1 Le Soir Samedi 22 et dimanche 23 août 2026 A nne Hathaway est de retour. Et vit probablement, en 2026, l’an- née la plus exigeante de toute sa carrière. Elle est en effet à l’affiche de cinq films : Mother Mary , Le Diable s’habille en Prada 2 , L’Odyssée , The End of Oak Street sorti la semaine dernière et bientôt Verity qui sortira en octobre. Une telle variété et une telle quantité de projets ne semblent pas fatiguer une ac- trice que Hollywood avait décidé de dé- tester il y a seulement une décennie, sans raison précise, et qui, aujourd’hui, ne passe pas un jour sans éclater de rire devant un photographe. Alors qu’il y a dix ans, les pages Face- book la critiquaient et chacune de ses phrases donnait lieu à un tweet mo- queur, Anne Hathaway a traversé les années 2010 avec comme objectif d’être présente de manière plus calculée. Jus- qu’à ce que, il y a deux ans, deux films donnent un nouveau tournant à sa car- rière. D’un côté, la romance L’idée d’être avec toi , un énorme succès sur les plate- formes de streaming. De l’autre, le rôle qu’elle a décrit comme l’un des plus complexes de sa carrière, celui de Céline dans Mother’s Instinct Aujourd’hui, donc, elle est de retour. Avec son engagement politique auprès des Démocrates, pour lesquels elle ap- pelle à voter avec humour et en s’ap- puyant sur la culture pop. Avec son image personnelle déterminée (elle n’a pas hésité à afficher son ventre de femme enceinte lors de la première de The End of Oak Street ). Avec sa sincérité directe, ou du moins aussi directe que peut l’être celle d’une star au sein de la machine hollywoodienne bien huilée. Il ne reste désormais plus un seul « Ha- thahater » sur son chemin. LE PORTRAIT P. 4 & 5 Anne Hathaway règne à nouveau sur Hollywood © REUTERS. Chaque week-end, retrouvez une sélection d’articles de sept grands journaux qui, avec Le Soir, font partie de la Leading European Newspaper Alliance (Lena). Le meilleur du journalisme européen 2 Le Soir Samedi 22 et dimanche 23 août 2026 2 léna La Leading European Newspaper Alliance a donné son nom à LéNA. Il s’agit d’un partenariat unique entre huit journaux européens dont Le Soir est membre fondateur. Fondé en 1976, c’est le plus grand quotidien espagnol. Son site inter- net est le plus important site d’infor- mation en espagnol du monde. Le journal berlinois, réputé pour son sérieux et sa ligne conservatrice, est l’un des plus anciens d’Allemagne. C’est le porte-étendard du groupe Axel Springer. Fondé en 1976 par une sommité du journalisme italien, Eugenio Scalfari, le journal romain s’affiche comme progressiste. Longtemps géré par la famille de Carlo De Benedetti, il fait désormais partie du groupe Agnelli. Il s’agit du plus vieux quotidien français (1826) encore publié. Sa ligne éditoriale est de droite libérale. Le journal polonais est le dernier arrivé dans Léna. Fondé en 1989 par Adam Michnik, il est profondément démocrate et pro-européen. Grand titre de la place genevoise, la Tribune de Genève a été fondée en 1879 pour la Suisse francophone. Le Tages-Anzeiger est un journal suisse germanophone de la région de Zurich, qui a longtemps été le quotidien le plus tiré du pays. Quotidien belge francophone, il a été fondé en 1887 et porte depuis une longue tradition d’indépen- dance. Les articles non francophones de Léna ont été traduits grâce à des outils utilisant l’intelligence artificielle. Ils ont été vérifiés par un traducteur francophone d'EuroMinds Linguistics, édités et validés par la rédaction du Soir. modérée Haley Stevens. La frange la plus radicale est-elle en train de prendre le pas sur la frange modé- rée du parti ? Je ne parlerai pas d’un tel rapport de force. Il existe autant de divisions au sein du Parti démocrate qu’au sein du Parti républicain. Le système bi- partisan fait qu’il y a peu de véri- tables schismes. Lorsque quelqu’un sort du lot lors de la moindre élec- tion, les médias – américains et étrangers – parlent donc d’un renou- veau politique complet : ils sont fas- cinés par le triomphe d’une personnalité inha- bituelle. Néanmoins, il faut reconnaître que de plus en plus de profils se réclamant du socialisme émergent ces derniers temps sur la scène poli- tique américaine, et Ab- dul El-Sayed est de ceux-là. De manière gé- nérale, si les socialistes américains détonnent autant dans la vie poli- tique américaine, cela est dû à leur radicalité. Ils ont des positions beaucoup plus extrêmes que celles que peut tenir le Parti socialiste fran- çais par exemple. Ce courant a le vent en poupe et va prendre de plus en plus d’impor- tance au sein du Parti démocrate. Néanmoins, il faut qu’il s’impose vé- ritablement dans le paysage électoral. Or pour l’instant, en dépit des quelques victoires symboliques, ce n’est pas encore le cas. Abdul El-Sayed rejoint aussi, sur le plan des idées, Zohran Mamdani, bien qu’il n’ait pas adhéré comme lui au parti des Socialistes démocrates d’Amérique (DSA). Comment expli- quer le succès de cette gauche au sein de l’Amérique de Donald Trump ? Il existe effectivement des similarités entre Abdul El-Sayed et le maire de New York, Zohran Mamdani, mais il y a aussi des différences importantes. Ils sont tous les deux assez jeunes et charismatiques et détonnent dans le paysage politique actuel. Ils savent comment s’adresser aux classes po- pulaires en abordant des thèmes qui leur sont chers, comme le coût de la vie ou le pouvoir d’achat. Par ailleurs, les deux rejoignent, sur le plan des idées, le courant socialiste. L’origine de ce courant est intéressante à ce titre puisque le « socialisme démo- crate » a été popularisé par Michael Harrington et promu par de grands philosophes comme Michael Walzer dans les années 1960, pour faire la distinction avec la gauche staliniste, très populaire à cette époque. Les so- cialistes américains ont assumé par là leurs idées économiques socia- listes d’un côté, mais leur goût pour la démocratie de l’autre. Cette tradi- tion s’est perdue depuis et les posi- tions internationales des socialistes aujourd’hui ne laissent plus la place au doute, à en croire les relations du parti avec la Chine et Cuba. C’est là une remise en cause complète des valeurs originelles du socialisme américain. Ce courant fait aussi écho à la gauche des universités. Les succès de ces deux courants sont-ils liés ? Les deux courants sont effectivement liés. Le chercheur français Thomas Piketty a bien expliqué le change- ment du vote de gauche aux Etats- Unis. Il montre comment le parti qui représentait à l’origine les classes po- pulaires est devenu celui des diplô- més face à une droite recentrée sur la richesse économique. Actuellement, l’électeur type du DSA (Socialistes démocrates d’Amérique) a fait de longues études ou est issu de profes- sions créatives. C’est un portrait très différent de celui qu’on se serait fait du prolétaire socialiste il y a 40 ans. ENTRETIEN JEAN-BOSCO HERBIN A près la victoire d’Abdul El- Sayed lors des primaires démo- crates du Michigan, Yascha Mounk, professeur à l’Université Johns Hopkins, analyse l’évolution du pay- sage politique américain. Si Donald Trump n’a jamais été aussi impopu- laire, son parti pourrait conserver sa majorité lors des élections de mi-man- dat, analyse-t-il. Abdul El-Sayed a remporté, le 4 août, la primaire démocrate pour les sénatoriales du Michigan. Cette victoire d’un candidat de gauche radicale était-elle attendue ? Cette victoire était attendue dans la mesure où le vote de gauche radicale atteint toujours des scores très élevés lors de toutes les élections, même lors des primaires de la présiden- tielle, et ce, y compris dans des Etats où l’électorat est plutôt modéré voire franchement conservateur. Cette vic- toire est aussi la preuve de la montée de la gauche radicale lors de ces pri- maires. Pour autant, la gauche radi- cale doit maintenant transformer l’essai en réussissant à faire élire des candidats au Sénat et à la Chambre des représentants. Ce ne sera pas chose aisée : rappelons qu’aux der- nières élections de mi- mandat, les candidats de gauche radicale avaient tous obtenu des résultats de 5 % infé- rieurs à ceux des candi- dats modérés. Aujourd’hui, il est vrai que les Démocrates, de manière générale, peuvent profiter d’un cadre très hostile à Do- nald Trump et donc aux Républicains. Cela leur donne un net avantage à trois mois des mid- terms. Abdul El-Sayed s’avance donc, auréolé de ses bons résultats à la primaire, pour tenter de remporter ce siège de sénateur du Michi- gan, un siège détermi- nant pour les Démo- crates s’ils veulent conquérir la majo- rité au Sénat. Mais si Abdul El-Sayed a obtenu une victoire nette face aux autres Démocrates, rien n’indique qu’il en ira de même face au candidat républicain. Ce médecin de 41 ans, qui a reçu le soutien de figures progressistes du Parti démocrate comme Bernie San- ders ou Alexandria Ocasio-Cortez, a battu au second tour la Démocrate Yascha Mounk, professeur à l’Université Johns Hopkins, analyse la poussée de la gauche radicale au sein du Parti démocrate, illustrée par la victoire d’Abdul El-Sayed dans le Michigan, et ses conséquences sur les prochaines élections américaines. Abdul El-Sayed, qui a reçu le soutien de figures progressistes du Parti démocrate comme Bernie Sanders ou Alexandria Ocasio- Cortez, a remporté la primaire démocrate pour les sénatoriales du Michigan. © GETTY IMAGES VIA AFP. ETATSUNIS Si Abdul El-Sayed a obtenu une victoire nette face aux autres Démocrates, rien n’indique qu’il en ira de même face au candidat républicain Actuellement, l’électeur type du DSA a fait de longues études ou est issu de professions créatives. C’est un portrait très différent de celui qu’on se serait fait du prolétaire socialiste il y a 40 ans « La montée de la frange ra pourrait aider les Républicain 3 Le Soir Samedi 22 et dimanche 23 août 2026 3 léna Aujourd’hui, c’est tout le Parti démo- crate américain qui s’est éloigné des classes populaires, à tel point qu’il n’en est plus le principal porte-pa- role. Et la communication ne suffit pas. Je suis par exemple très frappé que Kamala Harris se soit présentée, lors de la dernière campagne prési- dentielle, comme une candidate is- sue des classes populaires, alors que son père était professeur à Stanford et sa mère avait un doctorat en sciences. Il serait incon- cevable de croire un candidat en France qui se présenterait comme issu des classes popu- laires avec un père en- seignant à l’ENA et une mère chercheuse à l’Ecole polytechnique. La frange progressiste du Parti démocrate et les membres du DSA ont bien compris qu’il fallait regagner la confiance des classes populaires. Mais tout reste à faire, puisque les succès marquants des socialistes ces derniers temps n’ont pas été ob- tenus grâce au vote des classes populaires. L’élection de Zohran Mamdani à New York est assez significative à ce titre, puisque les quartiers dans lesquels il a récolté le plus de voix sont les plus aisés. Il a obtenu ses scores les plus importants dans les quartiers de Morningside Heights, quartier situé autour de l’Université de Columbia, celui de Bushwick, quartier des hipsters, ou Prospect Heights, le quartier des écrivains et des artistes. Le conflit israélo-palestinien est aussi devenu un des sujets phare de la gauche socialiste. Quel écho a-t-il rencontré dans l’électorat améri- cain ? Lorsque les thèmes les plus impor- tants pour les électeurs américains en 2026 sont hiérarchisés, le conflit israélo-palestinien n’arrive qu’à la 20 e place. Ce n’est absolument pas une priorité pour la grande majorité des Américains. Et même lors de l’élection présidentielle de 2024, dans le classement des enjeux de l’élection défini par les instituts de sondage, il se classait au-delà de cette 20 e place. Pour autant, le contexte est très dif- férent lors des pri- maires puisqu’un faible pourcentage de la po- pulation participe. Dans le cas du Parti dé- mocrate, une grande partie des électeurs est très sensible à ce qui se passe en Palestine et le fait que certains candi- dats l’abordent durant leur campagne a certai- nement joué, comme dans le Michigan. C’est d’ailleurs un Etat qui compte une des plus grandes communautés musulmanes d’Amé- rique (environ 210.000 recensés, fortement im- plantés dans la région de Détroit). Aborder la cause palestinienne a sûrement suscité un élan d’adhésion chez de nombreux électeurs. Donald Trump a posté un message après l’annonce des résultats dans le Michigan sur son réseau Truth So- cial. Il se réjouissait en expliquant qu’il s’agissait d’« une super nou- velle ». Les Républicains ont-ils inté- rêt à laisser monter la frange la plus radicale du Parti démocrate ? Je rejoins assez Donald Trump sur ce plan. Il est effectivement possible que la montée de cette frange radi- cale du Parti démocrate permette aux républicains de remporter une majo- rité nette lors des prochaines élec- tions. De manière générale, les deux partis se sont éloignés du mains- tream culturel sur de nombreux su- jets. C’est par un jeu de radicalités que les deux partis ont pu triompher. Donald Trump a conquis la Maison- Blanche à deux reprises et fait triom- pher le Parti républicain par cette ra- dicalité. Son impopula- rité pourrait laisser penser que les Démo- crates sont en bonne position, mais, en réali- té, la radicalité crois- sante du parti et la place prise par les so- cialistes pourra aider le parti adverse à conser- ver le Sénat en no- vembre prochain, voire à remporter l’élection présidentielle en 2028. A trois mois des mid- terms, comment faut-il envisager la future composition du Sénat ? Malgré leurs divisions, les Démocrates peuvent-ils espérer obtenir la majorité ? Il faut d’abord rappeler qu’il existe aux Etats-Unis l’enjeu des circons- criptions compétitives (ou swing dis- tricts ). Ce sont des districts pour la Chambre des représentants dans les- quels aucun parti n’a d’avance garan- tie. Les électeurs sur place sou- tiennent alternativement les deux grands partis selon les scrutins et l’écart de voix entre les candidats y est très faible, ce qui rend l’issue de l’élection incertaine et cruciale pour contrôler le Congrès. Sur 435 dis- tricts, on compte 20 sièges décisifs. Le découpage des circonscriptions rentre aussi en ligne de compte. Les partis politiques au pouvoir dans chaque Etat modifient souvent les cartes pour avantager leurs candi- dats. Sur ordre de Donald Trump, les élus républicains se sont lancés dans un charcutage des circonscriptions pour limiter les chances de victoire des Démocrates, qui, eux non plus, n’ont pas été en reste. La composition des Chambres est donc déjà plus ou moins connue, car il n’y a pas beaucoup d’enjeux dans de nombreuses circonscriptions et l’obtention de la majori- té dans les deux Chambres va se jouer sur un nombre minime de sièges. Les partis ra- dicalisent donc leurs positions pour espérer faire bouger les choses. Les plus grandes sur- prises ont lieu lors des primaires. Si un candi- dat inattendu n’émerge pas, il y a peu de risques que l’alternance se fasse. Dans toutes les études d’opinion, la popularité de Donald Trump est au plus bas depuis son entrée en politique. L’inflation, qui avait beaucoup nui à Joe Bi- den, est revenue dans le débat avec l’entrée en guerre des Etats-Unis au Moyen-Orient, mais aussi avec la guerre commerciale que Donald Trump a choisi de mener contre bon nombre de pays. Cette po- litique clivante du président améri- cain donnera un avantage certain aux Démocrates. De plus, les midterms du deuxième mandat du président sont normalement un moment parti- culièrement fort pour le parti d’oppo- sition. Beaucoup de facteurs favo- risent donc les Démocrates, mais en adoptant des positions aussi radi- cales, ils sont en train de tout faire pour perdre cet avantage. De gauche à droite, Brad Lander, Claire Valdez, Bernie Sanders et le maire de New York, Zohran Mamdani, lors d’un meeting électoral en juin dernier. © AFP. Sur ordre de Donald Trump, les élus républicains se sont lancés dans un charcutage des circonscriptions pour limiter les chances de victoire des Démocrates, qui, eux non plus, n’ont pas été en reste Beaucoup de facteurs favorisent les Démocrates, mais en adoptant des positions aussi radicales, ils sont en train de tout faire pour perdre cet avantage du Parti démocrate 4 Le Soir Samedi 22 et dimanche 23 août 2026 4 léna PORTRAIT MARÍA PORCEL A ujourd’hui, Anne Hathaway semble tout faire parfaitement. Les magazines, les TikToks et les critiques les plus pointus le montrent chaque jour. Le public l’adore. Les réseaux sociaux l’adorent. Mais le fait est qu’avant non plus, elle n’avait rien fait de mal. Rien de vrai- ment répréhensible. Et pourtant, à l’époque, le public la détestait. Internet la détestait. Le monde s’était retourné contre elle. Cette année, l’actrice amé- ricaine est à l’affiche de cinq films, dont deux des plus gros succès de l’an- née, Le Diable s’habille en Prada 2 et L’Odyssée . La semaine passée, The End of Oak Street est sorti en salles, un film de dinosaures se déroulant dans la banlieue américaine. Il y a dix ans, cette Hathaway-là se serait fait dévorer par les réseaux sociaux, les snobs du grand écran l’auraient tournée en ridi- cule et elle aurait probablement essuyé un échec au box-office. Mais une dé- cennie s’est écoulée et tout a changé. Pour le public, pour les recettes et, sur- tout, pour elle-même. En cette année 2026, Anne Hatha- way, âgée de 43 ans, aborde ce qui s’annonce comme l’année la plus exi- geante de toute sa carrière. L’actrice elle-même a déclaré que cela ne se re- produirait probablement jamais et qu’elle devait être très bien préparée pour y faire face. Elle a tout calculé, depuis que les scénarios ont commen- cé à affluer, donnant lieu à des tour- nages qui se concrétisent aujourd’hui par d’impeccables campagnes de pro- motion, lesquelles se prolongeront jus- qu’à la saison des récompenses, au pre- mier trimestre 2027. De plus, cette an- née lui a apporté la cerise sur le gâteau pour montrer au monde autre chose que son travail irréprochable : l’épa- nouissement de sa vie personnelle avec l’annonce de sa grossesse en juin. Et c’est dans cet état qu’elle a parachevé son retour, parfait et calculé. Elle- même l’expliquait clairement dans une interview accordée au New York Times , au début de cette saison effrénée, entre deux éclats de rire, son meilleur outil de promotion : « Avant, je n’étais pas prête, ni en tant que personne ni en tant qu’artiste. J’avais besoin de me dé- velopper davantage, sinon on allait me dévorer vivante. » Elle savait parfaite- ment de quoi elle parlait, puisqu’elle avait subi ce cannibalisme une décen- nie plus tôt. Elle a su varier les projets L’année de Hathaway a commencé en avril avec la sortie aux Etats-Unis de Mother Mary , un film indépendant et sombre dans lequel elle incarnait une star de la chanson, une sorte de double de Taylor Swift (le réalisateur, David Lowery, a expliqué à Empire qu’ils avaient regardé en boucle l’une des tournées de l’artiste, Reputation , pour s’en inspirer). A ce petit film en a suc- cédé un autre, une semaine plus tard, beaucoup plus imposant : la très atten- due suite du Diable s’habille en Prada , dans laquelle elle reprenait le rôle qu’elle a dit être l’un de ceux auxquels on l’identifie le plus dans la rue, celui d’Andy Sachs, la subordonnée mal- adroite et très humaine de la glaciale Miranda Priestly (Meryl Streep). Leur alchimie impeccable a une nouvelle fois fonctionné, portée par une brillante et coûteuse campagne promo- tionnelle mondiale, et le film a rappor- té 700 millions de dollars au box-office (environ 606 millions d’euros). Beaucoup de millions, mais pas au- tant que L’Odyssée de Christopher No- lan, qui a rapporté 1,2 milliard de dol- lars en moins d’un mois (1,04 milliard d’euros). Après l’avoir espéré pendant des années, Hathaway a enfin retrouvé Nolan, plus d’une décennie après In- terstellar (2014), qui avait marqué un tournant vers une image plus forte après son rôle, plus vulnérable, dans l’adaptation cinématographique de la comédie musicale Les Misérables , qui lui avait valu l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle en 2013. Voici maintenant The End of Oak Street , un film d’aventures avec Ewan McGregor, qu’elle a surtout tourné parce qu’elle avait envie de travailler avec son réalisateur, David Robert Mit- chell, comme elle l’a raconté à Europa Press lors de sa sortie. Sa grossesse a avancé, mais elle, omniprésente, est loin de disparaître : ces dernières se- maines, elle n’a cessé de plaisanter sur les réseaux sociaux et de se rendre sur les plateaux avec McGregor. Et il lui reste encore Verity , un thriller qui sor- tira en octobre, dans lequel Dakota Johnson remplace, après un accident, une écrivaine à succès. Etrange et injuste haine L’actrice a su varier les projets : ciné- ma indépendant, cinéma pop, grand film d’auteur, film familial et film d’horreur. Dans Le Diable s’habille en Prada 2 , elle partage l’écran avec Meryl Streep et Emily Blunt. Dans L’Odyssée , elle brille au sein d’une distribution plus internationale. Dans The End of Oak Street , elle donne la ré- plique à McGregor. Et dans Mother Mary , la promotion, plus discrète, s’est surtout concentrée sur elle. Une telle variété et une telle quantité de projets ne semblent pas fatiguer une actrice que Hollywood avait décidé de détester il y a seule- ment une décennie, sans raison précise, et qui, aujourd’hui, ne passe pas un jour sans éclater de rire devant un photographe. C’est peut-être là que réside la clé, aussi mièvre que cela puisse paraître : Hathaway est passée du sourire au rire. Avant, elle souriait discrètement. Aujourd’hui, elle n’hésite plus à rire lors des interviews et des photocalls, voire à rire d’elle-même. Tout a com- mencé lorsqu’elle a remporté l’Oscar pour Les Misérables , dans un rôle ex- trêmement exigeant. Elle a raconté au Guardian qu’elle n’avait pas ressenti ce « bonheur sans complications » tant attendu lorsqu’elle était montée cher- cher sa statuette, après un rôle qui lui avait demandé de jeûner, de perdre onze kilos et de se raser la tête. A l’époque, elle semblait s’excuser à chaque pas. Ses déclarations sonnaient toujours politiquement correctes. Elle a déclaré, par exemple, à propos des Oscars : « Je me sentais mal d’être là, dans une robe qui coûtait plus cher que ce que beaucoup de gens verraient dans toute leur vie. » Elle portait une robe Prada sur mesure estimée à 70.000 euros et un collier de 8,6 mil- lions d’euros. Cette Hathaway un peu godiche a ir- rité à un moment où l’industrie du ci- néma était en train de changer. C’était l’époque où les publications tradition- nelles perdaient de leur influence, tan- dis que les commentaires des fans, les réseaux sociaux et les blogs commen- çaient à compter beaucoup plus. Elle ne correspondait pas au profil de la « gentille fille » que ses attachés de presse tentaient de vendre. Le lien avec le public s’est rompu. Et les Ha- thahaters , comme étaient surnommés ses détracteurs, ont fait leur appari- En une décennie, tout a changé pour Anne Hathaway Après une décennie au cours de laquelle elle est devenue, sans raison précise, la personnalité la plus détestée du monde du cinéma, l’actrice fait exploser le box-office cette année avec « Le Diable s’habille en Prada 2 » et « L’Odyssée ». Cette année 2026 est certainement la plus exigeante de toute la carrière d’Anne Hathaway. © REUTERS. Beaucoup de gens ne me proposaient pas de rôles parce qu’ils étaient très préoccupés par la toxicité de ma présence en ligne Anne Hathaway 5 Le Soir Samedi 22 et dimanche 23 août 2026 5 léna tion. Les pages Facebook la critiquaient et chacune de ses phrases donnait lieu à un tweet moqueur. Cette étrange et in- juste haine faisait l’objet d’analyses et d’émissions de télévision. Elle est même allée jusqu’à déclarer, peut-être par naïveté, peut-être en quête de paix, que cela l’affectait. Comme le disait (ou le prédisait) Carolina Bermudez, qui présentait alors, en 2013, l’émis- sion de divertissement de CBS The Couch : « A l’heure actuelle, Anne ne peut rien faire pour échapper à la cri- tique. Sa meilleure option est de s’éloi- gner un moment, peut-être de prendre de longues vacances, dont elle a bien besoin, et de laisser les critiques trou- ver quelqu’un d’autre à vilipender. A Hollywood, cela ne prendra pas long- temps. » Un nouveau tournant Et c’est ce qu’elle a fait. Elle n’est pas partie en vacances, mais elle a déplacé l’attention ailleurs. Elle a traversé les années 2010 avec de nombreux pro- jets, mais tous n’ont pas été remar- qués. L’objectif n’était pas de dispa- raître, mais d’être présente de manière plus calculée. Elle racontait elle-même, dans cette interview accordée au New York Times , qu’elle pensait être « dans la partie indie et un peu bizarre » de sa carrière et que les grandes productions ne reviendraient pas. Jusqu’à ce que, il y a deux ans, deux films donnent un nouveau tournant à sa carrière. D’un côté, la romance L’Idée d’être avec toi , un énorme succès sur les plateformes de strea- ming, dans laquelle elle incarne une femme de 40 ans qui tombe amou- reuse d’un musicien d’une vingtaine d’années, lui a donné une nouvelle visibilité auprès des jeunes générations. De l’autre, le rôle qu’elle a décrit comme l’un des plus complexes de sa carrière, celui de Céline dans Mother’s Instinct , aux côtés de Jessica Chastain, qui l’a placée dans une situation délicate vis- à-vis de la maternité. A ce moment-là, elle parlait déjà ouvertement des Ha- thahaters : « Beaucoup de gens ne me proposaient pas de rôles parce qu’ils étaient très préoccupés par la toxicité de ma présence en ligne », reconnais- sait-elle dans Vanity Fair Aujourd’hui, Anne Hathaway est de retour. Après cette année 2026 bien remplie, elle sortira l’année prochaine Princesse malgré elle 3 , où elle repren- dra son personnage populaire de Mia Thermopolis. Ce dimanche, elle sera proclamée « légende de Disney », un titre porté par des stars telles que Julie Andrews, Miley Cyrus, Elton John et George Lucas, entre autres. Tout cela a contribué à son retour. Son engagement politique auprès des Démocrates, pour lesquels elle appelle à voter avec humour et en s’appuyant sur la culture pop ; son image person- nelle, de plus en plus raffinée, élé- gante, mais déterminée (elle n’a pas hésité à afficher son ventre de femme enceinte lors de la première de The End of Oak Street , faisant ainsi les gros titres), et son visage juvénile l’ont pro- pulsée parmi les personnalités les plus admirées. Elle ne pèse plus autant ses mots et sa sincérité est directe, ou du moins aussi directe que peut l’être celle d’une star au sein de la machine hollywoodienne bien huilée. Cette se- maine, interrogée sur le sexe de son bébé dans l’émission de Jimmy Kim- mel, elle a affirmé qu’elle le connais- sait, mais qu’elle ne le dirait pas. « Merci pour votre soutien. Je me sens toujours très impolie quand je dis ça », a-t-elle déclaré avec un grand sourire. Loin de s’en offusquer, le public l’a ac- clamée. Il ne reste désormais plus un seul Hathahater sur son chemin. Merci pour votre soutien. Je me sens toujours très impolie quand je dis ça Anne Hathaway CONSTANZA PÉREZ Z. A la fin de Spider-Man : Brand New Day , les spectateurs présents dans la salle savent qu’ils doivent rester assis dans leur fauteuil, car c’est une tradition chez Marvel d’offrir un petit cadeau après le générique. Dans le cas de la sa- ga de super-héros, ces scènes servent généralement à donner un aperçu d’autres histoires du multivers, à ré- soudre un élément resté en suspens ou, tout simplement, à proposer une touche d’humour. Par définition, une scène post-générique est une séquence qui ap- paraît pendant ou après le défilement du générique. Elle est utilisée dans dif- férents genres, comme l’horreur, l’ani- mation ou l’action. Même si l’imaginaire collectif associe ce procédé cinématographique à cette série de films, son origine remonte à bien avant la naissance de Kevin Feige, le président de Marvel Studios. La pre- mière scène post-générique, selon le consensus des historiens, se trouve dans Matt Helm, agent très spécial (1966), avec Dean Martin. Elle annonçait une suite : Bien joué Matt Helm . Aupara- vant, en 1963, dans le film de James Bond Bons baisers de Russie , le deuxième de la saga, un texte apparais- sait après le générique pour annoncer que « James Bond reviendra », mais il ne s’agissait pas d’une séquence à pro- prement parler. Une tradition appréciée du public L’objectif de ce procédé peut varier : an- noncer explicitement une suite ou en donner des indices, offrir une conclu- sion comique à un personnage secon- daire, inciter le public à regarder le gé- nérique ou, ce qui semble aujourd’hui prévaloir, susciter l’attente et alimenter les discussions. Par exemple, dans Le Monde de Dory (2016), on retrouve à la fin les poissons du premier film, Le Monde de Nemo , toujours enfermés dans des sacs en plastique. Ce clin d’œil humoristique parlera surtout à ceux qui ont vu le premier volet. Dans Anna- belle 2 : la création du mal (2017), la scène finale donne des informations sur le prochain volet, La Nonne (2018). Dans Pirates des Caraïbes : la malédic- tion du Black Pearl (2003), lorsque le singe touche une pièce d’or et se trans- forme en squelette, cela laisse entendre que la malédiction est toujours bien présente. La première fois que Marvel a utilisé ce procédé, c’était dans Iron Man (2008). Dans une brève séquence, Nick Fury fait une apparition surprise chez le protagoniste, Tony Stark, pour lui dire qu’il n’est pas le seul super-héros au monde et lui parler des Avengers. Deux ans plus tard, dans la suite du film, on découvre, à la fin, un cratère dans un désert contenant un objet étrange qui annonce l’arrivée du marteau de Thor. Depuis lors, le procédé est devenu une tradition appréciée du public, qui aime spéculer sur l’univers des super-héros. Soixante ans de scènes post-générique , une histoire qui commence bien avant Marvel Avant que le cinéma de super-héros ne fasse de ce procédé une habitude en fin de film, il avait déjà été utilisé dans des films comme « Matt Helm, agent très spécial » ou « Les Muppets ». Pendant le générique, un homme arrive dans une auberge et signe le re- gistre des clients sous le nom de Moriarty, ce qui laisse entendre que le méchant du film est toujours vivant et ex- plique l’origine du grand ennemi de Sherlock Holmes. « Le secret de la pyramide » (1985) © D.R. Au début du film, le protagoniste, Ted Striker, chauffeur de taxi, laisse un client dans son véhi- cule devant les portes de l’aéroport et lui demande d’attendre une minute. Le film se déroule et Striker ne revient jamais. Dans la scène post-géné- rique, l’homme, toujours là à attendre et furieux, assure qu’il n’attendra que « 20 minutes de plus ». © PARAMOUNT PICTURES/PHOTO NEWS. « Y a-t-il un pilote dans l’avion ? » (1980) Après que Sweetums a brisé l’écran du cinéma, le générique défile et les personnages discutent entre eux, assis dans leurs fauteuils. A la fin, Animal brise le qua- trième mur et s’écrie, en s’adressant au specta- teur : « Rentre chez toi ! » © BELGAIMAGE. « Les Muppets » (1979) Comme dans Les Mup- pets , le personnage prin- cipal, Ferris Bueller, inter- prété par un tout jeune Matthew Broderick, s’adresse au public pour lui dire que le film est terminé et qu’il est temps de rentrer chez soi. « La folle journée de Ferris Bueller » (1986) © PARAMOUNT PICTURES/ALBUM. Pendant et après le géné- rique, on peut voir des « prises ratées » des personnages du film, comme s’il s’agissait de vrais acteurs. Les scènes de ce type sont cou- rantes dans les produc- tions Pixar, comme dans WALL-E ou 1001 Pattes « Toy Story 2 » (1999) © PIXAR ANIMATION STUDIOS/WALT DISNEY PICTURES/ALBUM. 6 Le Soir Samedi 22 et dimanche 23 août 2026 6 léna ENTRETIEN LISA FÜLLEMANN L es émojis font depuis longtemps partie du quotidien des discus- sions privées, mais ils peuvent provoquer des faux pas dans les échanges professionnels. Erin Leigh Courtice, psychologue et chercheuse à l’Université métropolitaine de Toronto, au Canada, a mené une étude pour analyser l’influence des émoticônes sur notre image professionnelle. Erin Leigh Courtice étudie l’in- fluence des technologies numériques sur les relations interpersonnelles et les expériences humaines. Son étude sur l’impact des émojis dans le quotidien professionnel a été publiée dans la re- vue spécialisée Collabra : Psychology Elle explique pourquoi même un smi- ley sympathique peut nous desservir. Et pourquoi les femmes jugent plus sévè- rement le choix d’émojis des autres femmes. Pourquoi avez-vous mené une étude sur les émojis dans la communica- tion professionnelle ? Depuis la pandémie, on communique de plus en plus par voie numérique au travail. Cela passe en grande par- tie par des outils tels que Microsoft Teams, Slack ou Google Chat. Mais il nous manque alors un élément es- sentiel : le langage corporel. Lorsque je me tiens face à vous, mon expres- sion faciale vous permet de deviner si je plaisante ou si je parle avec colère. Les émojis sont censés combler cette lacune. Nous avons voulu savoir dans quelle mesure ils y parviennent. Et qu’est-ce qui est réellement considéré comme professionnel. Comment avez-vous mené cette étude ? Nous avons soumis 243 participants à de courts messages, du type « Quel- qu’un a encore cassé l’imprimante » ou « Addison est un collègue formi- dable ». Ces phrases au contenu posi- tif, négatif ou neutre étaient accom- pagnées d’un émoji joyeux, d’un émo- ji en colère ou d’aucun émoji. Les participants devaient ensuite évaluer la compétence perçue de l’expéditeur et juger si le message était approprié. Qu’avez-vous découvert ? Est-ce une bonne idée d’utiliser des émojis au travail ? Si l’on maîtrise bien leur usage, les émojis ne posent pas de problème majeur, surtout dans les messages positifs accompagnés d’un smiley joyeux. Pour les messages négatifs, un émoji approprié reste acceptable, même s’il vaut mieux s’en abstenir complètement, car certains consi- dèrent l’émoji en colère comme un véritable tabou. Globalement, les destinataires ont toutefois tendance à percevoir les expéditeurs comme plus compétents et professionnels lors- qu’aucun émoticône n’est utilisé. Tout dépend néanmoins du contexte pro- fessionnel. Dans quelle mesure ? Si les émojis sont monnaie courante au travail et que de nombreux col- lègues les utilisent, en envoyer à son tour peut avoir un effet positif. Beau- coup affirment que cela rend le quo- tidien professionnel plus agréable. On se sent mieux quand on peut communiquer avec ses collègues de manière plus enthousiaste et ex- pressive. Reste qu’il faut décider au cas par cas si c’est approprié. Il existe par exemple des différences liées à l’âge. Les personnes âgées trouvent souvent les émojis moins appro- priés, car elles n’ont pas grandi avec et ceux-ci ne font pas partie de leur communication quotidienne. Les géné- rations interprètent d’ailleurs ces symboles de manière radicale- ment différente : pour les plus jeunes, l’émoji représentant une tête de mort signifie souvent « Je ris aux larmes » tandis que les aînés le comprennent plutôt comme « Je ne vais pas bien ». Bien sûr, il existe des nuances, mais les jeunes semblent plus à l’aise avec les émojis et les utilisent avec davantage d’assurance. Tout dépend donc de la personne avec laquelle on communique. Quand un émoji est-il une très mau- vaise idée ? D’après nos résultats, la situation se complique lorsque les signaux sont contradictoires. Si vous accompagnez un message négatif tel que « Tu as rendu un rapport épouvantable » d’un smiley pour en atténuer la dure- té – et peut-être exprimer ainsi « Mais ce n’est pas grave » –, cela passe souvent pour de la passivité- agressivité (un comportement hostile masqué sous une apparente amabili- té, NDLR) et aggrave le message. Le destinataire se demande alors : « Qu’est-ce que tu veux dire par là ? » Même problème lorsqu’on ajoute un émoji en colère après un message po- sitif. Mieux vaut éviter ce décalage entre le message et l’émoji. Les participants à l’étude ont été informés du sexe de l’expéditeur du message. Cette information a-t-elle influencé leur perception ? En matière de compétence, le genre n’avait pratiquement aucune in- fluence. En revanche, un léger effet a été observé concernant le caractère approprié du message : lorsque l’ex- péditeur était un homme, qu’il envoie un émoji ou non, tous les partici- pants trouvaient cela acceptable. Lorsqu’une femme envoyait un émoji négatif ou un message négatif, elle était en revanche jugée plus sévère- ment par les participantes que par les participants. Il semble que les femmes se scrutent davantage entre elles sur le lieu de travail. Comment expliquez-vous cela ? Les femmes savent qu’elles sont ju- gées plus sévèrement au travail. Lorsque d’autres femmes donnent une impression peu professionnelle – par exemple en utilisant des émojis ou des messages négatifs –, elles craignent peut-être que cela ne ter- nisse l’image de l’ensemble du groupe. Il est toutefois intéressant de noter que les hommes n’appliquent pas ces normes plus strictes aux femmes. Dans l’ensemble, le genre semble donc jouer un rôle moins im- portant qu’on ne le pensait dans l’uti- lisation des émojis au travail. La hiérarchie joue-t-elle également un rôle ? Il semble qu’on juge généralement plus sévèrement les cadres qui uti- lisent des émojis. Un peu comme si on se disait : « Nous, les employés des échelons inférieurs, avons le droit d’en mettre, car on ne gagne pas au- tant et on ne jouit pas d’autant de respect. » On attend en effet des diri- geants qu’ils se montrent sérieux et prévisibles – tout comme on attend d’eux un ton approprié lors d’un dis- cours plutôt qu’un numéro de stand- up. Et l’idée que les émojis ne consti- tuent pas un moyen de communica- tion assez sérieux persiste encore au- jourd’hui. Que conseillez-vous aux gens lors- qu’ils communiquent avec leur supé- rieur hiérarchique ? Les émojis, oui ou non ? Le choix le plus sûr reste de ne pas utiliser d’émojis. Les rapports hiérar- chiques entrent en jeu : il est tou- jours possible que vos supérieurs perçoivent ces symboles de manière négative. Les cadres plus âgés, no- tamment, ne sont souvent pas fami- liers avec ces codes. Une alternative : attendre que votre supérieur utilise un smiley avant d’en renvoyer un à votre tour. Mais je ne peux pas ga- rantir que cette stratégie vous vaudra une promotion... Y a-t-il une différence entre l’utilisa- tion des émojis dans les discussions en ligne et dans les e-mails ? Beaucoup font la distinction dans les e-mails, qu’ils considèrent comme plus professionnels, tandis que les émojis passent mieux dans les dis- cussions en ligne, un mode de com- munication déjà plus décontracté. Mais les frontières s’estompent : Outlook et Gmail autorisent désor- mais les réactions par émojis dans les e-mails. Ces évolutions technolo- giques pourraient bien modifier nos normes. Les émojis finiront-ils par être plei- nement acceptés comme norme professionnelle ? La tendance va clairement dans ce sens : la messagerie instantanée s’est solidement implantée dans le monde du travail. Parallèlement, les mes- sages vocaux connaissent un véri- table essor chez les jeunes : si nous privilégions davantage la communi- cation verbale au détriment des in- teractions textuelles, les émojis de- viendront moins nécessaires. Nos émotions s’exprimeront alors directe- ment par la voix. Mais tant que nous communiquerons par écrit et de ma- nière concise, les émojis resteront sans doute d’actualité. L’intégration croissante des émoti- cônes dans le quotidien profession- nel pourrait aussi être liée à l’intelli- gence artificielle, non ? Après tout, la plupart des programmes d’IA utilisent ces pictogrammes pour structurer leurs réponses et les rendre plus attrayantes visuellement. Tout à fait. A force de voir ChatGPT employer des émoji