Laurent Alexandre nous explique cette semaine pourquoi tous les politiciens sont largués avec l’IA. Cas d’école : la Présidentielle 2027 en France ! Suite en page 2 Les 100 lignes 5 414306 197121 4 0 3 8 0 9 781565 812314 4 2 6 0 0 ISBN 978-1-56581-231-4 PAN DÉNI ..................................................................... P.6 Bruxelles, bientôt le Bronx : quand la capitale s’habitue aux coups de feu PAN OPTIQUE ......................................................... P.7 Le marché truqué de l’éolien et du solaire LA VOIX DU NORD ............................................ P.3 Nombre de créateurs de licornes européens choisissent de réussir ailleurs PAN BELGIQUE 2030 .............................. P.4-5 Une nouvelle Belgique unitaire À Héraklion en Crète, inutile de cher- cher longtemps la ligne diplomatique locale : il suffit de se balader dans le centre, elle est écrite à chaque coin de rue sur les murs. Tags « antisionistes », slogans pro-palestiniens, « fin de la co- lonisation »... Il y en a partout. Et per- sonne ne semble déterminé à les effacer. Dans certaines rues du centre, le pro- meneur a parfois l’impression d’assister à une université d’été permanente de l’ultra-gauche méditerranéenne. Sur le coup, pas évident de faire le lien. Et puis, à force de marcher, une explica- tion presque trop évidente apparaît. Une partie de cette agitation appartient aux milieux anarchistes, autonomistes ou indépendantistes crétois, traditionnelle- ment très hostiles à l’État grec. Or Athènes a fait depuis plusieurs années exactement le chemin inverse : la Grèce s’est considérablement rapprochée d’Is- raël, notamment sur les plans militaire, énergétique et stratégique, pour contrer la Turquie et s’armer face au différend qui oppose Ankara à Chypre. Face aux ambitions d’Ankara en Médi- terranée orientale et aux vieilles querelles gréco-turques, Athènes et Jérusalem ont multiplié les coopérations. Voilà donc le joli paradoxe du régime crétois : plus la Grèce regarde vers Israël, plus certains murs d’Héraklion regardent vers la Pales- tine. Leçon d’histoire et de géopolitique par le street art ! Vilain Coco Le numéro : 3 EUROS 4 septembre 2026 Numéro 4260 Tous les vendredis en librairie www.pan.be “La vérité pure et simple est très rarement pure et jamais simple.” (Oscar Wilde) Face à l’ouragan de l’IA, la classe politique nage en plein déni ! Votre PAN fait le beau... ...fier de ses plumes ! 4 SEPTEMBRE 2026 • NUMÉRO 4260 p.4 Ce fédéralisme n’a pourtant pas permis d’améliorer la gouvernance du pays; bien au contraire. Outre son extrême complexité, il s’agit d’un système coûteux, inefficace, illo- gique, inconstitutionnel - puisque la création des régions et des communautés en 1970 s’est faite sans la déclaration préalable de révision des dispositions constitutionnelles nécessaires -, lin- guistiquement discriminatoire et profondément polarisante. Les deux principales entités fédé- rées, la région « flamande » et la région « wal- lonne », qui correspondent chacune à environ la moitié du territoire belge, se comportent en effet comme des Etats dans l’Etat. Elles disposent non seulement de leurs propres institutions, mais aussi de leur hymne, de leurs symboles, de leurs médias, de leurs partis, etc. Leurs compétences sont en outre exceptionnellement étendues et vont souvent bien au-delà de ce qui est habituel dans un Etat fédéral normal. Ainsi, des matières telles que l’Agriculture, l’Enseignement, les Tra- vaux publics, l’Environnement et le Sport re- lèvent en grande partie, voire entièrement, des entités fédérées. La politique étrangère belge est elle aussi profondément éparpillée, puisque les régions et les communautés se sont également arrogé une partie des compétences en matière d’exportation d’armes, de commerce extérieur, de coopération au développement et de droit des traités. Lorsqu’un conflit oppose la fédération et les entités fédérées, il faut négocier - au besoin pendant des années - , car toute forme de hié- rarchie des normes est étrangère au système belge et chaque entité, fédérale ou fédérée, dispose de fait d’un droit de veto unilatéral. Des négociations informelles se tiennent néan- moins dans le cadre d’obscures conférences in- terministérielles et du Comité de concertation. On y tente de prévenir les conflits d’intérêts et de compétences. Comme presque toutes les com- pétences sont interdépendantes et que celles-ci ont été éparpillées à l’extrême, il faut également conclure en permanence des accords de coopé- ration. Ceux-ci sont à prendre ou à laisser, sont négociés de gouvernement à gouvernement, loin des médias, et ne peuvent être amendés par le parlement fédéral. En somme, le fédéralisme belge a considérablement vidé l’État belge de sa substance démocratique. Cela n’empêche pourtant pas l’élite politique belge de poursuivre la déconstruction poli- tique de l’État. Après la troisième “réforme” de l’Etat, qui remonte désormais à plus de trois dé- cennies et qui fut pompeusement baptisée “Loi PAN ouvre le débat ! 20 ans après le fameux Bye Bye Belgium de la RTBF, et à l’approche des élections de 2029 et du bicentenaire de la Belgique en 2030, PAN a inauguré une nouvelle série d’analyses et de cartes blanches consacrées à l’avenir institutionnel de notre pays. Belgicains, fédéralistes, confédéralistes, régionalistes, réunionistes, indépendantistes... toutes les sensibilités démocratiques ont leur place dans ces colonnes, pour autant qu’elles acceptent le débat contradictoire. Après la présentation du manifeste du collectif Combat Francophone, parue dans notre numéro 4256, daté du 7 août 2026, nous vous proposons une tribune du B.U.B. Depuis plusieurs décennies, la fin imminente de la Belgique est régulièrement annoncée, sans que cette prophétie politique ne se ré- alise. Il s’agit manifestement d’un rituel ré- current auquel se livrent des personnes, des mouvements et des partis antibelges et lin- guistico-nationalistes, qui cherchent ainsi à présenter la dissolution politique de notre pays comme l’aboutissement inévitable d’un processus prétendument “logique”, voire “na- turel”. A l’occasion de commémorations na- tionales, ce phénomène refait invariablement surface avec une vigueur particulière. Le raisonnement qui sous-tend cette vision est que la Belgique serait un “Etat artificiel”. Lors- qu’on leur demande ce qu’est un État « naturel » ou voulu par Dieu, ses défenseurs restent d’ail- leurs invariablement sans réponse. Cette pro- pagande nationaliste est néanmoins parvenue à convaincre de nombreux Belges que leur pays “existerait” depuis deux cents ans en 2030. Si cela était vrai - quod non - les Allemands pour- raient, la même année, célébrer les quarante ans d’existence de leur État, à savoir la réunification de 1990. C’est bien l’Etat belge qui fêtera pro- chainement ses deux cents ans. Sur le plan socio- logique pourtant, la nation belge s’est constituée à l’époque bourguignonne, à la fin du XIVe et au XVe siècle, tandis que la nation politiquement autonome est apparue pour la première fois en 1789-1790, lors de la Révolution brabançonne. Ce qui constitue aujourd’hui le Royaume de Belgique forme déjà depuis six siècles un espace politique et socio-économique. Au cours de tous ces siècles, la frontière lin- guistique n’a jamais joué de rôle politique. Ce que l’on désigne aujourd’hui, à tort, comme la “Flandre” et la “Wallonie” ne sont pas des entités historiques séculaires, mais de simples créations nouvelles de l’État belge indépendant. Ce n’est qu’à partir des années 1960 qu’elles se sont vu attribuer un territoire consacré par la Constitu- tion et, au cours des cinq dernières décennies, les compétences des prétendues région “flamande” et région “wallonne” n’ont cessé de s’étendre. Une “réforme” de l’État sans fin Ce processus élitaire et particratique de “ré- formes” de l’Etat, qui ne fut en aucun cas l’expression de la volonté populaire, encore moins de référendums, a abouti à la Consti- tution fédérale de 1994. La Belgique est ainsi devenue constitutionnellement un État fédéral composé de trois communautés et de trois ré- gions, dont les territoires se chevauchent en partie. La complexité de la structure institu- tionnelle belge est telle que, dans la région de Bruxelles-Capitale, existent trois commissions communautaires - chacune disposant de son propre gouvernement et de son propre parle- ment - dont deux exercent un pouvoir législa- tif et exécutif. En réalité, nous sommes donc gouvernés par neuf gouvernements et autant de parlements. Le fédéralisme lui-même suffit ainsi déjà à réfuter le mythe selon lequel la Belgique serait simplement la somme de la “Flandre” et de la “Wallonie”. Une nouvelle Belgique unitaire PAN BELGIQUE 2030 Hans Van de Cauter, président du B.U.B. Bruno Yammine, coordinateur du bureau d’études du B.U.B. (Belgische Unie - Union belge) 4 SEPTEMBRE 2026 • NUMÉRO 4260 p.5 problème institutionnel fondamental - à sa- voir le fédéralisme de facto bipolaire - ne se- rait pas résolu. Une Belgique à quatre régions, comme certains la proposent, ne constituerait pas davantage une solution. Ce modèle existe d’ailleurs déjà, dans les faits. Force est de consta- ter que ni la région bruxelloise ni la commu- nauté germanophone ne disposent d’un poids suffisant pour contribuer à l’instauration d’un système institutionnel plus équilibré. Le confédéralisme est pire encore. Ce projet sup- pose une union lâche d’Etats indépendants qui détermineraient, au moyen d’un traité interna- tional, les compétences qu’ils souhaitent exer- cer en commun. Il s’agit donc d’une construc- tion post-séparatiste, dans laquelle chaque Etat membre négocierait en permanence au sujet de chaque compétence. C’est tout ce que nous connaissons aujourd’hui, mais dans une version infiniment aggravée. Les efforts politiques visant à créer, au sein de l’Union européenne, des États indépendants constituent d’ailleurs une perte de temps. L’expérience catalane est, à cet égard, par- ticulièrement éloquente. Des mouvements tels que le “rattachisme” et le “grand-néerlandisme” relèvent de la pure science-fiction politique. Sur- tout, sondage après sondage, une majorité écra- sante de Belges montre qu’elle ne souhaite pas la scission de l’État et souhaite même que celui-ci redevienne unitaire. Vers une nouvelle Belgique unitaire Les Belges se trouvent donc à la croisée des chemins. Ils peuvent continuer à s’accommo- der de la situation actuelle, au sein d’une fé- dération largement dysfonctionnelle dans la- quelle le gouvernement central doit consacrer des sommes considérables à des entités fédé- rées superflues, au point de ne plus pouvoir exercer correctement ses propres missions essentielles. Ou bien ils peuvent créer une nou- velle Belgique unitaire, décentralisée sur la base des neuf provinces historiques. Cela suppose évidemment la réunification de la province de Brabant. Pour y parvenir, il conviendrait d’or- ganiser un référendum consultatif, à l’image de celui qui fut organisé sur le Brexit en 2016. Dans ce modèle harmonieux, le Sénat représen- terait les provinces et la Chambre l’ensemble de la population. Lorsque les besoins régionaux diffèrent - ce dont les nationalistes se plaignent constamment, naturellement afin de diviser la Belgique -, certaines compétences pourraient être provincialisées par le législateur, sous tutelle nationale. Malgré cette décentralisation, aucune réforme de l’Etat classique ne sera encore néces- saire. La frontière linguistique et les facilités lin- guistiques seraient maintenues. ▀ www.unionbelge.be spéciale visant à achever [...] la structure fédé- rale de l’État” , deux autres “réformes” institu- tionnelles ont encore suivi. Au cours de celles-ci, notamment les allocations familiales et la sécu- rité routière ont été scindées. Or, aujourd’hui, les montants des allocations familiales sont pra- tiquement identiques dans les trois régions et les Belges ne circulent pas moins d’une région linguistique à l’autre qu’auparavant. Une complexité inégalée et des palliatifs insuffisants Entre-temps, la complexité de la structure de l’Etat a atteint des sommets inouïs. Les droits des animaux relèvent de l’autorité fédérale. Le bien-être animal, en revanche, relève depuis 2014 des compétences des régions, tandis que la santé animale est restée une compétence fédérale. Quant aux animaux présents dans la mer du Nord, ils relèvent également de l’autorité fédérale. La réglementation relative au transport de marchandises dangereuses et aux transports exceptionnels par route a été régionalisée lors de la sixième “réforme” de l’Etat, sauf lorsqu’il s’agit de transports nucléaires, de transports d’explo- sifs ou du transport de substances d’origine animale présentant un danger pour la popula- tion. En matière de politique énergétique, les tarifs, y compris la politique des prix, relevaient jusqu’en 2014 entièrement de l’autorité natio- nale, « en raison de leur indivisibilité technique et économique qui requiert un traitement uniforme au niveau national ». Cette phrase figure d’ail- leurs toujours dans la loi spéciale. Mais lors de la sixième “réforme” de l’Etat, certains tarifs des réseaux de distribution ainsi que certains tarifs de la distribution publique de gaz ont été régio- nalisés. Il n’y a, en tout état de cause, aucune logique dans cette répartition des compétences. La particratie se contente de bricoler au jour le jour, sans véritable plan ni vision d’avenir. Plus encore, l’éparpillement des compétences nourrit davantage encore l’agitation nationaliste sur le plan linguistique. Et donc de nouvelles re- vendications de scission au nom de prétendues “compétences homogènes”. Celles-ci conduisent naturellement à des politiques différentes. Car plus on scinde, plus on crée des différences. Et plus on crée des différences, plus on scinde. C’est un cercle vicieux, comme l’explique le président du B.U.B. dans son livre « Pour une nouvelle Belgique unitaire » (disponible gratuitement en PDF sur le site www.unionbelge.be.) Au fil des années, plusieurs initiatives, sou- vent animées des meilleures intentions, ont été lancées afin d’améliorer le fonctionne- ment de la fédération belge. Il en va ainsi, par exemple, de la refédéralisation de certaines compétences. Dans la pratique, il s’agit géné- ralement de compétences très limitées, comme les normes sonores, et encore uniquement au- tour de l’aéroport de Zaventem. Plusieurs par- tis promettent cette refédéralisation depuis plus de deux décennies. Pourtant, rien ne se fait et rien ne laisse penser que la situation changera, compte tenu du fait que des partis ouvertement séparatistes et fortement régionalistes disposent de suffisamment de sièges au parlement pour bloquer la moindre refédéralisation. Il en va de même pour une circonscription électorale natio- nale, l’inscription constitutionnelle de l’ensei- gnement de la deuxième grande langue natio- nale ou même la mise en œuvre de traités déjà existants. Ainsi, l’Etat belge a ratifié en 2001 la Convention-cadre pour la protection des mino- rités et, en 2012, une loi spéciale a créé une com- munauté métropolitaine bruxelloise couvrant le territoire de l’ancienne province de Brabant. Ces mesures positives et pro-belges sont toutefois restées lettre morte sous la pression des nationa- listes linguistiques. Mais même si ces mesures étaient partielle- ment, voire entièrement, mises en œuvre, le