Commentaires de Jean 3,14-16 Interprétation à la lumière des enseignements de Claude Tresmontant, René Girard et Jean-Claude Lozac’hmeur Un passage énigmatique de l'évangile de Jean Jn 3, 14-16 14 et de même que môscheh a élevé le serpent dans le désert ainsi il sera élevé le fils de l'homme 15 afin que tout homme qui est certain de la vérité [qui est] en lui à lui soit la vie éternelle 16 car ainsi il a tant aimé dieu le monde de la durée présente que le fils l'unique et le chéri il l'a donné afin que tout homme qui est certain de la vérité [qui est] en lui ne périsse pas mais qu'à lui soit la vie de la durée à venir La source dans la torah En Jean 3,14 Jésus fait allusion à un passage très célèbre de la torah, en Nombres 21 : Nb 21,4-9 4 Ils quittèrent Hor-la-Montagne par la route de la mer des Roseaux en contournant le pays d’Édom. Mais en chemin, le peuple perdit courage. 5 Il récrimina contre Dieu et contre Moïse : « Pourquoi nous avoir fait monter d’Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir dans le désert, où il n’y a ni pain ni eau ? Nous sommes dégoûtés de cette nourriture misérable ! » 6 Alors le Seigneur envoya contre le peuple des serpents à la morsure brûlante, et beaucoup en moururent dans le peuple d’Israël. 7 Le peuple vint vers Moïse et dit : « Nous avons péché, en récriminant contre le Seigneur et contre toi. Intercède auprès du Seigneur pour qu’il éloigne de nous les serpents. » Moïse intercéda pour le peuple, 8 et le Seigneur dit à Moïse : « Fais-toi un serpent brûlant, et dresse-le au sommet d’un mât : tous ceux qui auront été mordus, qu’ils le regardent, alors ils vivront ! » 9 Moïse fit un serpent de bronze et le dressa au sommet du mât. Quand un homme était mordu par un serpent, et qu’il regardait vers le serpent de bronze, il restait en vie ! Comme beaucoup d’autres ce passage est resté mystérieux jusqu’à aujourd’hui. Nous allons tenter de l’interpréter à partir des enseignements de Tresmontant, Girard et Lozac’hmeur. Comment interpréter ce passage de la torah ? Le serpent dans la torah représente à la fois l'animal rampant que l'on sait et – mais nous ne pouvons le comprendre que depuis fort peu – le cerveau reptilien qui contient toutes les programmations animales des animaux supérieurs et donc aussi de l'homme. En quoi ces programmations animales peuvent-elles infliger de brûlantes morsures conduisant à la mort ? Le peuple récrimine contre Dieu et contre Moïse, ce qui signifie qu'il rejette Dieu et ses commandements et que chacun se met librement et volontairement sous la domination de son cerveau reptilien. Et ce faisant chaque sujet frustre son désir ontologique de perfection et de divinisation. Car comme tout humain chaque Hébreu a la certitude absolue de n'être ni parfait, ni divin. Mais en rejetant Dieu chaque Hébreu a fait de la nature humaine son dieu. C'est donc chez ses congénères humains que chaque Hébreu guettera les indices de possession de cette divine perfection à laquelle il aspire et dont il se sait dépourvu. Et c’est pourquoi le désir ontologique devient envieux. Et donc ces brûlantes morsures du serpent peuvent être interprétées comme les brûlantes morsures de l'envie qui conduisent à la rivalité et de là à l'affrontement. D'où les blessures et les morts. Comment Dieu résout-il le problème ? Dieu demande à Moïse de réaliser un emblème représentant un serpent cloué sur un bâton, un serpent sacrifié. Par là Dieu indique aux Hébreux que c'est le sacrifice du cerveau reptilien, de l'animalité par la pratique des commandements qui sauvera l'humanité. Mais pour l'instant le peuple hébreu ne peut pas le comprendre. Par contre il comprend que le serpent est le bouc émissaire dont la mort répand la divine perfection sur lui. Et en contemplant ce serpent crucifié il est apaisé, il ne ressent plus les morsures de l'envie, pour un temps du moins. Et le serpent est élevé comme dieu. Le peuple hébreu n'a pas compris du moins du temps de Moïse. Car 1500 ans (environ) après cet épisode de l’histoire sainte Dieu s'incarne en Jésus. L’incarnation Il a fallu toute l'histoire du peuple hébreu depuis Abraham (environ 1900 avant JC) pour qu'un couple de saints engendre en état de sainteté une femme sainte, Mariam, elle- même promise à un saint, Joseph, une femme qui accepterait de devenir la mère de Dieu. Et c’est pourquoi Dieu a pu s’unir Jésus dans le Parler dès sa conception. Jésus est libre de la faute originelle Issu par sa nature humaine d’une lignée de saints Jésus est né libre de la faute originelle. La faute originelle est une certitude de la vérité (une foi disent les curés) dans la nature humaine. Cette foi est héritée par l’éducation familiale et sociale et par la pratique religieuse. Et une lignée sainte place en Dieu seul la certitude de la vérité. C’est pourquoi Jésus a compris l'enseignement donné par Dieu à Moïse. Il a compris que le serpent n'est pas dieu, en aucun cas, grosse balourdise païenne des Hébreux ! Le sacrifice du serpent, son clouage sur un bâton c'est le sacrifice de la propre chair de Jésus. Par chair il ne faut pas entendre la viande mais l'âme, l'esprit, la totalité de la personne de Jésus. C'est en sacrifiant sa chair (sa nature humaine, sa personne, son être), que Jésus pourra renaître de l'Esprit et atteindre sa divine perfection de Dieu. Et il nous le dit : c'est par le sacrifice de sa personne que Jésus est élevé donc devient Dieu. Il devient Dieu et Fils de Dieu pour son Père l’Unique Incréé. L’effet du sacrifice de Jésus sur la croix sur ceux qui l’ont tué Mt 27,54 54 et le chef de cent [soldats] et ceux qui étaient avec lui et qui gardaient ieschoua ils ont vu le tremblement de terre et tout ce qui est arrivé et ils ont eu très peur et ils ont dit véritablement le fils de dieu il était celui-ci Mc 15,39 39 et il l'a vu le centurion qui se tenait debout en face de lui qu'il avait crié ainsi et que son âme était sortie de lui et il a dit c'est certainement vrai que cet homme c'est le fils de dieu Lc 23,47 47 et il a vu le chef de cent soldats ce qui est arrivé et il a glorifié dieu et il a dit vraiment cet homme c'était un juste Les évangiles synoptiques ont noté que les soldats qui ont crucifié Jésus ont eu la certitude qu’il est dieu immédiatement après sa mort. Comment expliquer cette conversion foudroyante ? Selon Girard il s’agit là d’une programmation animale extrêmement puissante qui transforme, au sein d’un groupe déchiré par une crise envieuse et haineuse parvenue à son stade suprême et collectif, la certitude pour chaque sujet que chacun des autres détient la divinité qui se dérobe à lui en certitude collective que seul le bouc émissaire détient cette divinité tant désirée. Et la programmation animale pousse le groupe à lyncher le bouc émissaire et lui donne la certitude pour un temps relativement court que la mort du bouc émissaire a libéré sur le groupe la divinité. La haine envieuse due à la frustration du désir mimétique disparaît : le groupe est en paix, avec la certitude pour chaque sujet d’être divin de manière individuelle, en tant que sujet, et collective en tant que membre du groupe. Et le bouc émissaire qui est la source de la divinité est perçu comme dieu, dieu mauvais de son vivant car il confisquait à son profit la divinité et bon après sa mort, puisqu’il a donné sa divinité au groupe des lyncheurs. C’est cette programmation animale qui agit pour donner à ses lyncheurs la certitude que Jésus est dieu. Et tout homme qui se reconnaît coupable du lynchage de Jésus partage cette même certitude. Et c’est cette certitude qui rend possible le salut de l’homme. Jn 3, 15-16 15 afin que tout homme qui est certain de la vérité [qui est] en lui à lui soit la vie éternelle 16 car ainsi il a tant aimé dieu le monde de la durée présente que le fils l'unique et le chéri il l'a donné afin que tout homme qui est certain de la vérité [qui est] en lui ne périsse pas mais qu'à lui soit la vie de la durée à venir Cela signifie-t-il que c’est une programmation animale imposée par le Parler à tout homme qui donne le salut ? Si tel était le cas alors le salut pourrait être imposé. Or ce n’est pas le cas. De même que Jésus a sacrifié librement et volontairement sa chair pour atteindre sa perfection de Dieu, Fils de Dieu, en renaissant par et dans l’Esprit, l’homme doit sacrifier sa nature humaine pour devenir « un dieu, un fils du Très-Haut » – Psaumes 81,6 (82,6). Mais alors comment le sacrifice du Christ fonctionne-il sur nous, êtres humains ? La faute originelle est une certitude en la divinité de la chair, de la nature humaine. Cette certitude qui possède l’esprit humain est tellement forte que seuls quelques êtres humains parviennent avec l’aide de Dieu à s’en libérer : le prophète, quelques cohanim, quelques rois, quelques justes au sein du peuple. Mais l’immense majorité est possédée par la certitude de la vérité (la foi) dans le cerveau reptilien (le serpent) et ses programmations animales (l’arbre de la connaissance du bien et du mal). Le sacrifice de Jésus sur la croix donne à ses lyncheurs et à tous ceux qui s’en reconnaissent coupables la certitude que Jésus est dieu. Or le sacrifice de Jésus sur la croix l’a uni au Père non seulement dans le Parler mais aussi dans l’Esprit. Le Juif ou le Goï qui fait de Jésus son dieu par son sacrifice sur la croix est désormais possédé non plus par la certitude de la vérité en la chair, mais par la certitude de la vérité en l’Esprit. Les deux possessions L’homme peut être possédé par la certitude (la foi) en la chair ou en l’Esprit. Mais les deux possessions ne sont pas similaires. La possession par la certitude de la vérité en la chair est totalitaire et il est extrêmement difficile de s’en extraire, même avec l’aide de Dieu. Par contre la certitude de la vérité en l’Esprit restaure la plénitude de la liberté de choisir le bien ou le mal. Et l’Esprit (c’est Dieu qui propose à l’homme l’information créatrice qui le métamorphosera en un dieu, fils du Très-haut) instruit l’homme de la finalité de la création : l’union de l’Unique Incréé et de la créature humaine dans l’Esprit. Cette union est réalisée en, par et avec Jésus. Et donc l’homme libéré de l’aliénation que constituait la certitude de la vérité en la chair peut désormais choisir l’Esprit en recevant, assimilant et pratiquant avec l’aide de Dieu les programmations spirituelles qui s’opposent frontalement aux programmations animales. Et c’est justement cela le sacrifice que Dieu attend de nous. C’est au cours de cette lutte commune contre les programmations animales que se forge l’union de la créature humaine au Père, au Fils et aux autres saints dans l’Esprit. Le risque de la perdition Mais la possession par l’Esprit n’est pas totalitaire : elle respecte la liberté de conscience de chacun, elle laisse l’esprit humain libre de choisir les commandements proposés par l’Esprit ou les programmations inscrites dans le cerveau reptilien par le Parler. Et il peut arriver que celui qui est possédé par l’Esprit rejette librement et volontairement tout ou partie de l’enseignement de Dieu et de ses commandements. Et ce faisant il se replace librement et volontairement sous la possession de la certitude en la chair, il perd la certitude de la vérité en Jésus. Et cette terrible rechute dans la possession par la certitude en la chair le Christ en parle ainsi : Mt 12,43-45 43 lorsque l'esprit impur est sorti de l'homme il parcourt les lieux arides et il cherche un endroit pour se reposer et il ne [le] trouve pas 44 alors il [se] dit dans ma maison je vais retourner celle dont je suis sorti et il arrive et il la trouve inoccupée balayée et arrangée 45 alors il y va et il prend avec lui sept autres esprits encore plus mauvais que lui ils y entrent et ils y habitent et elle est la condition ultérieure de cet homme pire que sa condition première ainsi il en sera aussi pour cette génération mauvaise Lc 11,24-26 24 et lorsque l'esprit impur est sorti de l'homme [il s'en va et] il erre dans les lieux arides et il cherche le repos mais il n'en trouve pas et alors il dit je vais retourner dans ma maison d'où je suis sorti 25 et il revient et il [la] trouve bien nettoyée et décorée 26 et alors il s'en va et il prend avec lui d'autres esprits encore plus mauvais que lui [il en prend] sept et ils entrent et ils habitent là et alors la condition de cet homme celle d'après est pire qu'au commencement Dans le langage biblique le chiffre sept symbolise la perfection, l’aboutissement final, aussi bien du bien que du mal. Et quand Jésus évoque la possession par sept autres esprits il veut dire que la rechute dans la certitude en la chair mène à un paganisme infiniment pire que les antiques paganismes. Et c’est ce qui se passe actuellement en Occident où l’on constate que le rejet du Christ mène ceux qui furent chrétiens à l’autodestruction et la damnation par le mondialisme, le wokisme, l’écologisme et le féminisme. Le rôle du mouquérisme De tous les maux et les mots qui affligent notre époque le mouquérisme a, semble-t-il, été le premier, celui dont découlent tous les autres, celui qui dénonce sans relâche les civilisations, cultures et sociétés monothéistes sous l’appellation aujourd’hui infamante de patriarcat oppresseur. Tel est peut-être le sens de la très célèbre prophétie contenue en Genèse 3 : Gn 3,1-6 1 Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que le Seigneur Dieu avait faits. Il dit à la femme : « Alors, Dieu vous a vraiment dit : “Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin” ? » 2 La femme répondit au serpent : « Nous mangeons les fruits des arbres du jardin. 3 Mais, pour le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : “Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez.” » 4 Le serpent dit à la femme : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! 5 Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » 6 La femme s’aperçut que le fruit de l’arbre devait être savoureux, qu’il était agréable à regarder et qu’il était désirable, cet arbre, puisqu’il donnait l’intelligence. Elle prit de son fruit, et en mangea. Elle en donna aussi à son mari, et il en mangea. Bien entendu cela n’exonère pas l’homme blanc occidental de sa responsabilité dans le reniement de la foi en Jésus. Dans ce mâschâl (un mâschâl – pluriel meschalim – est une comparaison, une analogie) de Genèse 3 le serpent est le cerveau reptilien, l’arbre de la connaissance du bien et du mal représente les programmations animales contenues dans le cerveau reptilien et le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal est la pratique de ces programmations animales. Cette pratique s’oppose frontalement à la pratique des commandements résumée par : « Vous n’en mangerez pas (du fruit), vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez. » La manducation représente l’assimilation par l’esprit de l’homme des programmations animales. Ha-adam signifie en hébreu l’homme ou l’humanité. La mort dont parle Genèse 1,3 n’est pas la mort naturelle que tous nous connaîtrons mais la mort spirituelle, la seconde mort, la damnation. Le sens du mâschâl est clair : c’est par sa conversion à la religion issue de la faute originelle que la mouquère a initié la mutation de ce qui fut la Chrétienté occidentale blanche en société sataniste dressée avec haine contre Dieu, son Fils, son Église et même l’humanité entière. Mais ne faisons pas de la mouquère le bouc émissaire du mal extrême qui nous ronge et nous détruit car tous nous sommes coupables de cette rechute dans l’archaïque religion issue de la faute originelle. Existe-t-il d’autres passages dans l’évangile de Jean qui confortent l’interprétation que les travaux de Tresmontant, Girard et Lozac’hmeur permettent de donner de Jean 3,14-17 ? D’autres passages Jn 7,37-39 37 et il advint dans le jour qui venait après le grand [jour] de la fête il se tenait debout ieschoua et il a crié et il a dit si quelqu'un a soif qu'il vienne vers moi et qu'il boive 38 celui qui est certain de la vérité [qui est] en moi comme le dit l'écriture des fleuves de son ventre s'écouleront [des fleuves] d'eaux vivantes 39 cela il le disait au sujet de l'esprit qu'ils allaient recevoir ceux qui sont certains de la vérité [qui est] en lui car il n'était pas encore [communiqué] l'esprit parce que ieschoua il n'avait pas encore été glorifié Comme on le voit dans ce passage pour que l’Esprit puisse être communiqué à l’humanité, il faut que Jésus soit glorifié, c’est-à-dire transformé par sa crucifixion en Fils parfait uni au Père dans le Parler et dans l’Esprit et en dieu pour tous ceux qui ont communié dans son lynchage. Jn 8,28 28 alors il leur a dit ieschoua lorsque vous élèverez le fils de l'homme alors vous connaîtrez que c'est moi et de mon propre coeur je ne fais rien mais comme il m'a enseigné le père c'est cela que je dis « Lorsque vous élèverez le fils de l’homme » signifie clairement lorsque vous en ferez Dieu Fils du Très-Haut pour Dieu et un dieu pour ceux qui l’ont lynché et tous ceux qui se sont reconnus coupables de sa mort. Jn 12,23-25 23 et il leur a répondu ieschoua et il a dit il est venu le temps qu'il soit glorifié le fils de l'homme 24 amèn amèn je vous dis s'il ne tombe pas dans la terre le grain de blé et s'il ne meurt pas alors il reste seul mais s'il meurt alors il porte beaucoup de fruit 25 celui qui aime son âme la perdra et celui qui hait son âme dans ce monde de la durée présente pour la vie de la durée à venir il la gardera Jésus enseigne dans le passage ci-dessus la nécessité du sacrifice de l’âme ou, ce qui revient au même dans le système métaphysique des Hébreux, de la chair. Jn 12,31-33 31 c'est maintenant le jugement du monde de la durée présente maintenant le prince du monde de cette durée présente est jeté dehors 32 et moi si je suis élevé [et enlevé] d'au-dessus de la terre tous les hommes j'attirerai vers moi 33 il a dit cela pour faire connaître de quelle mort il allait mourir Ce dernier passage se passe de tout commentaire tant il est clair.