UE: Bardella rassure, les ambiguïtés du RN perdurent Le président du parti a beau donner des gages à Bruxelles, le parti ne parvient pas à lever les doutes sur certains sujets Page 3 SpaceX en Bourse : en restera-t-il pour les autres ? L’impressionnante entrée à Wall Street de la société laisse craindre que les investisseurs se détournent de certains secteurs Page 4 La carotte Une sorte de « bonus-malus ». Voilà ce que Sébastien Lecornu a annoncé pour la préparation du budget 2027, grâce au recours à l’IA. « L’intelligence arti- cielle est une méthode de transforma- tion de l’Etat », a considéré le Premier ministre en annonçant lui-même les initiatives de son gouvernement pour diffuser son utilisation dans la fonction publique. « Chaque ministère devra démontrer comment il utilise l’intel- ligence artificielle, pour simplifier les démarches, améliorer le service rendu aux Français et réduire les tâches inu- tiles, notamment pour nos propres agents », a-t-il prévenu. Les ministères les plus en pointe seront récompensés dans les arbi- trages budgétaires. « L’Etat doit ré- compenser l’innovation, encourager l’efficacité, l’Etat ne financera plus l’immobilisme. Il doit financer sa propre transformation », argumente le locataire de Matignon. « Chaque heure gagnée grâce à l’intelligence artificielle est une heure rendue aux Français, chaque procédure simpli- ée est une liberté retrouvée, chaque économie réalisée est une ressource supplémentaire pour nos priorités. » Parmi ses annonces phares, gurent 655 millions d’euros d’investissements supplémentaires dans l’IA au travers du plan – pourtant raboté en 2026 – France 2030. Mais attention à la com- munication. Destinés à développer des giga-fabriques d’IA, ces crédits courent sur quatre ans. Quant au remplacement du spécialiste de la cyberintelligence américain Palantir par la société fran- çaise ChapsVision dans le cadre d’un contrat avec la DGSI, cela ne pourra se faire que dans un à trois ans puisque le contrat vient d’être renouvelé. Autre exemple : le gouvernement se félicite de l’expérimentation à venir d’un outil d’IA pour répondre aux usagers et épauler les agents des maisons France Services. Sans s’étendre sur l’échec de la mouture précédente, baptisée Albert : défail- lante, elle a été enterrée. Marc Vignaud @mvignaud @mvignaud X X IA dans l’administration : vers un bonus pour les ministères innovants Charges patronales : la proposition choc de deux économistes Antoine Bozio et Etienne Wasmer proposent de repenser les allègements qui concernent le smic et les jeunes Page 5 3’:HIKKLB=]UXUUV:?k@q@b@h@a"; M 00118 - 617 - F: 3,00 E Retour vers le futur Les inspections saisies des dysfonctionnements de la justice dans le traitement des plaintes visant Jérôme Barella, suspecté du meurtre de la collégienne du Gers, rendront leur rapport lundi 22 juin. Marie-Amélie Lombard-Latune table en armant, dans Le Parisien , que le ministre de la Justice « devrait pouvoir donner des instructions individuelles » aux procureurs. Instructions indivi- duelles : deux mots, d’apparence ano- dine, mais qui résonnent dans le monde judiciaire. « En évoquant le sujet, vous me rajeunissez ! », s’amuse un procureur général. Dès son discours de Marseille, le 17 mai dernier, l’ancien Premier ministre et candidat à la présidentielle avait bien identifié ce nœud gordien d’une jus- tice dotée d’un « chef » politique sans véritables pouvoirs sur ses troupes du parquet, dépourvu des moyens de faire appliquer sa politique pénale. Une posi- tion partagée, selon nos informations, lll Page 2 KAK « J’aurais dû faire un communiqué di- sant : “Bonjour, je suis ministre de la Jus- tice mais je ne sers à rien. Adressez-vous au ministre de l’Intérieur” ? C’est cela ? » Devant la commission des lois du Sénat, ce 9 juin, en pleine tempête sur l’affaire Lyhanna, Gérald Darmanin ne cache pas son agacement. Oui, se justie-t-il, il a pris ses responsabilités ; aux Français, il a présenté ses excuses « au nom de la justice ». Mais oui, trois fois oui, la vérité est qu’en France, en 2026, le garde des Sceaux est un roi nu. Après tout, quand il était place Beauvau, n’avait-il pas pu, à l’inverse, « virer sept préfets » ? C’est Edouard Philippe qui, di- manche dernier, a mis le débat sur la Affaire Lyhanna Faut-il serrer la vis à la justice ? Adresser des instructions individuelles aux procureurs? « Chiche », répondent plusieurs politiques et même des magistrats. Le meurtre de la collégienne continue de secouer le monde judiciaire La France suffoque sous une nou- velle vague de chaleur, mais sur le front de l’hiver démographique, le dégel attendra. Il n’y a pas dix jours, le Conseil d’orientation des retraites alertait : la baisse de la natalité, au plus bas depuis la Seconde Guerre mondiale, menace plus que jamais notre modèle social. Et voilà que l’Institut des politiques publiques nous apprend que les plus grands perdants du budget 2026 sont... les familles nombreuses ! A trois enfants et plus, votre niveau de vie reculera de 0,4% cette année si vous êtes en couple, et de 1,3% pour un parent seul. Avec des incitations pareilles, le « réarmement démographique » tient de l’opération kamikaze ! Manifestement, la méta- phore de la pyramide des âges en kebab ne frappe guère les esprits. Peut-être aurait-il fallu trouver forme plus inquié- tante (fusée SpaceX ? termitière?). En attendant, les couples « no kids » ayant opté pour la vasectomie ont les honneurs du journal télévisé et la classe politique regarde le sujet sans y toucher. Pour ne prendre qu’un exemple, le mot « démographie » n’apparaît pas une seule fois dans le livre de Raphaël Glucks- mann, Nous avons encore envie (sic !). La gauche et une partie du centre voient la famille comme un archaïsme, et des idéologues martèlent que les politiques familiales ne servent à rien. Pire, toute velléité nataliste relèverait d’un conser- vatisme rance digne de la Hongrie d’Or- ban. Elle ne serait d’ailleurs que le para- vent de la xénophobie, puisqu’elle irait de pair avec le refus d’une immigration sans limite qui serait selon eux la solution à tous les maux démographiques. De quoi tétaniser plus d’un présidentiable! Malheur aux familles : les enfants ne votent pas et une mère célibataire pèsera toujours deux fois moins de voix qu’un couple de retraités. Ce sont pourtant bien eux qui paieront demain le déni collectif d’aujourd’hui. Gauthier Vaillant @gauthvaillant @gauthvaillant X X La natalité baisse, les familles payent par Bruno Retailleau dont le projet pré- sidentiel prévoit de rendre au garde des Sceaux « la faculté de donner des instruc- tions individuelles, écrites, motivées et versées au dossier ». Système bancal. Mais « instruc- tions individuelles » rime aussi avec « justice aux ordres », du moins avec opacité. C’est là le danger, le retour d’un pouvoir politique accélérant dis- crètement les procédures contre ses adversaires, retardant celles visant ses amis. Voire, le Rassemblement national installé à l’Elysée, le risque de consignes très orientées. L’idée fait pourtant son chemin, tant le système actuel est bancal. D’un côté, une « autorité judiciaire », qui a de plus en plus de pouvoirs, mais sans un parquet totalement indépendant. De l’autre, un garde des Sceaux qui doit assumer la responsabilité politique de décisions sur lesquelles il n’a pas vrai- ment prise. Or, le corollaire de l’auto- rité n’est-il pas la responsabilité ? « En arrivant place Vendôme, les gardes des Sceaux réalisent tous qu’ils n’ont pas de boutons sur lesquels appuyer pour mettre en œuvre leurs priorités », raconte le procureur géné- ral déjà cité. Le « bouton » des instruc- N° 3280 DATÉ DU 17 JUIN 2026 3 € La France prête à s’affairer à Ormuz L’accord entre l’Iran et les Etats-Unis pour rouvrir le détroit rend son déminage possible et la France compte y participer. Par anticipation, la Marine nationale a réuni des navires dans la région et s’apprête à déployer du matériel inédit. Une opération que le monde va scruter. Page 6 AMIRHOSEIN KHORGOOI/AP/SIPA PRESS Comment l’ombre d’un accord avec l’Iran a plané sur l’anniversaire de Trump Notre cahier exclusif 2 l’Opinion 17 juin 2026 tions individuelles aurait-il permis d’éviter ou de limiter les errements du dossier Lyhanna ? L’histoire ne s’écrit pas a posteriori mais les partisans de telles instructions jugent qu’elles auraient pu permettre aux informations alar- mantes sur le prol de Jérôme Barella de re- monter à Paris et de tenir la bride plus courte au procureur d’Auch et aux gendarmes de Lescoure, dans le Gers. Ce qui est loin d’être évident dans le ot ininterrompu de violences sexuelles sur mineurs, y compris d’affaires gravissimes. Contradiction. Depuis la réforme de 2013, portée par Christiane Taubira, les instructions individuelles, déjà proscrites depuis Elisabeth Guigou dès 1997, sont interdites. Les interven- tions de gardes des Sceaux de tous bords, du so- cialiste Henri Nallet pour l’affaire Urba au chira- quien Jacques Toubon pour celle de la mairie de Paris, avaient fait des dégâts. Des décennies durant, on s’est moqué d’un pouvoir qui avait expédié un hélicoptère récupérer un procureur en pleine ascension dans l’Himalaya an de re- tarder les poursuites contre les époux Tiberi. Autres temps... L’heure fut ensuite à « l’indé- pendance » et aux opérations Mains propres contre les politiques. Mais cette n des instructions individuelles n’a jamais vraiment emporté l’adhésion des politiques, de droite comme de gauche, conscients de se lier les mains. « Faites un sondage parmi les députés. Vous en aurez 570 pour dire qu’il faut revenir aux instruc- tions individuelles », assure un familier de la place Vendôme. Garde des Sceaux de 2016 à 2017, Jean- Jacques Urvoas ne biaise pas : « J’ai vécu comme une impuissance, voire une contradiction, de diriger la politique pénale sans en avoir les réels moyens. Les circulaires relèvent du pouvoir de conseil du ministre mais ne lui donnent aucun pouvoir de direction ». A fortiori, quand les textes signés par le ministre sont fourre-tout ou égrènent des lieux communs. Il est, cependant, illusoire d’imaginer qu’au prétexte d’instructions individuelles, la Chancellerie sera en mesure de tout contrôler dans les 36 cours d’appel et 164 tribunaux ju- diciaires de France. L’affaire Lyhanna en a été lll Suite de la page 1 l’illustration. C’est moins l’absence d’ordres écrits qui est regrettable que le défaut d’im- pulsion politique qui devrait pourtant s’exer- cer sur la fameuse « chaîne pénale ». Du bu- reau du garde des Sceaux jusqu’au substitut d’une petite juridiction. Avant la réforme de 2013, installée place Vendôme, une tour de contrôle exerçait une veille permanente sur les dossiers brûlants. L’idée de réarmer le ministre a cepen- dant sa contrepartie : la responsabilité poli- tique. En cas de fiasco, c’est à juste titre que les regards se tourneraient vers le garde des Sceaux. Sans compter la tendance naturelle à se planquer derrière le chef. La Chancellerie risquerait d’être inondée de sollicitations car les membres du parquet demanderont à leur tour des instructions pour se couvrir. « Il m’est arrivé de constater que certains magistrats ne rechignaient pas à ouvrir large les parapluies », euphémise Jean-Jacques Urvoas. Ere du soupçon. Le retour de bâton pour- rait être sévère, l’ère du soupçon permanent planer à nouveau sur le pouvoir en place. Le tripatouillage serait forcément présumé pour les dossiers Le Pen, Sarkozy ou même Edouard Philippe, mis en cause au Havre. Déjà, des cor- rectifs sont apportés. Les instructions seraient « écrites et publiques » (Edouard Philippe), les infractions politico-financières seraient exclues (Guillaume Larrivé). « A l’époque des instructions, les magis- trats appréciaient que le politique assume son rôle. Depuis 2013, c’est un déficit de respon- sabilité qui a irrigué tout le monde judiciaire. D’ailleurs, rien n’empêche les procureurs gé- néraux de donner des instructions à leurs par- quets. Peu le font », relève le procureur général qui a du métier. La question des liens entre pouvoir poli- tique et autorité judiciaire est loin d’être épui- sée. A qui revient in fine de nommer et sanc- tionner les magistrats du parquet ? Le Conseil supérieur de la magistrature doit-il être réfor- mé pour éviter tout corporatisme, voire rem- placé par « une cour disciplinaire » comme le préconise Bruno Retailleau ? Quel avenir pour la révision constitutionnelle qui, elle, prévoit au contraire une indépendance accrue du par- quet, totem de la gauche qui veut « couper le cordon », mais est restée au milieu du gué, sans majorité pour la voter ? Un projet que Gérald Darmanin reprend aujourd’hui à son compte, sans grand risque, dans ce qui ressemble à une tentative d’amadouer les magistrats. Le drame de Lyhanna a montré que ces interrogations n’étaient pas simplement théo- riques. Quelque quatre cents personnes ma- nifestaient lundi soir place Vendôme. Près de 40 % des Français appellent Gérald Darmanin à la démission. Mais, surtout, seuil le plus bas observé selon l’institut Elabe, deux Français sur trois n’ont plus conance en la justice. @malombard @malombard X X Il est illusoire d’imaginer qu’au prétexte d’instructions individuelles, la Chancellerie sera en mesure de tout contrôler, dans toute la France En un week-end, la vague médiatique a reué. Le sommet du G7 à Evian, la signature d’un accord de paix entre l’Iran et les Etats-Unis et la canicule à venir ont relégué la mort de Lyhanna plus loin dans l’actualité. Les défenseurs de la cause des enfants, sollicités pendant une dizaine de jours matin, midi et soir, ont vu les invitations à venir sur les plateaux télé annulées sitôt l’avion de Donald Trump posé à l’aéroport de Genève. Une telle période d’exposition est rare – la première ouverture de JT date du 1 er juin, la dernière du 12. Il ne faut pas en conclure pour autant que la crise est nie et que les ministres mis en difficulté, Gérald Darmanin en tête, sont tirés d’affaire. Mobilisation. D’abord parce que plu- sieurs événements programmés dans les pro- chains jours vont relancer l’intérêt de l’opinion publique. La publication d’éléments d’en- quête, dont le rapport d’autopsie, éclairera les circonstances de la mort de Lyhanna d’ici à la n du mois de juin. Avant cela, le 22, Sébastien Lecornu recevra les rapports des inspections générales de la gendarmerie et de la justice. Le même jour, un troisième lundi de mobili- sation se tiendra devant le ministère de la Justice et les tribunaux de plusieurs villes françaises. C’est l’intention des organisateurs : instituer ce jour de la semaine comme rendez-vous de re- vendication. Lundi 15 juin, le deuxième acte n’a d’ailleurs pas montré d’effondrement du mou- vement: entre 4000 et 6000 participants reven - diqués à Paris et autour de 50 000 en France. Ils étaient 60 000 le 8 juin. Une date supplémen- taire est cochée : le samedi 4 juillet, les associa- tions de lutte contre les violences sexuelles ap- pellent à une grande marche à Paris. « Le sujet des violences faites aux enfants sera un thème de campagne. Bétharram, Bruel, Le Scouarnec, Lyhanna... les Français ont vu ces derniers mois les affaires se multi- plier », juge Marceau Beauvois, responsable de la communication pour l’association Face à l’inceste, elle-même membre de la coalition à l’initiative des mobilisations du lundi. Ce mouvement dispose de plusieurs atouts pour durer. A commencer par sa structure elle- même. Le pilotage par des associations éloigne tout soupçon de récupération politique. Les Français interrogés le 10 juin par l’institut Elabe pour BFMTV jugeaient sévèrement le rôle joué par le gouvernement, la justice, l’école, la gen- darmerie, les médias et la population en géné- ral. Ils n’épargnaient que les associations. Autre point fort du collectif, la clarté de ses revendications. Elle est unique : l’examen au Parlement de la loi intégrale pour lutter contre les violences faites aux enfants et aux femmes. « La mobilisation se poursuivra jusque-là », promet Marceau Beauvois. L’objectif est clair pour tout le monde. Matthieu Deprieck @mdeprieck @mdeprieck X X Occulté par l’actualité mondiale, la drame résonne encore Affaire Lyhanna : faut-il serrer la vis à la justice ? O n raconte que, lors de la passation de pouvoirs entre les 32e et 33e gardes des Sceaux de la Ve République, Didier Migaud aurait dit à Gérald Darmanin que le ministre de la Justice avait, désormais, aussi peu de prérogatives que feue la reine d’Angleterre. Selon cette conception tristement décorative de ses fonctions, l’hôte de la place Vendôme devrait au plus être le secrétaire général de la Chancellerie, tout juste bon à obtenir des cré- dits de Bercy (ce qui est déjà une tâche ardue, pour en nir avec la clochardisation justement dénoncée par Jean-Jacques Urvoas lorsqu’il était titulaire de cette charge). Pour le reste, le ministre devrait se contenter d’être promené lors de rentrées solennelles, admirant les robes pourpres rehaussées d’hermine et richement décorées, psalmodiant les mêmes discours léniants, rappelant sa conance dans la justice, son respect de l’Etat de droit et son ravissement de Pangloss ébaubi devant les meilleurs des juges possibles. Encore pourrait-il, selon son tempé- rament, s’adonner au ministère de la parole en faisant part de son émotion lorsque des crimes odieux révoltent l’opinion publique. A l’évidence, le peuple français ne tolère plus une telle distance mêlant la lâcheté au cynisme, totalement contraire au contrat démocratique qui fonde nos institutions. « L’indépendance de l’autorité judiciaire », armée par l’article 64 de la Constitution, ne signie aucunement qu’il ne devrait exister aucune politique pénale. Celle-ci est une composante de « la politique de la nation », déterminée et conduite par le gouvernement en application de l’article 20 de notre loi fondamentale. Trêve de bavardages. C’est évidemment au garde des Sceaux qu’il incombe de p réparer la p olitique pénale, de veiller à son application et d’en rendre compte à la nation, c’est-à-dire au Parlement mais aussi à l’opinion publique : le ministre de la Justice est nécessairement le point d’articulation entre le politique et le judiciaire. Toute la question est de savoir comment organiser intelligemment cette articulation. Dans la France de 2026, où l’Etat a la tête à l’en- vers, la mission pénale du garde des Sceaux me semble devoir être guidée par quelques impératifs de bon sens. D’abord, si personne ne conteste que le garde des Sceaux doive être le ministre de la loi pénale, il est temps d’arrêter le bavardage législatif. Cessons de faire semblant d’agir en multipliant les modications accessoires des textes qui dénissent les infractions et les peines encourues (le Code pénal) comme ceux qui régissent les enquêtes, l’instruction, le jugement et l’exécution des peines (le Code de procédure pénale), sans jamais anticiper sérieusement les conséquences concrètes de cette effrayante incontinence normative. Sachons nous concentrer sur l’essentiel : ce qui est au-dessus de la loi (les verrous constitutionnels à faire sauter) et ce qui est au-dessous (l’application opérationnelle). Au plan constitutionnel, une révision sera nécessaire an d’abaisser la majorité pénale à seize ans et d’instaurer des peines minimales obligatoires pour les infractions qui causent un préjudice grave à la société. Au plan pratique, la justice pénale a besoin d’une révolution numérique pour accélérer et abiliser les procédures, d’une revalorisation du métier d’enquêteur de police judiciaire, au- tant que d’une refondation pénitentiaire pour en nir enn avec la sous-capacité carcérale. Ensuite, la capacité du garde des Sceaux à dénir des priorités de politique pénale doit être réarmée : réprimer les atteintes aux personnes (les violences physiques) et mettre hors d’état de nuire les ennemis de la nation (l’hydre islamiste, les narcotraquants). La diculté sera d’assumer politiquement, de facto, la dépénalisation des dossiers moins prioritaires (alors que, dans l’actualité média- tique, un clou chasse l’autre). Cela passe par des instructions générales aux parquets, énoncées avec précision, suivies avec méthode, appliquées par des magistrats appartenant à une chaîne hiérarchisée. A cet égard, deux questions ne doivent pas être éludées : celle des éventuelles instructions individuelles données par le garde des Sceaux et celle de la gestion des ressources humaines. J’ai combattu, à l’Assemblée nationale, la loi du 25 juillet 2013 par laquelle Christiane Taubira avait obtenu que le garde des Sceaux ne puisse plus adresser des instructions écrites aux parquets dans des affaires indivi- duelles. Il me semblait que le ministre de la Justice ressemblerait alors à ce que Cha rles Péguy d isait des kantiens : il aurait désormais les mains propres, mais il n’aurait plus de mains. Robert Badinter l’avait rappelé en 2020 : « Que nul ne soit responsable de l’exercice de l’action publique est inimaginable. C’est pourquoi j’ai toujours dit que la suppression des instructions individuelles était une erreur. Dans le cadre d’une affaire impliquant des intérêts nationaux, on peut concevoir que le garde des Sceaux prenne position, à condition que ce soit écrit et joint au dossier. » Pour autant, est-il souhaitable de revenir à l’état du droit antérieur à 2013 ? Je n’en suis pas totalement certain. Il faudrait, d’abord, exclure du champ des instructions individuelles tout ce qui relève des infractions politico-nancières, pour ne pas encourir le soupçon d’interventions partisanes. Effet pervers. Mais même si cette précau- tion indispensable était prise, je ne suis pas sûr que le rétablissement des instructions indi- viduelles n’aurait pas, aujourd’hui, un effet pervers : ne pourrait-il pas inciter des milliers de plaignants à saisir directement le garde des Sceaux, comme si le ministre était une sorte de super-procureur national, en déresponsa- bilisant les parquetiers de droit commun et en devenant ainsi, par son abstention ou son intervention, une source d’interrogation, voire de désordre ? Mais si le garde des Sceaux ne saurait devenir le procureur général de la nation, cela ne signie pas, pour autant, que les parquets devraient être auto-gérés. Je ne vois pas au nom de quoi, contrairement à une revendication souvent renouvelée, le pilotage de la carrière des procureurs devrait être entièrement coné au conseil supérieur de la magistrature (CSM). Parce qu’il est responsable devant le Parlement, le ministre doit continuer à dire son mot pour choisir les personnes chargées d’appliquer la politique pénale, sans être nécessairement tenu par les avis du CSM. Quant à la composition de ce collège, qui relève de la Constitution, elle devra évoluer pour diminuer la proportion des magistrats, augmenter celle des personnalités qualiées choisies par les plus hautes autorités de l’Etat avec l’accord des assemblées parlementaires, et introduire des citoyens tirés au sort, tandis que le président de l’instance devrait être élu par ses membres parmi les personnalités qualiées. Ce n’est pas être populiste que de rappeler que la justice est rendue au nom du peuple français. Le moment est venu d’en tirer les conséquences, dans l’intérêt national. Si nous ne le faisons pas maintenant, la révolte popu- laire ne cessera de grandir, jusqu’au pire. Guillaume Larrivé, ancien député, préside l’institut La France demain. « La capacité du ministre à dénir des priorités de politique pénale doit être réarmée : réprimer les atteintes aux personnes et mettre hors d’état de nuire les ennemis de la France » L’état de l’Etat Le garde des Sceaux doit-il devenir le procureur général de la nation ? La chronique de Guillaume Larrivé 17 juin 2026 l’Opinion 3 structurantes avec l’Allemagne » et appelait à re- nouer un « dialogue avec la Russie sur les grands dossiers communs ». La Russie, ce sujet épineux. Jordan Bardella rêve de décoller l’étiquette pro-Kremlin attachée à son parti. Il réa rme sans cesse son soutien à l’Ukraine, dépeint la Russie en « menace multidi- mensionnelle » et rappelle les engagements fran- çais auprès de ses alliés. Mais sans faire oublier que le RN s’est opposé à une aide européenne de 90 milliards d’euros à Kiev ou au principe de son adhésion à l’UE. Russie. Les tensions internes rappellent l’explosivité de ce sujet. Le 10 juin, l’eurodé- puté Pierre-Romain Thionnet, proche du chef, dénonce sur X le « pacifisme » de certains « na- tionaux », qu’il rapproche des années 1930. Philippe Olivier, conseiller de Marine Le Pen, Equilibrisme Le favori des sondages prolonge une longue séquence européenne avec un déplacement en Pologne, prévu jeudi et vendredi. L’occa- sion pour lui de mettre en scène sa doc- trine, « tout changer sans rien briser », censée concilier les promesses de sérieux et de radicalité . Marine Le Pen, elle, sera au sommet des Patriotes jeudi à Bruxelles. Nina Jackowski D’une « violation du principe de la souverai- neté des Etats » à « l’une des législations les plus restrictives jamais adoptées en Europe contre l’immigration clandestine ». Huit mois séparent ces deux déclarations de Marine Le Pen et de Jor- dan Bardella sur le même texte : le « règlement retour », que le Parlement européen doit entéri- ner ce mercredi. Le grand écart raconte la mue du RN. Et ses tiraillements : entre fidélité à son ADN eurosceptique et volonté de rassurer en vue de 2027 sur sa capacité à adopter les règles du jeu européen. Cette tension traverse jusqu’à la délégation RN. Quand l’eurodéputé Fabrice Leggeri, associé aux négociations, vante le texte, Philippe Olivier relativise sa portée, jugée « symbolique »: « La di- rective retour ne concerne que quelques milliers de personnes, elle ressemble presque à un leurre s’emporte aussitôt : « L’intérêt national, c’est la guerre ??? » Le premier nit par supprimer son tweet. « Jordan a dit : “halte au feu”. Si vous avez des choses à dire, vous le ferez en réunion. En plus, on nous avait prévenus le mois dernier de ne pas nous mêler de politique internationale pendant la présidentielle », souffle un élu. Phi- lippe Olivier ne désarme pas : « Il est jeune. Pour autant, il ne peut pas soutenir que l’intérêt natio- nal est d’entrer en guerre. » Hors micro, les divergences persistent sur la réalité de la menace russe ou sur la responsabi- lité de l’Otan dans le déclenchement de la guerre. Des lepénistes vont jusqu’à reprocher à leur champion de chercher à rassurer l’opinion, au détriment de leurs convictions. Autre ambiguïté : le modèle italien. Dans le parti, certains dénoncent de supposées « com- promissions » de Giorgia Meloni sur la poli- tique migratoire. Les lepénistes jugent qu’un gouvernement RN serait moins dépendant des fonds européens. Leur patron a rappelé sa priorité lundi à Politico : « réduire de moitié » la contribution nette de la France au budget com- munautaire. Equilibrisme du projet bardelliste. Le pré- sident du RN promet de jouer le jeu des insti- tutions et l’abandon du Frexit, boulet électoral de 2017. Mais sans renoncer au projet de rebâ- tir une simple « Europe des nations ». Et sans abdiquer toute forme de radicalité. Président, il voudrait exiger la démission d’Ursula von der Leyen – une première pour un gouvernement d’un grand pays. Le parti n’a par ailleurs pas renoncé à ses alliances traditionnelles. S’il a rompu avec l’en- combrante AfD allemande, Jordan Bardella a rendu visite le 11 juin au Vlaams Belang belge, qui prône la « remigration ». « Nous n’utilisons pas ce terme parce qu’on ne sait pas très bien ce qu’il revêt en réalité », évacuait-il alors. Un concept « injuste » et « antirépublicain » dénonçait, de son côté, Marine Le Pen en 2022. @Nina__Jacks @Nina__Jacks X X au moment où le pacte immigration entre en vi- gueur. » Jordan Bardella lui-même résume cette ambiguïté par une formule devenue sa marque de fabrique : « En Europe, je suis pour tout chan- ger sans rien briser. » Interviews à la presse allemande, entretien avec l’ambassadeur d’Allemagne à Paris, dépla- cements en Belgique, Italie et Portugal : le pré- sident du RN multiplie les initiatives. Jeudi et ven- dredi, il poursuivra cette séquence en Pologne, du siège de l’agence Frontex à la frontière biélo- russe. Le potentiel candidat échangera aussi avec des gures de Droit et Justice (PiS), qui pourrait revenir au pouvoir en 2027. Le message : le RN serait capable de fédérer autour de lui. Modèle Meloni. Sa stratégie est simple. Charmer Berlin, puis avancer son propre agen- da. Son modèle s’appelle Giorgia Meloni, qui a trouvé toute sa place sur la scène européenne. « Elle a été extrêmement décriée comme on l’est par certains aujourd’hui », glisse-t-il en pri- vé. L’élu rêve de faire de la dirigeante italienne comme le chancelier allemand des alliés au Conseil européen. L’entreprise est loin d’être acquise. Les deux gouvernements se méent de la formation d’extrême droite, eux les atlantistes, pro-Ukraine et pro-Mercosur. D’où l’opération séduction de ce début d’année. Mi-mai, il accorde un entretien au Frankfur- ter Allgemeine Zeitung, le quotidien des élites allemandes, dans lequel il décrit les relations Pa- ris-Berlin comme le « fondement de l’Europe » et cite des convergences sur l’immigration et la dé- régulation. Fabrice Leggeri fait état de « points de coopération » avec le chancelier Merz. Il est loin le temps où Marine Le Pen dénonçait en 2018, au Figaro , « le mythe du couple franco-allemand ». Revirement tout aussi frappant sur la dé- fense. « Ces coopérations existent et doivent exis- ter », défend aujourd’hui Jordan Bardella au sujet des projets industriels franco-allemands, citant les drones. Lors de la présidentielle 2022, le RN plaidait pourtant pour « l’arrêt des coopérations PASCAL BASTIEN/AP/SIPA PRESS Europe : Jordan Bardella donne des gages, sans lever les ambiguïtés du RN Le président du Rassemblement national promet, s’il est élu, de travailler avec Friedrich Merz sans pour autant lever toutes les contradictions internes, ni rompre avec ses alliés radicaux Le président du Rassemblement national , le 6 octobre dernier, au Parlement européen. Réunion de famille A quatre jours du meeting parisien de Bruno Retailleau, Michel Barnier a réuni dans une salle de la capitale une soixantaine d’élus membres de toutes les formations politiques appartenant à un espace al- lant des Républicains à Renaissance Matthieu Deprieck Combien de paires de bras faut-il pour arrêter trois voitures lancées vers le ravin ? Mardi soir, Michel Barnier s’est essayé à cette prouesse avec une soixantaine de grands élus. L’ancien Premier ministre a rassemblé des députés, des sénateurs, des ministres et anciens ministres de son gouvernement dans une salle à deux pas de l’Assemblée nationale. Son objectif reste d’aboutir à un candidat unique de la droite et du centre, du « socle commun » comme il le disait du temps où il exerçait à Matignon, entre sep- tembre et décembre 2024. Les partisans de l’union essaient depuis plu- sieurs mois de forcer Gabriel Attal, Edouard Phi- lippe et Bruno Retailleau à se rassembler. L’élan des municipales en mars avait démontré la force de l’union. Il est depuis retombé. Comme l’élan créé par l’appel de 90 parlementaires initié par la ministre Maud Bregeon et publié dans La Tribune Dimanche le 28 mars. Pire, la campagne entre les trois chefs de parti s’est depuis durcie, notam- ment autour d’une histoire de table à renverser. Et les candidatures continuent d’a uer. Lundi, le député Olivier Becht a fait un pas vers la déclara- tion dans les Dernières Nouvelles d’Alsace. Michel Barnier appelle tout le monde « à garder ses nerfs et son sang-froid ». Avec lui dans cette démarche d’union, 43 députés, neuf séna- teurs, six ministres (Maud Bregeon, Sébastien Martin, Philippe Tabarot, Naïma Moutchou, Françoise Gatel et Aurore Bergé) et trois anciens ministres (Gil Avérous, Nicolas Daragon, Fran- çois Durovray). Les parlementaires sont issus de tous les groupes qui composaient le « socle commun » : Renaissance (Anne Genetet, Astrid Panosyan...), MoDem (Richard Ramos, San- drine Josso...), UDI (Valérie Létard, Hervé Mar- seille...), Horizons (Laurent Marcangeli, Isabelle Rauch...), Parti radical (Nathalie Delattre) et Liot. Les Républicains forment naturellement le gros des troupes: quatre sénateurs du groupe présidé par Bruno Retailleau étaient présents. Trait d’union. Le débat est légitime entre les trois chefs de parti Gabriel Attal, Edouard Phi- lippe et Bruno Retailleau, admet Michel Barnier. « Acceptons le débat pour cette période-là. Il va encore y avoir trois mois de bouillonnement mais arrivera un moment de vérité entre novembre et janvier. Ceux qui prendront la responsabilité de l’échec n’auront plus d’avenir », prévient-il. Pour forcer le rassemblement, le député de Paris mise sur une plate-forme programmatique baptisée « Bâtir ensemble ». Il en a dévoilé une nouvelle version mardi soir enrichie de douze propositions. Dans l’esprit de l’ancien Premier ministre, ce document préfigure le contrat de gouvernement d’une future majorité de droite et du centre. Michel Barnier se voit bien dans ce rôle de trait d’union. Avec une arrière-pensée? Un proche jure qu’il n’est pas candidat... aujourd’hui: « Le scénario de l’automne prochain n’est pas forcément celui de deux candidats actuels qui se rangent derrière le mieux placé. » @mdeprieck @mdeprieck X X Michel Barnier toujours en quête d’un candidat unique L’ancien Premier ministre a dévoilé une nouvelle version d’un corpus d’idées imaginées pour une majorité de droite et du centre Réconciliation La décision prise en mai par le gouvernement de geler les exonérations de cotisations malgré la hausse du smic avait tendu les relations entre le Medef et Matignon. En vue de l’ouverture des discussions sur le budget prévues à l’automne, Sébastien Lecornu a invité l’ensemble du Conseil exécutif du Medef lundi midi. Sarah Spitz « Une première utile » pour Patrick Martin. Après des mois de tensions entre le président du Medef et Sébastien Lecornu, ce dernier a redoublé d’efforts pour choyer des employeurs très remon- tés par les derniers choix gouvernementaux. Un essai manifestement transformé, d’après les pre- miers retours récoltés par l’Opinion. Comment y est-il parvenu? Mode d’emploi, en trois étapes. La méthode, d’abord. Le format de cette réu- nion était inédit: c’est l’ensemble du Conseil exé- cutif du Medef qui était convié lundi à 13 heures, soit une cinquantaine de patrons de fédérations, de présidents d’antennes territoriales ainsi que divers porte-parole et personnalités de l’écosys- tème. Du jamais vu. Pas moins de cinq ministres ont rejoint Sébas- tien Lecornu pour mener à bien cette opération séduction : Roland Lescure, Jean-Pierre Faran- dou, David Amiel, Maud Bregeon et Serge Papin. Les messages, ensuite. Après avoir écouté Patrick Martin, le Premier ministre a pris la parole, soignant le fond comme la forme. « Il a été très bon, il nous a regardés, chacun, les yeux dans les yeux, sans lire son discours », rapporte un participant. Le tout pendant une demi-heure. C’est long. « Certains se sont assis parce qu’ils n’en pouvaient plus, d’autres ont demandé un verre d’eau! », note notre observateur. Selfies. Surpris que ces neuf années de macronisme n’aient pas abouti à une « victoire culturelle et politique », Sébastien Lecornu s’est engagé dans son discours à mener « le combat politique et culturel le plus en amont possible » pour installer de la « rationalité économique » avant le début de la discussion au Parlement. Tout entier tourné vers la période budgétaire qui s’ouvrira à l’automne, il a martelé son intention de mener des « vraies réformes structurelles », loin des « gels, rabots, mises sous pression de l’Etat » qui ont « épuisé leurs effets ». Le sujet des arrêts maladie en particulier a été évoqué. Sans trop en dire plus, le Premier ministre a rappelé leur coût pour les finances publiques et plaidé pour traiter le sujet avant la présidentielle. Enfin, le chef du gouvernement a soigné l’ambiance. Après les discours, les portes se sont ouvertes sur les jardins pour un cocktail déjeuna- toire. Un peu de soleil, une coupe de cerises en dessert, et pour couronner le tout, des conseil- lers de Matignon entreprenants, curieux, dispo- sés à se mêler à cette foule d’employeurs. De quoi mettre à l’aise certains patrons, qui ont pu récla- mer leur sele avec le Premier ministre. L’opération réconciliation a-t-elle fonction- né ? « Oui, on peut dire ça comme ça », répond le Medef. Les retours sont plutôt positifs. « Cela a permis un moment d’apaisement, l’exercice est réussi », juge notre représentant patronal pré- sent. Avant de nuancer : « Martin et Lecornu ont deux caractères incompatibles : le premier est très bosseur, l’autre est un politicien... ». @sarah_spritz @sarah_spritz X X Comment Sébastien Lecornu a soigné le Medef Après des mois de tensions, Matignon a orchestré une opération séduction inédite avec l’organisation patronale L’eurodéputé assure qu’il jouera le jeu des institutions et l’abandon du Frexit, boulet électoral de 2017. Mais sans renoncer au projet de rebâtir une simple « Europe des nations » 4 l ’Opinion 17 juin 2026 Flamboyant Elon Musk prote du succès de l’intro- duction en Bourse de SpaceX pour faire grandir sa société. Celle-ci a annoncé lun- di le rachat de l’éditeur de logiciels de code assisté par IA, Cursor, valorisé 60 milliards de dollars. Une opération qui sera réalisée par échange d’actions. Muriel Motte Deux jours après son introduc tion en Bourse, la valorisation de SpaceX (pas loin de 2 900 milliards de dollars à l’ouverture de Wall Street mardi), rejoint pratiquement le PIB français (2 900 milliards d’euros en 2025). Bien sûr, il n’est pas correct de comparer un flux – la valeur de tous les biens et services produits en une année dans l’Hexagone – à un stock – la valeur donnée à un instant T par le marché à une entreprise. Rapprocher ces deux chiffres n’en donne pas moins le tour- nis. « Les investisseurs anticipent que dans quelques années, SpaceX sera capable de générer des ux de prots comparables à la ri- chesse créée annuellement par tous les Fran- çais au travail », schématise Christian Parisot, président d’Altaïr Economics. Surallocation. Ont-ils raison ? Nul ne sait. Mais « on n’a jamais raison contre le marché », dit l’adage boursier. SpaceX continue donc de déer les lois de la gravité nancière. Son entrée au Nasdaq ayant attiré plus de 250 mil- liards de dollars de demandes d’investisseurs, la société d’Elon Musk a pu annoncer dès lundi l’exercice de l’option de surallocation (« greenshoe »), autrement dit la vente de 83 millions d’actions supplémentaires. Dans l’enthousiasme général – le titre a encore ga- gné 19 % ce jour-là – le conglomérat spécialisé dans les fusées, l’IA et Internet a nalement levé non pas 75 mais près de 86 milliards de dollars, très au-dessus du précédent record en la matière établi par Saudi Aramco (26 mil- liards). Les seuls investisseurs particuliers étaient prêts à acheter pour 80 milliards de dollars d’actions ! Ce qui fait de cette opéra- tion un immense succès populaire, conformé- ment au pari d’Elon Musk. L’entrée prochaine de sa société dans les indices Nasdaq devrait libérer un nouveau ux de demande mondiale via les ux passifs des ETF et des fonds indiciels. Compte tenu de sa valorisation, juste derrière celle de Micro- soft et devant celle d’Amazon mardi matin, SpaceX devrait surgir à la cinquième place du Nasdaq 100. « Cela paraît complètement fou compte tenu des “machines à cash” que sont Microsoft et Amazon comparées à SpaceX », commente Alexandre Baradez, responsable de l’analyse marché chez IG France. Les deux pre- miers ont dégagé respectivement 125 et 91 mil- liards de dollars de bénéfices sur les quatre derniers trimestres, contre 4,7 milliards de pertes pour SpaceX l’an dernier. Et probable- ment entre le double et le triple ce