The Project Gutenberg EBook of Les Pr י cieuses Ridicules, by Moli ט re This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at www.gutenberg.org Title: Les Pr י cieuses Ridicules Author: Moli ט re Posting Date: April 17, 2013 [EBook #5318] Release Date: July, 2004 First Posted: June 30, 2002 Language: French Character set encoding: ISO-8859-1 START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES PR ֹ CIEUSES RIDICULES Produced by Laurent Le Guillou Les Pr י cieuses Ridicules Source: Jean-Baptiste Poquelin (1620-1673), alias Moli ט re, "Oeuvres de Moli ט re, avec des notes de tous les commentateurs", Tome Premier, Paris, Librarie de Firmin-Didot et Cie, Imprimeurs de l'Institut, rue Jacob, 56, 1890. Pages 151-181. [Spelling of the 1890 edition. Footnotes have been retained because they provide the meanings of old French words or expressions. Footnote are indicated by numbers in brackets, and are grouped at the end of the Etext. Text encoding is iso-8859-1.] PR ֹ FACE DES PR ֹ CIEUSES RIDICULES C'est une chose י trange qu'on imprime les gens malgr י eux ! Je ne vois rien de si injuste, et je pardonnerais toute autre violence plut פ t que celle-l א Ce n'est pas que je veuille faire ici l'auteur modeste, et m י priser par honneur ma com י die. J'offenserais mal א propos tout Paris, si je l'accusais d'avoir pu applaudir א une sottise ; comme le public est le juge absolu de ces sortes d'ouvrages, il y aurait de l'impertinence א moi de le d י mentir ; et quand j'aurais eu la plus mauvaise opinion du monde de mes "Pr י cieuses ridicules" avant leur repr י sentation, je dois croire maintenant qu'elles valent quelque chose, puisque tant de gens ensemble en ont dit du bien. Mais comme une grande partie des gr ג ces qu'on y a trouv י es d י pendent de l'action et du ton de la voix, il m'importait qu'on ne les d י pouill ג t pas de ces ornements, et je trouvais que le succ ט s qu'elles avaient eu dans la repr י sentation י tait assez beau pour en demeurer l א . J'avais r י solu, dis-je, de les faire voir qu' א la chandelle, pour ne point donner lieu א quelqu'un de dire le proverbe (1), et je ne voulais pas qu'elles sautassent du th י ג tre de Bourbon dans la galerie du Palais. Cependant je n'ai pu l' י viter, et je suis dans la disgr ג ce de voir une copie d י rob י e de ma pi ט ce entre les mains des libraires, accompagn י e d'un privil ט ge obtenu par surprise. j'ai eu beau crier : O temps ! פ moeurs ! on m'a fait voir une n י cessit י pour moi d' ך tre imprim י , ou d'avoir un proc ט s ; et le dernier mal est encore pire que le premier. Il faut donc se laisser aller א la destin י e, et consentir א une chose qu'on ne laisserait pas de faire sans moi. Mon Dieu ! l' י trange embarras qu'un livre א mettre au jour ; et qu'un auteur est neuf la premi ט re fois qu'on l'imprime ! Encore si l'on m'avait donn י du temps, j'aurais pu mieux songer א moi, et j'aurais pris toutes les pr י cautions que messieurs les auteurs, א pr י sent mes confr ט res, ont coutume de prendre en semblables occasions. Outre quelque grand seigneur que j'aurais י t י prendre malgr י lui pour protecteur de mon ouvrage, et dont j'aurais tent י la lib י ralit י par une י p מ tre d י dicatoire bien fleurie, j'aurais t ג ch י de faire une belle et docte pr י face ; et je ne manque point de livres qui m'auraient fourni tout ce qu'on peut dire de savant sur la trag י die et la com י die, l' י tymologie de toutes deux, leur origine, leur d י finition, et le reste. J'aurais aussi parl א י mes amis, qui, pour la recommandation de ma pi ט ce, ne m'auraient pas refus י ou des vers fran ח ais, ou des vers latins. j'en ai m ך me qui m'auraient lou י en grec ; et l'on n'ignore pas qu'une louange en grec est d'une merveilleuse efficace א la t ך te d'un livre. Mais on me met au jour sans me donner le loisir de me reconna מ tre ; et je ne puis m ך me obtenir la libert י de dire deux mots pour justifier mes intentions sur le sujet de cette com י die. j'aurais voulu faire voir qu'elle se tient partout dans les bornes de la satire honn ך te et permise ; que les plus excellentes choses sont sujettes א ך tre copi י es par de mauvais singes qui m י ritent d' ך tre bern י s ; que ces vicieuses imitations de ce qu'il y a de plus parfait ont י t י de tout temps la mati ט re de la com י die, et que, par la m ך me raison que les v י ritables savants et les vrais braves ne se sont point encore avis י s de s'offenser du Docteur de la com י die, et du Capitan, non plus que les juges, les princes et les rois de voir Trivelin (2), ou quelque autre, sur le th י ג tre, faire ridiculement le juge, le prince, ou le roi ; aussi les v י ritables pr י cieuses auraient tort de se piquer lorsqu'on joue les ridicules qui les imitent mal. Mais enfin, comme j'ai dit, on ne me laisse pas le temps de respirer, et M. de Luynes (3) veut m'aller faire relier de ce pas : א la bonne heure, puisque Dieu l'a voulu. (1) Moli ט re fait allusion א ce proverbe : "Elle est belle א la chandelle, mais le grand jour g ג te tout." (2) Le "Docteur", le "Capitan" et "Trivelin", י taient trois personnages ou caract ט res appartenant א la farce italienne. (3) Ce de Luynes י tait un libraire qui avait sa boutique dans la galerie du Palais. LES PR ֹ CIEUSES RIDICULES Com י die (1659). PERSONNAGES ACTEURS La Grange, La Grange. Du Croisy, amants rebut י s. Du Croisy. Gorgibus, bon bourgeois. L'Espy. Madelon, fille de Gorgibus, Mlle De Brie. Cathos, ni ט ce de Gorgibus, pr י cieuses ridicules. Mlle Du Parc. Marotte, servante des pr י cieuses ridicules. Madel. B י jart. Almanzor, laquais des pr י cieuses ridicules. De Brie. Le Marquis de Mascarille, valet de la Grange. Moli ט re. Le Vicomte de Jodelet, valet de du Croisy. Br י court. Deux porteurs de chaise. Voisines. Violons. La sc ט ne א Paris, dans la maison de Gorgibus. SC ָ NE PREMI ָ RE. - La Grange, Du Croisy. Du Croisy - Seigneur la Grange... La Grange - Quoi ? Du Croisy - Regardez-moi un peu sans rire. La Grange - Eh bien ? Du Croisy - Que dites-vous de notre visite ? En ך tes-vous fort satisfait ? La Grange - A votre avis, avons-nous sujet de l' ך tre tous deux ? Du Croisy - Pas tout א fait, א dire vrai. La Grange - Pour moi, je vous avoue que j'en suis tout scandalis י . A-t-on jamais vu, dites-moi, deux pecques (1) provinciales faire plus les rench י ries que celles-l א , et deux hommes trait י s avec plus de m י pris que nous ? A peine ont-elles pu se r י soudre א nous faire donner des si ט ges. Je n'ai jamais vu tant parler א l'oreille qu'elles ont fait entre elles, tant ba מ ller, tant se frotter les yeux, et demander tant de fois : Quelle heure est-il ? Ont-elles r י pondu que Oui et Non א tout ce que nous avons pu leur dire ? Et ne m'avouerez-vous pas enfin que, quand nous aurions י t י les derni ט res personnes du monde, on ne pouvait nous faire pis qu'elles ont fait ? Du Croisy - Il me semble que vous prenez la chose fort א coeur. La Grange - Sans doute, je l'y prends, et de telle fa ח on, que je me veux venger de cette impertinence. Je connais ce qui nous a fait m י priser. L'air pr י cieux n'a pas seulement infect י Paris, il s'est aussi r י pandu dans les provinces, et nos donzelles ridicules en ont hum י leur bonne part. En un mot, c'est un ambigu (2) de pr י cieuse et de coquette que leur personne. Je vois ce qu'il faut ך tre pour en ך tre bien re ח u ; et, si vous m'en croyez, nous leur jouerons tous deux une pi ט ce qui leur fera voir leur sottise, et pourra leur apprendre א conna מ tre un peu mieux leur monde. Du Croisy - Et comment, encore ? La Grange - J'ai un certain valet, nomm י Mascarille, qui passe au sentiment de beaucoup de gens, pour une mani ט re de bel esprit, car il n't a rien de meilleur march י que le bel esprit maintenant. C'est un extravagant qui s'est mis en t ך te de vouloir faire l'homme de condition. Il se pique ordinairement de galanterie et de vers, et d י daigne les autres valets, jusqu' א les appeler brutaux. Du Croisy - Eh bien ! qu'en pr י tendez-vous faire ? La Grange - Ce que j'en pr י tends faire ? Il faut... Mais sortons d'ici auparavant. SC ָ NE II. - Gorgibus (3), Du Croisy, La Grange. Gorgibus - Eh bien ! vous avez vu ma ni ט ce et ma fille ? Les affaires iront-elles bien ? Quel est le r י sultat de cette visite ? La Grange - C'est une chose que vous pourrez mieux apprendre d'elles que de nous. Tout ce que nous pouvons vous dire, c'est que nous vous rendons gr ג ce de la faveur que vous nous avez faite, et demeurons vos tr ט s humbles serviteurs. Du Croisy - Vos tr ט s humbles serviteurs. Gorgibus - (seul.) Ouais ! il semble qu'ils sortent mal satisfaits d'ici. D'o ש pourrait venir leur m י contentement ? Il faut savoir un peu ce que c'est. Hol א ! SC ָ NE III. - Gorgibus, Marotte. Marotte - Que d י sirez-vous, Monsieur ? Gorgibus - O ש sont vos ma מ tresses ? Marotte - Dans leur cabinet. Gorgibus - Que font-elles ? Marotte - De la pommade pour les l ט vres. Gorgibus - C'est trop pommad י . Dites-leur qu'elles descendent. SC ָ NE IV. - Gorgibus. Gorgibus - Ces pendardes-l א , avec leur pommade, ont, je pense, envie de me ruiner. Je ne vois partout que blancs d'oeufs, lait virginal, et mille autres brimborions que je ne connais point. Elles ont us י , depuis que nous sommes ici, le lard d'une douzaine de cochons, pour le moins ; et quatre valets vivraient tous les jours des pieds de mouton qu'elles emploient. SC ָ NE V. - Madelon, Cathos, Gorgibus. Gorgibus - Il est bien n י cessaire, vraiment, de faire tant de d י pense pour vous graisser le museau ! Dites-moi un peu ce que vous avez fait א ces messieurs, que je les vois sortir avec tant de froideur ? Vous avais-je pas command י de les recevoir comme des personnes que je voulais vous donner pour maris ? Madelon - Et quelle estime, mon p ט re, voulez-vous que nous fassions du proc י d י irr י gulier de ces gens-l א ? Cathos - Le moyen, mon oncle, qu'une fille un peu raisonnable se p � t accommoder de leur personne ? Gorgibus - Et qu'y trouvez-vous א redire ? Madelon - La belle galanterie que la leur ! Quoi ! d י buter d'abord par le mariage ? Gorgibus - Et par o ש veux-tu donc qu'ils d י butent ? par le concubinage ? N'est-ce pas un proc י d י dont vous avez sujet de vous louer toutes deux, aussi bien que moi ? Est-il rien de plus obligeant que cela ? Et ce lien sacr י o ש ils aspirent n'est-il pas un t י moignage de l'honn ך tet י de leurs intentions ? Madelon - Ah ! mon p ט re, ce que vous dites l א est du dernier bourgeois. Cela me fait honte de vous ou ן r parler de la sorte, et vous devriez un peu vous faire apprendre le bel air des choses. Gorgibus - Je n'ai que faire ni d'air ni de chanson. Je te dis que le mariage est une chose sainte et sacr י e, et que c'est faire en honn ך tes gens que de d י buter par l א Madelon - Mon Dieu ! que si tout le monde vous ressemblait, un roman serait bient פ t fini ! La belle chose que ce serait, si d'abord Cyrus י pousait Mandane, et qu'Aronce de plain-pied f � t mari א י Cl י lie (4) ! Gorgibus - Que me vient conter celle-ci ? Madelon - Mon p ט re, voil א ma cousine qui vous dira aussi bien que moi que le mariage ne doit jamais arriver qu'apr ט s les autres aventures. Il faut qu'un amant, pour ך tre agr י able, sache d י biter les beaux sentiments, pousser le doux, le tendre et le passionn5 ) י ), et que sa recherche soit dans les formes. Premi ט rement, il doit voir au temple, ou א la promenade, ou dans quelque c י r י monie publique, la personne dont il devient amoureux ; ou bien ך tre conduit fatalement chez elle par un parent ou un ami, et sortir de l א tout r ך veur et m י lancolique. Il cache un temps sa passion א l'objet aim י , et cependant lui rend plusieurs visites, o ש l'on ne manque jamais de mettre sur le tapis une question galante qui exerce les esprits de l'assembl י e. Le jour de la d י claration arrive, qui se doit faire ordinairement dans une all י e de quelque jardin, tandis que la compagnie s'est un peu י loign י e : et cette d י claration est suivie d'un prompt courroux, qui para מ t א notre rougeur, et qui, pour un temps, bannit l'amant de notre pr י sence. Ensuite il trouve moyen de nous apaiser, de nous accoutumer insensiblement au discours de sa passion, et de tirer de nous cet aveu qui fait tant de peine. Apr ט s cela viennent les aventures, les rivaux qui se jettent א la traverse d'une inclination י tablie, les pers י cutions des p ט res, les jalousies con ח ues sur de fausses apparences, les plaintes, les d י sespoirs, les enl ט vements, et ce qui s'ensuit. Voil א comme les choses se traitent dans les belles mani ט res, et ce sont des r ט gles dont, en bonne galanterie, on ne saurait se dispenser. Mais en venir de but en blanc א l'union conjugale, ne faire l'amour qu'en faisant le contrat du mariage, et prendre justement le roman par la queue ; encore un coup, mon p ט re, il ne se peut rien de plus marchand que ce proc י d י ; et j'ai mal au coeur de la seule vision que cela me fait. Gorgibus - Quel diable de jargon entends-je ici ? Voici bien du haut style. Cathos - En effet, mon oncle, ma cousine donne dans le vrai de la chose. Le moyen de bien recevoir des gens qui sont tout א fait incongrus en galanterie ! Je m'en vais gager qu'ils n'ont jamais vu la carte de Tendre, et que Billets-Doux, Petits-Soins, Billets-Galants et Jolis-Vers sont des terres inconnues pour eux (6). Ne voyez-vous pas que toute leur personne marque cela, et qu'ils n'ont point cet air qui donne d'abord bonne opinion des gens ? Venir en visite amoureuse avec une jambe toute unie, un chapeau d י sarm י de plumes, une t ך te irr י guli ט re en cheveux, et un habit qui souffre une indigence de rubans ; mon Dieu, quels amants sont-ce l א ! Quelle frugalit י d'ajustements, et quelle s י cheresse de conversation ! On n'y dure point, on n'y tient pas. J'ai remarqu י encore que leurs rabats (7) ne sont pas de la bonne faiseuse, et qu'il s'en faut plus d'un grand demi-pied que leurs hauts-de-chausses ne soient assez larges. Gorgibus - Je pense qu'elles sont folles toutes deux, et je ne puis rien comprendre א ce baragouin. Cathos, et vous, Madelon... Madelon - Eh ! de gr ג ce, mon p ט re, d י faites-vous de ces noms י tranges et nous appelez autrement. Gorgibus - Comment, ces noms י tranges ? Ne sont-ce pas vos noms de bapt ך me ? Madelon - Mon Dieu, que vous ך tes vulgaire ! Pour moi, un de mes י tonnements, c'est que vous ayez pu faire une fille si spirituelle que moi. A-t-on jamais parl י , dans le beau style, de Cathos ni de Madelon, et ne m'avouerez-vous pas que ce serait assez d'un de ces noms pour d י crier le plus beau roman du monde ? Cathos - Il est vrai, mon oncle, qu'une oreille un peu d י licate p ג tit furieusement א entendre prononcer ces mots-l א ; et le nom de Polyx ט ne que ma cousine a choisi, et celui d'Aminte que je me suis donn י , ont une gr ג ce dont il faut que vous demeuriez d'accord. Gorgibus - Ecoutez, il n'y a qu'un mot qui serve. Je n'entends point que vous ayez d'autres noms que ceux qui vous ont י t י donn י s par vos parrains et marraines ; et pour ces messieurs dont il est question, je connais leurs familles et leurs biens, et je veux r י solument que vous vous disposiez א les recevoir pour maris. Je me lasse de vous avoir sur les bras, et la garde de deux filles est une charge un peu trop pesante pour un homme de mon ג ge. Cathos - Pour moi, mon oncle, tout ce que je vous puis dire, c'est que je trouve le mariage une chose tout א fait choquante. Comment est-ce qu'on peut souffrir la pens י e de coucher contre un homme vraiment nu ? Madelon - Souffrez que nous prenions un peu haleine parmi le beau monde de Paris, o ש nous ne faisons que d'arriver. Laissez-nous faire א loisir le tissu de notre roman, et n'en pressez point tant la conclusion. Gorgibus - ( א part.) Il n'en faut point douter, elles sont achev י es. (Haut.) Encore un coup, je n'entends rien א toutes ces balivernes : je veux ך tre ma מ tre absolu : et pour trancher toutes sortes de discours, ou vous serez mari י es toutes deux avant qu'il soit peu, ou, ma foi, vous serez religieuses ; j'en fais un bon serment. SC ָ NE VI. - Cathos, Madelon. Cathos - Mon Dieu, ma ch ט re, que ton p ט re a la forme enfonc י e dans la mati ט re ! que son intelligence est י paisse, et qu'il fait sombre dans son ג me ! Madelon - Que veux-tu, ma ch ט re ? J'en suis en confusion pour lui. J'ai peine א me persuader que je puisse ך tre v י ritablement sa fille, et je crois que quelque aventure un jour me viendra d י velopper une naissance plus illustre. Cathos - Je le croirais bien ; oui, il y a toutes les apparences du monde ; et, pour moi, quand je me regarde aussi... SC ָ NE VII. - Cathos, Madelon, Marotte. Marotte - Voil א un laquais qui demande si vous ך tes au logis, et dit que son ma מ tre vous veut venir voir. Madelon - Apprenez, sotte, א vous י noncer moins vulgairement. Dites : Voil א un n י cessaire qui demande si vous ך tes en commodit י d' ך tre visibles. Marotte - Dame ! je n'entends point le latin : et je n'ai pas appris comme vous, la filophie dans le grand Cyre. Madelon - L'impertinente ! Le moyen de souffrir cela ! Et qui est-il le ma מ tre de ce laquais ? Marotte - Il me l'a nomm י le marquis de Mascarille. Madelon - Ah ! ma ch ט re, un marquis ! un marquis ! Oui, allez dire qu'on nous peut voir. C'est sans doute un bel esprit qui aura ou ן parler de nous. Cathos - Assur י ment, ma ch ט re. Madelon - Il faut le recevoir dans cette salle basse, plut פ t qu'en notre chambre. Ajustons un peu nos cheveux au moins, et soutenons notre r י putation. Vite, venez nous tendre ici dedans le conseiller des gr ג ces. Marotte - Par ma foi ! je ne sais point quelle b ך te c'est l א ; il faut parler chr י tien (8), si vous voulez que je vous entende. Cathos - Apportez-nous le miroir, ignorante que vous ך tes, et gardez-vous bien d'en salir la glace par la communication de votre image. (Elles sortent.) SC ָ NE VIII. - Mascarille, deux porteurs. Mascarille - Hol א ! porteurs, hol א ! L א , l א , l א , l א , l א , l א . Je pense que ces marauds-l א ont dessein de me briser, א force de heurter contre les murailles et les pav י s. Premier porteur - Dame ! c'est que la porte est י troite. Vous avez voulu aussi que nous soyons entr י s jusqu'ici. Mascarille - Je le crois bien. Voudriez-vous, faquins, que j'exposasse l'embonpoint de mes plumes aux incl י mences de la saison pluvieuse, et que j'allasse imprimer mes souliers en boue ? Allez, פ tez votre chaise d'ici. Deuxi ט me porteur - Payez-nous donc, s'il vous pla מ t, Monsieur. Mascarille - Hein ! Deuxi ט me porteur - Je dis, Monsieur, que vous nous donniez de l'argent, s'il vous pla מ t. Mascarille - (lui donnant un soufflet.) Comment, coquin ! demander de l'argent א une personne de ma qualit י ! Deuxi ט me porteur - Est-ce ainsi qu'on paye les pauvres gens ? et votre qualit י nous donne-t-elle א d מ ner ? Mascarille - Ah ! ah ! je vous apprendrai א vous conna מ tre ! Ces canailles-l א s'osent jouer א moi. Premier porteur - (Prenant un des b ג tons de sa chaise.) C א , payez-nous vitement. Mascarille - Quoi ? Premier porteur - Je dis que je veux avoir de l'argent tout א l'heure. Mascarille - Il est raisonnable, celui-l א Premier porteur - Vite donc ! Mascarille - Oui-da ! Tu parles comme il faut, toi ; mais l'autre est un coquin qui ne sait ce qu'il dit. Tiens, es-tu content ? Premier porteur - Non, je ne suis pas content : vous avez donn י un soufflet א mon camarade, et... (Levant son b ג ton.) Mascarille - Doucement ! Tiens, voil א pour le soufflet. On obtient tout de moi quand on s'y prend de la bonne fa ח on. Allez, venez me reprendre tant פ t pour aller au Louvre, au petit coucher. SC ָ NE IX. - Marotte, Mascarille. Marotte - Monsieur, voil א mes ma מ tresses qui vont venir tout א l'heure. Mascarille - Qu'elles ne se pressent point : je suis ici post י commod י ment pour attendre. Marotte - Les voici. SC ָ NE X. - Madelon, Cathos, Mascarille, Almanzor. Mascarille - (apr ט s avoir salu י .) Mesdames, vous serez surprises sans doute de l'audace de ma visite ; mais votre r י putation vous attire cette m י chante affaire, et le m י rite a pour moi des charmes si puissants, que je cours partout apr ט s lui. Madelon - Si vous poursuivez le m י rite, ce n'est pas sur nos terres que vous devez chasser. Cathos - Pour voir chez nous le m י rite, il a fallu que vous l'y ayez amen י Mascarille - Ah ! je m'inscris en faux contre vos paroles. La renomm י e accuse juste en contant ce que vous valez ; et vous allez faire pic, repic et capot tout ce qu'il y a de galant dans Paris. Madelon - Votre complaisance pousse un peu trop avant la lib י ralit י de ses louanges ; et nous n'avons garde, ma cousine et moi, de donner de notre s י rieux dans le doux de votre flatterie. Cathos - Ma ch ט re, il faudrait faire donner des si ט ges. Madelon - Hol א ! Almanzor. Almanzor - Madame ? Madelon - Vite, voiturez-nous ici les commodit י s de la conversation. Mascarille - Mais, au moins, y a-t-il s � ret י ici pour moi ? (Almanzor sort.) Cathos - Que craignez-vous ? Mascarille - Quelque vol de mon coeur, quelque assassinat de ma franchise. Je vois ici des yeux qui ont la mine d' ך tre de fort mauvais gar ח ons, de faire insulte aux libert י s, et de traiter une ג me de Turc א More (9). Comment, diable ! d'abord qu'on les approche, ils se mettent sur leur garde meurtri ט re. Ah ! par ma foi, je m'en d י fie ! et je m'en vais gagner au pied, ou je veux caution bourgeoise (10) qu'ils ne me feront point de mal. Madelon - Ma ch ט re, c'est le caract ט re enjou י Cathos - Je vois bien que c'est un Amilcar (11). Madelon - Ne craignez rien : nos yeux n'ont point de mauvais desseins, et votre coeur peut dormir en assurance sur leur prud'homie. Cathos - Mais de gr ג ce, Monsieur, ne soyez pas inexorable א ce fauteuil qui vous tend les bras il y a un quart d'heure ; contentez un peu l'envie