temps. Peut-on prévenir les troubles an- xieux ? Le meilleur moyen de prévenir les troubles anxieux est de donner aux enfants et aux adolescents les moyens de prendre confiance en eux. Pour ce- la, ils ont avant tout besoin de com- pétences sociales. Les connaissances en matière de santé sont elles aussi importantes, comme l’a montré la pandémie de coronavirus. Et, bien sûr, les compétences linguistiques sont également précieuses : elles per- mettent de s’exprimer et d’aborder la vie d’adulte avec le moins de stress possible. Le stress est un facteur de risque des troubles anxieux. Existe-t-il une différence entre l’an- xiété et la peur ? Dans le langage courant, les mots « peur » et « anxiété » sont employés comme des synonymes. En méde- cine, nous distinguons la peur de quelque chose de concret et l’anxiété face à quelque chose d’indéterminé. Mais la peur s’accompagne toujours d’une forme d’anxiété. C’est pour- quoi, dans la pratique, nous parlons généralement d’anxiété. Le courage est-il l’opposé de la peur ? Oui. Le courage consiste à surmonter sa peur et à faire face à une situation dangereuse, par exemple lors d’une catastrophe naturelle ou en temps de guerre. D’un point de vue évolutionniste, qui s’est le plus imposé : le peureux ou le courageux ? Le fait qu’il existe des personnes craintives – et qu’elles soient loin d’être rares – montre qu’une société a besoin des deux profils. En temps de guerre ou de crise, ce sont les coura- geux, parfois même les téméraires, qui prennent des risques. En temps de paix, il vaut mieux qu’il n’y ait pas trop de ces personnes téméraires, qui ne respectent aucune règle et dé- truisent tout ce qui est essentiel à la vie en société. Dans une société, la peur et le courage se répartissent se- lon une courbe de Gauss : il y a peu de personnes très courageuses, peu de personnes très craintives, et la majorité se situe entre les deux. Il faut donc trouver un juste équi- libre entre peur et courage ? Pour chaque individu, il est impor- tant de reconnaître quand une situa- tion devient dangereuse afin de pou- voir décider rapidement s’il convient de fuir ou de combattre. C’est une compétence qui peut s’acquérir. Sou- vent, les gens ont peur dès lors qu’ils ne disposent d’aucune stratégie pour faire face à une situation, notamment dans les interactions sociales. Com- ment faire un exposé ? Comment parler à son supérieur ? Comment trouver un ou une partenaire ? Dans ce type de situation, il peut être utile de leur fournir des repères concrets. Par exemple ? Les situations sociales sont très va- riées et demandent une préparation spécifique. Avant un exposé, par exemple, il est important de se poser certaines questions : à qui vais-je m’adresser ? S’agit-il de profession- nels ou de profanes ? Attendent-ils surtout des informations, ou aussi des conseils pratiques ? Il peut égale- ment être utile de faire une répéti- tion devant des personnes de confiance, de visiter la salle à l’avance et, le moment venu, d’établir un contact visuel avec le public. Tout ce- la donne de l’assurance et atténue la peur. « La peur devient un problème quand elle ne nous protège plus du danger » De plus en plus de personnes souffrent de crises de panique et d’anxiété. Le psychiatre Jürgen Deckert explique à quel moment l’anxiété devient une maladie à part entière et comment il est possible de s’en sortir. ALLEMAGNE Wurtzbourg Le meilleur moyen de prévenir les troubles anxieux est de donner aux enfants et aux adolescents les moyens de prendre confiance en eux Les troubles anxieux géné- ralisés sont-ils en augmen- tation ? Les données de l’étude nationale sur la santé, menée en Allemagne auprès d’une cohorte d’environ 200.000 per- sonnes, montrent que les troubles anxieux ont effectivement augmenté pendant la pandémie de covid, en particulier chez les femmes. L’étude de l’assurance-maladie DAK, en Allemagne toujours, le confirme également. Elle s’appuie sur les cas pris en charge par les caisses d’assurance- maladie après qu’un diagnostic a été posé. En pédopsychiatrie, le nombre de traitements a nettement augmenté. Chez les adolescentes de 15 à 17 ans, le nombre de troubles anxieux a plus que doublé. Comment expliquer cette augmentation ? Probablement par la peur bien réelle d’être contaminé par un virus mortel. Mais aussi par les anxiétés sociales résul- tant d’un long isolement durant une période parti- culièrement importante de la vie des adolescents, au cours de laquelle ils devraient normalement sortir et apprendre à aller vers les autres. Ces troubles d’anxiété sociale sont souvent diagnosti- qués à la puberté. Le trouble anxieux générali- sé, en revanche, apparaît le plus souvent au début de l’âge adulte, avec un second pic vers le milieu de l’âge adulte. Et chez les personnes âgées ? Il existe un angle mort dans ce domaine, car les recherches portent da- vantage sur les jeunes. L’anxiété globale n’aug- mente probablement pas avec l’âge. En revanche, certaines peurs sont propres à cette période de la vie, comme la peur de tomber, de la douleur ou de la mort. CL.EN En augmentation en Allemagne « Les troubles anxieux constituent un facteur de risque de dépression », explique Jürgen Deckert. © CANVA. 6 Le Soir Samedi 8 et dimanche 9 août 2026 6 léna ALEXANDRA BRÖHM L e clitoris est un organe mysté- rieux. Ce n’est que ces dernières années que des chercheuses ont mis en évidence, par leurs études, l’étendue réelle de ce centre du plaisir féminin dans le corps. Une nouvelle étude révèle aujourd’hui des faits en- core plus étonnants. Voici ce que nous savons désormais. Le clitoris est bien plus grand qu’on ne le pense Seule la pointe du clitoris, située au- dessus de l’urètre, est visible de l’exté- rieur. En termes médicaux, cette pointe s’appelle le « gland du clitoris ». Mais cette partie, que l’on désigne aussi fami- lièrement par « clitoris », ne représente qu’une infime partie de l’organe dans son ensemble, même si elle est impres- sionnante. Nulle part ailleurs dans le corps humain on ne trouve une telle concentration de cellules nerveuses sur une surface aussi réduite. Selon des études anatomiques, le gland clitoridien serait environ dix fois plus sensible que son équivalent masculin, le gland du pé- nis. La plus grande partie du clitoris se trouve toutefois à l’intérieur du corps. On y trouve le corps du clitoris, dont l’extrémité forme le gland clitoridien, ainsi que plusieurs corps caverneux la- téraux. Cette partie cachée du clitoris entoure l’urètre et le vagin. Lors de l’ex- citation sexuelle, les corps caverneux se remplissent de sang et gonflent. Au total, le clitoris mesure environ dix centimètres de long. Sa forme est par- fois comparée à celle d’une orchidée. Le réseau nerveux s’étend plus loin qu’on ne le pensait Pendant longtemps, l’anatomie et les connexions nerveuses du centre du plai- sir féminin restaient méconnues. Ces dernières années, plusieurs études ont enfin décrit avec précision la taille et la forme de cet organe. Une équipe de chercheuses néerlandaises est même parvenue à représenter pour la pre- mière fois l’ensemble du réseau nerveux qui innerve le clitoris, en trois dimen- sions. Résultat : cet organe s’avère encore plus étendu et mieux connecté qu’on ne le pensait. La zone entourant le clitoris est aussi très sensible au toucher Pour leurs recherches, les gynécologues néerlandaises ont utilisé des scanners informatiques hautement spécialisés afin d’examiner la région pelvienne des participantes. Un appareil d’imagerie par résonance magnétique (IRM) stan- dard ne permet pas de visualiser les structures nerveuses en détail. Les chercheuses ont découvert avec surprise un « réseau nerveux en forme d’arbre » qui s’étend jusqu’au gland du clitoris. Elles ont également démontré que ce réseau ne se limite pas à rendre le gland extrêmement sensible : il s’étend au repli cutané situé au-dessus du clitoris (le prépuce), aux petites et grandes lèvres ainsi qu’au mont de Vé- nus. Ce dernier, situé au-dessus du pu- bis, forme un petit coussin adipeux re- couvert de poils. Cette large répartition des terminai- sons nerveuses explique pourquoi les caresses dans ces zones peuvent égale- ment accroître l’excitation sexuelle. Le clitoris est relié au cerveau par la moelle épinière Cette nouvelle étude révèle par ailleurs que le clitoris est directement relié à la moelle épinière par deux faisceaux ner- veux très ramifiés. Les signaux sont en- suite transmis au cerveau, qui coor- donne l’excitation sexuelle. « Cette étude est importante, car elle permet, pour la première fois, de visua- liser avec une grande précision le réseau nerveux et le trajet des nerfs sans avoir à pratiquer d’incisions dans les tissus », explique Cornelia Betschart, profes- seure de gynécologie et directrice ad- jointe de l’Hôpital universitaire de Zu- rich. A certains endroits, les ramifications nerveuses du clitoris ne mesurent qu’environ 0,4 millimètre de diamètre. Ces données sont donc particulière- ment importantes pour toutes les inter- ventions médicales dans la région pel- vienne. La chirurgie peut endommager les fins nerfs du clitoris « Lors des interventions chirurgicales, nous essayons autant que possible de préserver le clitoris », assure Cornelia Betschart. Le fait de pouvoir désormais visualiser des nerfs aussi fins qu’un mi- cromètre (0,001 mm) changera la donne pour les interventions chirurgi- cales dans la région pelvienne. Car si ces nerfs délicats sont sectionnés, la sensi- bilité sexuelle peut être perturbée et l’orgasme rendu impossible. Ce risque existe également lors d’in- terventions esthétiques, comme une ré- duction des petites lèvres ou une lipo- succion du mont de Vénus. Les auteures de l’étude alertent sur le fait que ces opérations, en forte hausse, peuvent endommager des nerfs essen- tiels. Un asp