3’:HIKKLB=]UXUUV:?a@g@l@i@k"; M 00118 - 618 - F: 3,00 E Contentieux Les dirigeants européens ont rendez-vous ces jeudi et vendredi à Bruxelles pour tenter de s’accorder sur la réponse commerciale à apporter à la Chine, dont les exportations déferlent sur le continent. La diculté pour les Vingt-Sept : se faire davantage respecter sans risquer un conit dévastateur. Le sujet, déjà à l’ordre du jour du G7 à Evian, devrait être pour longtemps au cœur des préoccupations européennes. Simon Carraud (à Bruxelles) et Claude Leblanc deuxième puissance économique du monde, dont les très généreuses sub- ventions aux entreprises du cru, les excédents de production faramineux et la monnaie sous-évaluée laminent l’industrie européenne. Cette prudence sémantique illustre le dé devant lequel se trouvent les Vingt-Sept : trouver le moyen de se faire davantage respecter à Pékin sans jouer les va-t-en-guerre. Le diagnostic ne fait plus vraiment débat. « Il y a le sentiment de plus en plus partagé que les déficits commer- ciaux sont insoutenables », estime un responsable, à Bruxelles. C’est un chan- gement notable chez les Européens lll Page 2 SIPA PRESS/MONTAGE L’OPINION La Chine est celle dont il ne faut pas prononcer le nom, comme Voldemort dans la saga Harry Potter. Le pays ne - gure pas explicitement dans le courrier que le président du Conseil européen, le Portugais Antonio Costa, a adressé aux 27 chefs d’Etat et de gouvernement européens les conviant à un sommet à Bruxelles, ces jeudi et vendredi. Il n’est question que de « déséquilibres macro- économiques mondiaux ». Même pudeur dans les conclusions écrites, qui devraient être publiées à l’issue de cette réunion en haut lieu. Nul n’ignore pourtant que cette périphrase désigne avant tout la Chine, Entre l’Europe et la Chine, cette défiance qui monte Les Vingt-Sept, Allemagne comprise, s’agacent des impressionnants déséquilibres commerciaux au profit de Pékin. Qui menace de prendre des mesures de rétorsion si l’Europe réagit Pour une fois, l’Europe n’a pas cédé à la peur. Pour une fois, elle ne s’est pas cachée derrière la précau- tion pour rejeter la science. Pour une fois, elle s’est donné les moyens de peser dans la compétition internatio- nale. C’est peu dire qu’après huit ans de blocages, le vote par les députés européens en faveur des nouvelles techniques génomiques marque une rupture. Fruit d’un compromis, voilà relancée l’innovation agricole sans re- nier ni la santé, ni l’environnement. Les anti-OGM ont perdu. Et tant mieux. La première puissance agricole au monde a fait un triple choix qu’on ai- merait voir appliquer partout ailleurs. D’abord, le choix de la compétitivité, face à des concurrents très en avance. Ensuite, le choix de la souveraineté, avec désormais la possible culture de plantes résistantes aux sécheresses et aux maladies. Enn, le choix de l’ave- nir, par la valorisation d’une recherche de pointe menacée de déclassement. En bref, le choix de la puissance. Qu’on ne s’y trompe pas : ces végé- taux au génome modié sont à l’agricul- ture ce que l’IA est au numérique. Un changement de paradigme. Que l’Union européenne accompagne cette révolu- tion est de bon augure. C’est un signal de cohérence envoyé aux agriculteurs, asphyxiés par nos injonctions contra- dictoires. C’est aussi un message adressé aux décroissants, aux technophobes et aux eurosceptiques : Bruxelles est (aus- si) capable d’une politique de solutions. Rémi Godeau @remigodeau @remigodeau X X Nouvelles techniques génomiques : le réveil européen qui, longtemps, se sont heurtés à d’in- surmontables divisions sur la question chinoise. Les nuances subsistent entre le volontarisme de la France, des Baltes ou des Nordiques et la prudence de l’Es- pagne ou de la Hongrie. Mais, veulent croire les chancelleries, elles ne sont plus si paralysantes qu’il y a peu. Gouffre. Il faut dire que le phé- nomène est devenu massif depuis le Covid. En 2025, l’UE a exporté pour 199,6 milliards d’euros de marchan- dises vers la Chine et en a importé pour 559,4 milliards d’euros. Total : 359,8 milliards d’euros de déficit, soit quasiment 1 milliard d’euros par jour. Et le gouffre continue de se creuser, selon les données des quatre premiers mois de cette année. Comment regar- der ailleurs ? « Nous avons atteint un point de non-retour, a alerté le Premier ministre belge, Bart De Wever, dans un courrier adressé en mars à Ursula von der Leyen. Nous devons faire des choix difficiles à court terme afin de protéger notre industrie, notre éco- nomie et le bien-être de nos citoyens à long terme. » Dans les Etats membres, les voix sont nombreuses à réclamer un chan- gement de braquet. En Allemagne, N° 3281 DATÉ DU 18 JUIN 2026 3 € Immigration : le vote de l’UE qui réjouit la droite et pas le centre Retailleau enchanté, Attal gêné : Bruxelles ouvre la voie aux «centres de retour» Page 3 Qu’est-ce que le « Manchesterism » d’Andy Burnham? Le travailliste, qui brigue le poste de Premier ministre, veut s’appuyer sur son expérience locale Page 6 Trump et l’Ukraine, le vent tourne Le président américain, lors du G7, s’est montré ouvert à un réchauffement avec Kiev, sans aller jusqu’à parler de soutien dans la guerre face à la Russie. C’est dorénavant le Kremlin qui lui paraît en position de faiblesse, et sur qui il faut faire pression pour conclure un deal. Page 6 SIPA PRESS Le dirigeant chinois Xi Jinping et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. 2 l’Opinion 18 juin 2026 Vaillant fer de lance de l’industrie euro- péenne, le secteur automobile européen n’a pas anticipé la montée en puissance du véhi- cule électrique (VE). Il n’avait pas non plus pris la mesure de la capacité de la Chine à devenir le leader mondial de ce secteur d’activité, celle-ci en contrôlant désormais la majeure partie de la chaîne d’approvisionnement, notamment en ce qui concerne les batteries ainsi que l’ex- traction et le traitement des minerais essen- tiels à leur composition. C’était pourtant écrit et annoncé dès 2014 dans le plan « Made in China 2025 » dans lequel les autorités chinoises détaillaient leurs ambi- tions : devenir le numéro un ou à défaut faire partie de l’élite mondiale dans ce domaine ou d’autres technologies de pointe. L’Union européenne a finalement ré- pondu à l’arrivée des voitures électriques fabriquées en Chine en imposant des droits de douane, compris entre 7,8 % et 38 %. Elle n’a pas pour autant réussi à endiguer la vague et atténuer l’avantage des constructeurs de l’Empire du Milieu en matière de prix. Selon l’Association des constructeurs européens d’automobiles, les marques chinoises ont représenté environ 6 % des immatricula- tions automobiles dans l’UE entre janvier et avril 2026, contre 3,2 % au cours de la même période l’année précédente. Vigilance. S’il est encore trop tôt pour armer que la bataille du VE est totalement perdue pour les Européens, une issue favo- rable sera dicile à concrétiser compte tenu du retard accumulé et de la dépendance sur certains composants comme les batteries. La part européenne dans la production mon- diale n’est que de 7 % alors que celle de la Chine s’élève à 83 %. L’échec du plan batteries de la Commission européenne devrait l’inci- ter à regarder vers d’autres secteurs tout aussi importants sur le plan économique sinon plus stratégiques comme l’aéronautique. Au cours des dernières décennies, les Européens, à travers Airbus et l’ensemble de son écosystème industriel, ont réussi à se his- ser au sommet, au détriment des Américains. Marché en pleine expansion qui devrait s’éle- ver à 573,4 milliards de dollars en 2030 contre 413,5 milliards de dollars en 2021 et qui sera essentiellement porté par l’Asie, il a aussi été ciblé par Pékin dans ce même plan « Made in China 2025 ». S’il n’a pas atteint totalement son objec- tif, à savoir permettre à la Chine de se doter d’une industrie aéronautique autonome comme c’est le cas pour les véhicules élec- triques, il a néanmoins fait un bond en avant considérable avec son avionneur COMAC. Ce dernier dispose désormais du C919, un appareil biréacteur moyen-courrier suscep- tible de concurrencer l’A320, « le best-seller de l’aviation commerciale mondiale » comme l’a rappelé, le 15 juin, le ministre français des Transports, Philippe Tabarot, à l’occasion de l’inauguration d’une seconde ligne d’assem- blage dédiée à cet appareil dont les Chinois se sont beaucoup « inspirés ». Certication. Alors que le C919 a entamé le long processus de certication européenne qui pourra lui ouvrir une bonne partie du marché mondial s’il obtient le feu vert de l’EASA, l’agence européenne de sécurité aé- rienne, son développement met en lumière le positionnement paradoxal des Européens. Leurs champions tels que Safran, Thales et Liebherr fournissent près de 40 % de ses sys- tèmes critiques, notamment le moteur. Une fois que l’appareil chinois aura obte- nu une certication européenne dont l’étape de son premier C-check – une visite de main- tenance de trois semaines mobilisant quelque 6 000 heures de travail menée par China Sou- thern Airlines sous l’œil attentif de l’EASA, a été achevée n mai – la montée en puissance de la production du C919 se traduira mécani- quement par des volumes supplémentaires pour les acteurs industriels européens. S’ils n’y prennent pas garde, et sans garde-fous, ils risquent donc d’accélérer le véritable décol- lage de l’industrie aéronautique chinoise. Cette dernière est très ambitieuse. Elle ne se contente pas de se mettre au niveau avec le C919 ou le C929, rival de l’Airbus A350. La Chine semble déterminée à passer au niveau supérieur en termes technolo- giques en misant sur l’hydrogène, à l’instar du constructeur européen qui, début 2026, a reporté d’une dizaine d’années le lancement de son avion à hydrogène, prévu initiale- ment en 2035. Du côté chinois, un premier appareil cargo autonome a effectué un premier vol d’essai début avril après que Pékin a lancé, le 16 mars, un programme pilote visant à déve- lopper l’utilisation industrielle de l’énergie hydrogène. Objectif : réduire sa dépendance au pétrole. L’hydrogène figure d’ailleurs parmi les priorités du 15 e plan quinquennal (2026-2030). Les Européens ne pourront pas dire qu’ils n’ont pas été prévenus. C.L. Après l’automobile, Pékin dominera-t-il l’aéronautique ? Le C919, l’aéronef qui pourrait concurrencer l’Airbus A320. SIPA PRESS le patronat exhorte le gouvernement Merz à réagir – même si certaines multinationales très implantées en Chine, comme BASF ou les constructeurs automobiles, jouent l’accal- mie. Même le secteur des machines-outils, jadis conquérant, demande désormais des mesures contre les pratiques chinoises jugées déloyales. En France, le Haut-commissariat à la stratégie et au plan tente, sous la houlette de Clément Beaune, d’alerter l’opinion publique. « La lucidité commande d’activer les leviers de défense commerciale », sans toutefois aller jusqu’à « l’Armageddon », plaide pour sa part Nicolas Dufourcq, patron de la Bpifrance. Voici pour le constat général. Ce qui amène à la question suivante : quelle réponse appor- ter ? La Commission aimerait pouvoir disposer de nouveaux outils, plus faciles à manier que l’instrument dit « anti-coercition », en théorie très puissant – il permet par exemple d’exclure les entreprises d’un pays des marchés publics européens – mais jamais activé à ce jour. Elle rééchit donc à un texte législatif qui pourrait obliger les entreprises à diversier leurs appro- visionnements pour ne pas se placer sous la dépendance de fournisseurs chinois. Avant de se lancer, l’institution voudrait avoir l’aval des chefs d’Etat et de gouvernement. Muscles. Les gouvernements cogitent aussi. La France et plusieurs autres pays, dont l’Italie et les Pays-Bas, ont produit n mai une note conjointe appelant à un renforcement de l’arsenal législatif face aux « pratiques com- merciales déloyales ». Là encore, la Chine n’est pas mentionnée mais le message est transpa- rent. D’autres pays, y compris parmi les moins protectionnistes, sont en train de se rallier à la nécessité de muscler les mesures défensives, sans négliger la discussion. « On peut en même temps améliorer le dialogue avec la Chine et mieux protéger notre économie », juge un di- plomate dans un pays pro libre-échange. Dans ce contexte, la position allemande sera déterminante. C’est elle qui peut dépla- cer le centre de gravité. Jusqu’ici prise dans les phares du rouleau-compresseur chinois, la première économie du continent a longtemps résisté à une riposte trop vigoureuse. Frie- drich Merz n’a pas amorcé de virage sur l’aile, ociellement du moins. A Bruxelles, les diplo- mates ont cependant constaté lors de réunions à huis clos un changement de ton chez leurs homologues allemands. « Il y a des évolutions progressives », note l’un d’eux. « L’Allemagne comprend aussi qu’il y a un problème », ajoute un autre. En face, Pékin ne semble pas disposé à mettre de l’eau dans son vin. Au contraire, les autorités chinoises ont brusquement ajourné, la semaine dernière, deux réunions prévues avec de hauts responsables européens. Au- cune explication n’a été fournie, mais cette dé- cision témoigne de la détermination chinoise à ne faire aucune concession. Le Suédois Olof Skoog, chef adjoint du ser- vice diplomatique de l’UE, devait se rendre à Pékin le 23 juin an de préparer une éventuelle visite dans la capitale chinoise de Kaja Kallas, la cheffe de la diplomatie européenne. Sa visite a été annulée, tout comme une autre réunion ministérielle UE-Chine consacrée au commerce numérique et aux questions réglementaires. Pékin a plusieurs fois menacé de répliquer lourdement en cas de raidissement de la poli- tique européenne. Et a démontré que le pays disposait de puissantes armes de riposte en instaurant l’an dernier des restrictions sur les exportations de terres rares, dont l’indus- trie européenne a un besoin vital. « Ils ont la gâchette facile », met en garde un haut diplo- mate européen, ajoutant : « Il faut savoir leur parler, jamais de manière trop directe et pas en public. » La diplomatie plutôt que les ro- domontades. Encore faut-il être « crédible », ajoute un autre, et donc discuter l’arme au poing. S’il ne fait aucun doute que le marché européen est très important pour Pékin, le pays a largement diversifié ses débouchés commerciaux ces dernières années, lui per- mettant d’amortir les chocs comme vient de le démontrer la guerre au Moyen-Orient. L’UE en revanche aura sans doute beaucoup plus à perdre dans la mesure où 10 % de ses impor- tations de Chine relèvent de catégories à forte lll Suite de la page 1 dépendance dont elle aura du mal à se sortir sans accroître ses fragilités. L’Europe est-elle piégée ? « Il faut avoir en tête le coût de l’inaction, rétorque Esther Goreichy, chercheuse associée au Mercator Institute for China Studies, un think tank basé à Berlin. Ne rien faire conduirait inévitablement à de nombreuses faillites dans des secteurs à haute valeur ajoutée, par exemple dans la cleantech ou les batteries. » La Chine n’a pas toujours mis à exécution ses menaces, rappelle en outre la chercheuse. Même si les Chinois prétendent prêter une oreille attentive aux plaintes européennes, peu d’éléments indiquent qu’ils soient disposés à y donner suite. Pékin préfère dialoguer dans un cadre bilatéral plutôt qu’avec l’UE dans son ensemble. Longtemps, les Chinois se sont d’ail- leurs délectés des divisions européennes en recevant les dirigeants du continent en le in- dienne. D’Emmanuel Macron à Friedrich Merz et Pedro Sanchez, ils ont délé dans la capitale chinoise, où Xi Jinping les a reçus avec défé- rence mais en position de force. La procession en ordre dispersé continuera-t-elle demain ? @SimonCrrd @SimonCrrd X X @Japonline @Japonline X X En 2025, l’UE a exporté pour 199,6 milliards d’euros de marchandises vers la Chine et en a importé pour 559,4 milliards d’euros, dont des voitures SIPA PRESS Entre l’Europe et la Chine, cette défiance qui monte Lorsqu’ils se rencontrent, les dirigeants européens et chinois ne manquent pas de dossiers brûlants à aborder. Parmi eux, les déséquilibres commerciaux, qui prennent des proportions existentielles pour l’industrie européenne. Mais aussi le soutien chinois à la Russie, que la cheffe de la diplomatie euro- péenne, l’Estonienne Kaja Kallas, a remis sur la table lundi. « Pékin reste un complice détermi- nant dans la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine », a-t-elle déclaré à l’issue d’une réu- nion des ministres des Affaires étrangères. Avant de verser une nouvelle pièce au dos- sier : « Nous avons pu conrmer les informations selon lesquelles l’armée chinoise aurait formé des militaires russes à combattre en Ukraine », a-t-elle accusé. Pékin et Moscou ne font pas mystère de leurs liens étroits, une « amitié sans limite » célébrée en 2022 par Xi Jinping et Vladi- mir Poutine. Mais la Chine s’est jusqu’ici gardée d’apporter un soutien militaire actif à son allié. Le ministère des Affaires étrangères a d’ailleurs réfuté les armations de Kaja Kallas. Méfiance. Il n’empêche, l’alliance sino- russe nourrit la méfiance de certains pays européens à l’égard de Pékin, parmi les pays baltes notamment. « Il surait probablement d’un appel de Xi Jinping à Vladimir Poutine pour mettre fin à la guerre », estimait le chef de la diplomatie estonienne, Margus Tsahkna, dans un entretien récent avec l’Opinion. « Ils ne voient la Chine qu’à travers ce prisme », relate un haut diplomate dans un autre pays, soucieux pour sa part de distinguer considéra- tions politiques et commerciales. L’autre point dur : Taïwan. « Si la Chine at- taque Taïwan, la France, l’Europe, les Etats-Unis et le Japon en subiront tous les conséquences. Taïwan se retrouvera dans une situation ter- rible – mais vous aussi ». C’est en ces termes que François Wu, vice-ministre taïwanais des Affaires étrangères, rappelait, la semaine passée, l’impor- tance stratégique de l’île pour les Occidentaux et La position allemande sera déterminante. C’est elle qui peut déplacer le centre de gravité Au-delà du commerce, ces sujets qui tendent les relations la nécessité pour eux de la défendre contre une éventuelle opération militaire de Pékin. La situation dans le détroit de Taïwan et la perspective d’une réunification, y com- pris par la force comme l’a laissé entendre Xi Jinping, suscitent à la fois des inquiétudes et de l’embarras du côté européen dans la mesure où les relations avec Taipei restent entravées par l’adhésion de l’Union européenne à sa poli- tique d’« une seule Chine » et par les mesures de rétorsion potentielles de Pékin. Lors des manœuvres menées par l’armée chinoise n 2025, le porte-parole du Service eu- ropéen pour l’action extérieure, le bras diploma- tique de l’Union européenne, s’est contenté de rappeler que « l’UE a intérêt à préserver le statu quo dans le détroit de Taïwan. Nous nous oppo- sons à toute action unilatérale visant à le modi- er, en particulier par la force ou la coercition ». Du côté du Parlement européen, on se montre beaucoup plus ouvert à un renforce- ment des liens avec Taïwan. En septembre der- nier, un texte intitulé Comment exploiter au maximum le potentiel de la coopération entre l’UE et Taïwan ? Que peut apprendre l’UE des Etats-Unis et d’autres acteurs ? » est venu le rappeler. Alors que Bruxelles semble décidée à engager le rapport de force commercial avec Pékin, la carte taïwanaise pourrait être brandie comme l’avaient fait les Etats-Unis pendant le premier mandat de Donald Trump et celui de Joe Biden. Mais cela avait conduit à un durcis- sement de l’attitude chinoise vis-à-vis de Taipei. S.C. et C.L. La Chine semble déterminée à passer au niveau supérieur en termes technologiques en misant sur l’hydrogène Du côté du Parlement européen, on se montre beaucoup plus ouvert à un renforcement des liens avec Taïwan 18 juin 2026 l’Opinion 3 rité. Globalement, le texte vise à compliquer la vie des personnes qui ne respecteraient pas leur obligation de quitter le territoire. Un résultat dont Bruno Retailleau pourra se prévaloir lors de son premier grand meeting de campagne, samedi au Parc floral de Paris. La fermeté vis-à-vis de l’immigration, légale comme illégale, est en effet un des principaux marqueurs du candidat LR à la présidentielle. Et ce règlement retour, une arme contre ses adversaires du bloc central dont il compte bien se servir. « Ce résultat a été obtenu grâce à Fran- çois-Xavier Bellamy et à la droite européenne, malgré bien des atermoiements, notamment de certains parlementaires français », a-t-il ain- Moment de gêne Le Parlement européen a adopté mer- credi, par 418 voix contre 218, et 30 abs- tentions , le règlement « retour » qui durcit la politique migratoire de l’UE et ouvre la voie à la création de « centres de retour » dans des pays tiers Christine Ollivier « SEND THEM BACK ! » (« renvoyez-les ! »), ont scandé mercredi les eurodéputés des bancs les plus à droite du Parlement européen pour saluer l’adoption du règlement « retour » qui durcit la politique migratoire de l’UE, et ouvre en particulier la voie à la création de « centres de retour » hors de l’Union. Soutenu par une majorité associant la droite et l’extrême droite, le texte a été largement approuvé par 418 voix contre 218, et 30 abstentions, alors que les eurodéputés macronistes s’éparpillaient entre votes pour, contre et abstention. « C’est une étape historique pour l’Europe, et la preuve que le changement est possible », s’est aussitôt félicité le chef des eurodéputés Les Républicains, François-Xavier Bellamy, qui a joué un rôle clé en œuvrant au rapproche- ment entre droite et extrême droite en tant que négociateur du texte pour le PPE (Parti popu- laire européen). si souligné mercredi sur X en visant Horizons comme Renaissance. « Le “en même temps” sur l’immigration n’est pas tenable. Il faut choisir : protéger nos frontières ou laisser faire », a assé- né Bruno Retailleau. Le candidat LR appuie là où ça fait mal. Ce durcissement sans précédent de la politique migratoire européenne met en effet dans l’embarras les élus français du groupe Renew, parmi lesquels siègent des représentants d’Edouard Philippe (Horizons) et de Gabriel Attal (Renaissance). A l’orée de la campagne présidentielle, les premiers ont identifié le piège et fait leur choix. Pas question pour le candidat Horizons de sembler manquer de fermeté face à l’immigration illégale. Ses représentants à Strasbourg, Gilles Boyer et Nathalie Loiseau, ont donc voté pour le texte mercredi, alors qu’ils s’étaient abstenus lors d’un premier vote en mars dernier. Pression. Les élus Renaissance, eux, se sont dispersés entre vote pour (Grégory Allione), contre (Fabienne Keller, Pascal Cann) et absten- tion (Valérie Hayer, Jérémy Decerle, Stéphanie Yon-Courtin). Au risque de rendre la position de Renaissance illisible, le groupe avait opté pour la liberté de vote, une position dont Gabriel Attal avait été informé. Selon son entourage, le candidat à la présidentielle n’est lui-même « pas opposé » au nouveau texte, malgré une « forte réticence » à l’égard des centres de retour. « Derrière les discours qui utilisent les mots de la droite à Paris, il y a des votes de gauche à Bruxelles », pointe François-Xavier Bellamy. Les Républicains ne cachent pas leur intention de continuer à maintenir la pression sur le bloc cen- tral et le gouvernement. « La France doit mainte- nant se saisir pleinement de ce texte : création de centres de retour et mise en œuvre effective des obligations de départ, notamment vis-à-vis de l’Al- gérie » , a ainsi averti Bruno Retailleau mercredi. @Chr_Ollivier @Chr_Ollivier X X « Après des années de déni, l’Union eu- ropéenne se dote enfin d’instruments à la hauteur des enjeux pour sortir du laxisme migratoire », s’est également réjoui sur le réseau social X le président du Rassemble- ment national, Jordan Bardella. Qu’importe que Marine Le Pen ait commencé par dénon- cer le règlement « retour » en octobre der- nier, avant que l’extrême droite européenne décide de se rallier à une nouvelle mouture avancée en mars par François-Xavier Bel- lamy et le Parti populaire européen (PPE, droite conservatrice). Cette alliance inédite a suscité l’ire de la gauche, qui a réagi mercredi au vote en scan- dant : « shame on you » (« honte à vous »). « Sous couvert d’efficacité, ce règlement banalise l’enfermement, la déportation et la criminalisation des personnes exilées, au mépris des droits fondamentaux et de la dignité humaine », s’est indignée l’eurodépu- tée LFI Rima Hassan. Piège. Ce texte, qui vient remplacer une directive de 2008, vise à améliorer le taux de reconduite aux frontières européennes. Sa me- sure la plus emblématique donne aux pays eu- ropéens qui le souhaitent la possibilité d’ouvrir des « centres de retour » dans des Etats situés à l’extérieur des frontières de l’Union euro- péenne, dans lesquels ils pourraient envoyer les migrants en situation illégale si leur pays d’origine refusait de les reprendre. Le règlement retour prévoit également un allongement des périodes maximales de ré- tention à deux ans, contre 90 jours en France actuellement, et même de façon illimitée dans le cas de personnes présentant un risque pour la sécurité. Les personnes refoulées pourront se voir notier une interdiction d’entrée sur le territoire européen pour une durée de dix ans, contre cinq aujourd’hui, et potentiellement à vie, là encore s’il existe une menace sur la sécu- UNION EUROPÉENNE Immigration : le vote européen qui réjouit Bruno Retailleau et embarrasse Gabriel Attal Les eurodéputés macronistes se sont divisés mercredi, à Strasbourg, au sujet du règlement « retour » de l’UE, soutenu par une majorité associant la droite et l’extrême droite Des eurodéputés d’extrême droite saluant l’adoption du texte au Parlement européen, à Strasbourg, mercredi. Repas de famille « Une saison 3 du macronisme, même par procuration, ce n’est pas possible », a armé mercredi Bruno Retailleau. Le président des Républicains se dit convaincu que ni Edouard Philippe ni Gabriel Attal ne trouveront grâce aux yeux des Français dans la campagne présidentielle. Matthieu Deprieck Tous Casque bleu ! A droite et au centre, élus, conseillers et cadres de parti lancent tous leur propre force de maintien de la paix avec l’espoir d’être celui qui permettra d’achever la guerre froide entre Gabriel Attal, Edouard Philippe et Bruno Retailleau. Mardi soir, Michel Barnier a posé la deuxième pierre de son mouvement « Bâtir ensemble » par lequel il veut fédérer des parlementaires de son ex- « socle commun ». Le Savoyard se voit jouer un rôle de trait d’union dans un paysage politique fragmenté. Il n’est pas le seul. Laurent Wauquiez ne ménage pas ses efforts pour être identifié comme le rassembleur d’une bonne par- tie du paysage politique. A tel point qu’il a réuni, mi-juin, des macronistes et des Républicains. Le dîner s’est tenu à la ques- ture de l’Assemblée nationale. Etaient pré- sents, outre Laurent Wauquiez, trois LR : Anne-Laure Blin, Ian Boucard et Michèle Tabarot ; un MoDem (Romain Daubié) ; cinq Ensemble pour la République, le groupe de Gabriel Attal (Guillaume Kasbarian, Anne- Sophie Ronceret, Constance Le Grip, Sébas- tien Huyghe, Jean Terlier). Constance Le Grip, Sébastien Huyghe et Romain Daubié sont d’anciens membres des Républicains. Anne-Sophie Ronceret est la suppléante de la ministre Aurore Bergé, elle-même for- mée à l’UMP. Il fallait certainement cette proximité pour que le dîner se déroule de manière apaisée. Car, côté LR, les députés invités figurent parmi les adversaires les plus résolus au macronisme. Série. Les membres du groupe de Ga- briel Attal minorent l’importance de ce dî- ner. « Heureusement que l’on se parle dans le socle commun. Depuis 2024, nous partici- pons à une coalition de fait. Ne perdons pas de vue que nos adversaires sont le RN, LFI et les antilibéraux de tous bords », explique Guillaume Kasbarian. Ce moment de com- munion était pour autant une façon de peser dans la primaire sauvage qui se joue en ce moment entre Gabriel Attal, Edouard Phi- lippe et Bruno Retailleau. Laurent Wauquiez entend faire le lien entre des élus qui feront campagne pour le futur candidat unique de la droite et qui composeront la majorité du prochain président de la République s’il est issu de cet espace politique. Ce dîner est pensé comme le premier d’une série. Il fait écho à un autre projet ré- vélé par La Tribune Dimanche . Le 8 juillet, Laurent Wauquiez souhaitait réunir tous les leaders d’un espace allant de Gérald Darma- nin à Sarah Knafo. La présence possible de - gures de l’extrême droite obère les chances de réussite d’un tel rendez-vous. L’entourage de Laurent Wauquiez dément les rumeurs d’un abandon tout en précisant que la rencontre pourrait se tenir autant avant qu’après la cou- pure estivale. @mdeprieck @mdeprieck X X Wauquiez réunit Républicains et macronistes à la même table Le président du groupe Droite républicaine à l’Assemblée nationale veut peser dans le rassemblement de la droite et du centre Vitesse ou précipitation Le pré-rapport des inspections lancées par Gérald Darmanin et Laurent Nuñez sur les dysfonctionnements des parquets et de la gendarmerie doit être rendu lundi Marie-Amélie Lombard-Latune La pression est forte, l’opinion publique attend des sanctions à la hauteur du asco constaté dans le dossier Lyhanna. Lassés de découvrir chaque jour une nouvelle plainte, un signalement oublié, contre Jérôme Barella, le suspect du meurtre de la collégienne, les Français estiment avoir compris la succession de fautes personnelles et de dysfonc- tionnements structurels ayant abouti au drame. Le rapport des inspections lancées le 3 juin doit être rendu ce lundi 22 juin. Il ne clôturera pas, loin de là, le chapitre de la mise en cause des responsabilités individuelles. « S’il devait y avoir des sanctions, elles ne seront pas prises avant plu- sieurs mois », pronostique un membre du Conseil supérieur de la magistrature (CSM). Pourquoi ce délai ? Il faut avoir en tête la pro- cédure disciplinaire pour les magistrats. Dans l’affaire de Fleurance, ce sont des membres du parquet, donc sous l’autorité du garde des Sceaux (à la différence des juges du siège) – procureurs gé- néraux de Toulouse et d’Agen, procureure d’Auch – qui sont en première ligne. Lundi, après la remise du pré-rapport d’ins- pection (qui est composée de six inspecteurs, pour moitié de l’Inspection générale de la justice, pour l’autre, de l’Inspection générale de la gen- darmerie nationale), deux possibilités s’ouvriront pour Gérald Darmanin. Soit, procédure classique, le garde des Sceaux saisit à nouveau l’Inspection pour, cette fois, une enquête administrative. Ce n’est plus le fonction- nement général des juridictions, à commencer par celles ayant été saisies de la plainte pour viols déposée par la mère de Rosa en août 2025 dite Rosa, mais bien les manquements individuels qui seraient alors examinés. Soit, procédure accélérée, Gérald Darmanin se tourne directement vers le CSM, organe dis- ciplinaire. Mais dans cette option, « le garde des Sceaux prend le risque de présenter au CSM un dossier moins solide, qui ne s’appuierait pas sur des éléments étayés par une instruction conée à l’Inspection », indique une autre source judiciaire. Risque grave. Une fois le dossier au CSM, de nouveaux délais courent. Les magistrats seraient entendus, en présence d’un avocat et/ou d’un délégué syndical s’ils le souhaitent. A l’issue de ce processus qui, en moyenne, dure plusieurs mois, le garde des Sceaux peut prendre des sanctions – elles vont du blâme à la révocation — après avoir recueilli l’avis du CSM. Un avis que les ministres successifs ont, depuis Elisabeth Guigou en 1997, l’habitude de suivre. Dans l’affaire Lyhanna, Gé- rald Darmanin a déjà laissé entendre qu’il se réser- vait la possibilité de ne pas suivre le CSM. Une autre hypothèse est ouverte : sans attendre, mais là encore avec l’avis du CSM, le ministre de la Justice peut suspendre les magis- trats en cause. Mais, en principe, cette interdic- tion temporaire d’exercer doit être motivée par un risque grave. Par exemple, un juge qui mettrait subitement en liberté des terroristes avérés ou des criminels dangereux. Pour les gendarmes, c’est le ministre de l’Intérieur, en concertation avec le Directeur général de la gendarmerie nationale, qui décide des sanctions. @ @malombard malombard X X Affaire Lyhanna : des sanctions mais pas pour tout de suite Des délais quasi incompressibles existent, quelle que soit la volonté politique d’aller vite. Il faudrait ainsi compter « plusieurs mois » « Derrière les discours qui utilisent les mots de la droite à Paris, il y a des votes de gauche à Bruxelles », critique François-Xavier Bellamy 4 l ’Opinion 18 juin 2026 Sans concession Le 18 février, Claude Raynal et Jean-François Husson avaient révélé que 13 324 foyers redevables de l’impôt sur la fortune im- mobilière (IFI) avaient un impôt sur le revenu faible ou nul Marc Vignaud A quel point les plus fortunés échappent-ils à l’impôt ? Le rapport des deux têtes de la Com- mission des nances, le PS Claude Raynal et le LR Jean-François Husson, devrait faire du bruit. Après avoir interrogé Bercy, à la suite de dé- clarations de l’ancien ministre de l’Economie et des Finances, Eric Lombard, les deux sénateurs avaient révélé que 13 324 foyers redevables de l’impôt sur la fortune immobilière avaient un impôt sur le revenu faible ou nul. En remon- tant à 2017, avant la suppression de l’impôt sur la fortune, ils ont désormais pu établir que 40692 foyers scaux, soit près de 12 % des foyers redevables à l’IFI ne payaient aucun impôt sur le revenu. Au sein des 0,001% des foyers les mieux dotés, soit 379 ménages, 38 foyers sont parve- nus au même résultat, alors que leur patrimoine médian atteignait... 71 millions d’euros. Autre enseignement majeur : sur les 13 324 foyers initiaux, seuls quelques ménages correspondent au prol de « la veuve de l’Ile de Ré » avec un patrimoine élevé mais des revenus « authentiquement faibles ». « L’optimisation du revenu fiscal de réfé- rence lui-même explique en réalité pour une part significative la faible imposition à l’IR de ces contribuables », souligne Jean-François Husson. L’utilisation des réductions et cré- dits d’impôt joue un rôle marginal dans cette mécanique. Les trois quarts des foyers scaux qui parviennent à effacer l’impôt par ce biais achent en effet un revenu scal de référence déjà faible par rapport à leur patrimoine, infé- rieur à 5555 euros. Train de vie. Selon Bercy, trois méca- nismes, parfaitement légaux, jouent. 22 % des 13324 foyers étudiés réduisent leur revenu scal de référence de plus de 2000 euros grâce à l’im- putation de charges déductibles ou de décits fonciers. Le second mécanisme consiste à pla- cer des revenus dans des sociétés holding, sujet qui a occupé les débats pendant l’examen du projet de loi de nances 2026. Le dernier levier permet de réduire son impôt grâce aux amor- tissements liés à la location meublée, y compris type Airbnb (déduction des revenus imposables d’une fraction du prix d’achat chaque année). Au cours de leurs auditions, les parlemen- taires ont repéré d’autres techniques permettant aux plus riches de réduire leur revenu impo- sable. D’abord en faisant prendre en charge des dépenses personnelles par les sociétés qu’ils détiennent. Ensuite, en empruntant de l’argent à une banque pour nancer son train de vie, grâce aux prêts lombards (rien à voir avec l’ancien mi- nistre) grâce à des actions d’une société détenue déposées en garantie. La troisième technique consiste à passer par des sociétés holding. Bercy a pris l’exemple d’une société ayant versé 130 millions d’euros de dividendes chacun à quatre membres d’une même famille. Les deux premiers, ayant eu recours à une holding, ont acquitté respective- ment un taux global de 2,2 % d’impôts et 4,5 %. Les deux autres ont payé 33%! Les sénateurs ont également identié le ré- gime d’apport-cession, une technique utile, qui permet « de placer en report d’imposition des plus-values de cession dans le cas d’une opéra- tion d’apport de titres ». Ce dispositif connaît une augmentation exponentielle et s’avère très concentré : 84 ménages totalisent les deux tiers du montant des plus-values mises en report ! Enn, les pactes Dutreil, qui prévoient une exonération de droits de succession ou de do- nation sur la valeur des titres d’une entreprise, sont également pointés du doigt parce qu’ils permettent d’inclure des biens non affectés à l’activité professionnelle. Revenu de référence. Les deux sénateurs déplorent le manque de données permettant de dresser une photographie des hauts patri- moines. Ils veulent donc combler ce retard avant de décider d’éventuelles mesures scales correc- trices. « Une véritable boîte noire s’est refermée, depuis une vingtaine d’années, sur le patrimoine des ménages, et plus encore sur les patrimoines les plus élevés », a regretté Claude Raynal, poin- tant la perte de connaissance depuis la suppres- sion de l’ISF en 2017 par Emmanuel Macron. Ils recommandent donc de mener une enquête statistique régulière sur les hauts pa- trimoines et de constituer une base « de don- nées successorales individuelles ». « C’est un angle mort majeur, a souligné Claude Raynal, alors que se prépare la “grande transmission” du patrimoine des baby-boomers, estimée à 9 000 milliards d’euros dans les quinze pro- chaines années. » Les sénateurs veulent également que l’admi- nistration puisse exploiter les déclarations de transmission dressées par les notaires, via leur numérisation complète à horizon 2029 et non en 2033. Actuellement, elles sont transmises à l’administration scale... sur papier. Aussi éton- nant que cela puisse paraître, celle-ci ne réper- torie pas non plus l’intégralité des pactes Dutreil. Les deux sénateurs recommandent que les intermédiaires nanciers, comme les banques, déclarent non seulement les revenus du capital de leurs clients, mais aussi l’encours détenu par type d’actifs. Parmi leurs propositions, figure la créa- tion d’un nouveau revenu de référence, à côté du traditionnel revenu fiscal de référence (RFF) qui sert de base de calcul à l’impôt. Il indiquerait le « revenu économique », incluant 222 types de revenus aujourd’hui exclus de l’assiette du RFF, comme les plus-values immo- bilières ou les revenus des Plans épargne en actions (PEA). Il inclurait surtout les revenus non distribués des entreprises contrôlées par les contribuables. Nul doute que le sujet de la taxation des riches reviendra hanter les débats budgétaires de 2027. Au risque, comme le dit Jean-François Husson, de donner prise à « des discours très populistes ». @mvignaud @mvignaud X X Comment le Sénat cible la « boîte noire » des grandes fortunes Au total, 40 692 foyers fiscaux français, soit près de 12 % des foyers redevables à l’IFI, ne paieraient aucun impôt Envers et contre tous Le conseil fédéral des Ecologistes a adopté une motion prévoyant l’exclusion de tout membre apportant son soutien à une autre candidature que celle de Marine Tondelier à l’élection présidentielle . Une mesure de rétorsion qui pourrait notam- ment s’appliquer à Yannick Jadot, désormais proche de Raphaël Glucksmann, mais aussi Sandrine Rousseau, qui n’exclut pas de re- joindre Jean-Luc Mélenchon en 2027. Interview Antoine Oberdorff On l’a appris ce week-end, vous êtes sous le coup d’une menace d’exclusion votée par le conseil fédéral des Ecologistes. Il vous est reproché d’avoir participé au meeting de Raphaël Glucksmann à Aubervilliers, le 13 juin. Vous sentez-vous toujours appartenir à cette famille politique ? Vu les enjeux de 2027 pour notre pays, ce n’est pas ma carte d’adhérent qui va xer mon engagement politique. Je suis et je reste écolo- giste. Une purge n’y changera rien. Si la direc- tion nationale pense que la meilleure chose qu’elle ait à faire est d’exclure le candidat qui a obtenu le plus de voix dans l’hist