France Métropolitaine : 2,90€ / Vendu sans supplément à l’international / BEL : 2,80€ / CH : 3,90 FS / DOM : 3,40€ / REU : 3,40€ / ESP : 3,00€ / LUX : 2,80€ / MAR : 27 MAD / PORT : 3,20€ / TUN : 9 DT www.lejdd.fr DIMANCHE 2 ET LUNDI 3 AOÛT 2026 N° 4151 2,90 € Page 12 Page 14 L’EX-PORTE- PAROLE DE ZELENSKY CHARGE LE PRÉSIDENT DE L’UKRAINE CHAOS MIGRATOIRE À CEUTA RETAILLEAU ACCUSE SANCHEZ PHILIPPE DE VILLIERS L’EXPULSION DE XENIA FEDOROVA EST ILLÉGALE » Pages 8-9 LA BATAILLE EST LANCEE 2027 Comment les candidats se préparent Les cartes postales du dernier été avant l’élection « « Je veux renverser la table » ENTRETIEN EXCLUSIF AVEC GABRIEL ATTAL • • JUSTICE, IMMIGRATION L’ancien Premier ministre dévoile son projet de rupture • • DUEL Attal mise sur « l’optimisme » et laisse « le sang et les larmes » à Édouard Philippe JUSTIN PICAUD/LE TÉLÉGRAMME/MAXPPP VITALII RUDENKO ; ANTHONY QUITTOT AUX RACINES DE L’EXCELLENCE Nature, culture, gestes, tout est affaire d’ancrage. En restant fidèles à nos racines, nous perpétuons, chaque jour, nos savoir-faire et nos filières d’excellence. Cet ancrage donne naissance à des produits d’exception et fait vivre durablement les territoires. La qualité est un long chemin, qui part de la terre pour toucher le cœur. d’hectares d’habitats de la faune et de la flore préservés ou régénérés 4,3 M d’impôt sur les sociétés à juin 2026, dont près de la moitié en France 2,6 Md€ ateliers de production en France 117 recruteur privé en France* 1 er des Journées Particulières, du 16 au 18 octobre 2026, avec 69 lieux ouverts au grand public, dont 44 en France 6 e édition de visiteurs reçus à la Fondation Louis Vuitton depuis son ouverture en 2014 12 M *Classement 2026 de L’Usine Nouvelle. ©Visu’ailes 775 67041 7 R.C.S Paris. LE JOURNAL DU DIMANCHE 2 DIMANCHE 2 AOÛT 2026 L’événement GABRIEL ATTAL ‘‘Je propose la plus grande réforme institutionnelle depuis 1958’’ EXCLUSIF Administration, justice, immigration : le candidat à l’élection présidentielle dévoile ses propositions pour refonder la « maison France » du sol au plafond RÉFÉRENDUM L’ancien Premier ministre souhaite consulter le peuple chaque année lors d’une journée référendaire Quel regard portez-vous sur l’afflux de migrants à Ceuta ces derniers jours ? J’ai fait des frontières un des quatre chantiers capitaux de ma campagne, et ce qui se passe à Ceuta nous rap- pelle l’urgence d’agir. Là-bas, ce sont nos frontières et notre autorité qui sont mises à l’épreuve et un drame humanitaire qui se joue. Chaque pays doit pouvoir mieux contrôler ses frontières, expulser plus facile- ment, évidemment. Mais c’est au niveau européen que les choses se jouent vraiment et vont se jouer de plus en plus. Le pacte asile et migra- tion, auquel la droite et l’extrême droite se sont opposées, nous donne des premiers moyens pour agir : il doit être mis en place rapidement et Frontex être renforcé. Je veux aussi réformer les règles de Schengen : les pays doivent pouvoir refouler des personnes en situation irrégu- lière à leurs frontières et un pays ne devrait pas décider unilatérale- ment de régularisations massives impactant ses voisins. Alors que les incendies continuent de faire rage, certains vous reprochent d’avoir réduit le budget de la sécurité civile lorsque vous étiez Premier ministre et annulé la commande de deux Canadair. Que leur répondez-vous ? Qu’ils racontent n’importe quoi. La France insoumise fait du Trump bas de gamme. D’abord, plutôt que de polémiquer, il faut remercier tous ceux qui sont mobilisés sur le terrain. Je veux avoir une pensée pour eux, et notamment pour les blessés ou ceux qui y ont perdu la vie. Je veux aussi souligner le tra- vail remarquable de Laurent Nuñez qui gère ces crises avec sang-froid et efficacité. Ensuite, l’année où j’étais Premier ministre, nous avons lancé avec Gérald Darmanin le Beauvau de la sécurité civile et le budget de la sécurité civile a augmenté de 288 millions d’euros, contre l’avis PROPOS RECUEILLIS PAR VICTOR-ISAAC ANNE INTERVIEW Gabriel Attal au siège du parti Renaissance, à Paris, le 22 juillet. ANTHONY QUITTOT LE JOURNAL DU DIMANCHE L’événement DIMANCHE 2 AOÛT 2026 3 de La France insoumise qui a voté contre. J’ai lancé la commande de deux Canadair : une première depuis vingt ans. Ils seront livrés en 2028 et deux autres Canadair ont été com- mandés depuis. J’ai également lancé la commande de 36 hélicoptères bombardiers d’eau : LFI avait voté contre leur commande ! Tout cela n’est rien d’autre qu’une diversion pour tenter de faire oublier qu’ils ont toujours voté contre les pompiers. On savait qu’ils voulaient désarmer les policiers, Jean-Luc Mélenchon veut aussi désarmer les pompiers. La canicule et les incendies rappellent l’urgence climatique. Pourtant, l’écologie ne figure pas parmi vos quatre chantiers prioritaires. Pourquoi ? Parce qu’elle est déjà intégrée à mon projet. Je présente quatre grands chantiers, mais aussi deux dettes que nous devons résorber : la dette publique et la dette écologique. Sur ce sujet, j’ai un cap clair. Pour moi, ce cap, ce sont les accords de Paris. Notre responsabilité est de respec- ter la trajectoire de réduction des émissions de CO₂ qu’ils fixent. Cela suppose de poursuivre la décarbona- tion de notre économie, notamment dans l’industrie et les transports. Je présenterai des propositions pour accélérer le développement des véhicules électriques, accompa- gner la décarbonation industrielle et réduire durablement nos émissions. Comme chaque été, les installations illicites de campements de gens du voyage se multiplient. N’y a-t-il pas une forme d’opportunisme politique à vous saisir aujourd’hui de ce sujet ? Il y a surtout une urgence à agir ! Année après année, les installations sauvages et illégales des gens du voyage gâchent la vie des maires et des Français. La loi est bafouée, c’est inacceptable et je vais y mettre fin. Je serai dès cette semaine auprès d’élus et de Français concernés par ces phénomènes pour présenter des propositions très fortes sur le sujet. Ils méritent le soutien sans faille de l’État. Il y en a marre. Malgré une forte présence sur le terrain depuis le début de l’été, votre candidature peine à décoller. Comment l’expliquez-vous ? Au contraire, ma campagne est en nette dynamique. Je le ressens sur le terrain en échangeant avec les Français. Et dans tous les sondages réalisés depuis mon lancement, je progresse par rapport à ceux qui l’ont précédé. Le dernier sondage en date, par exemple, me place trois points derrière Édouard Phi- lippe, contre dix avant l’annonce de ma candidature : c’est dans la marge d’erreur. En fin de semaine encore, un baromètre nous plaçait à égalité. Nous sommes encore à un peu moins d’un an de l’élection, tout va bouger. Peut-on, comme vous le faites, jouer la carte du renouvellement générationnel après avoir été ministre pendant six ans ? Je le crois. J’assume mon bilan : je suis comptable de ce que j’ai fait, ou pas fait, dans chacune des fonctions qui m’ont été confiées au moment où elles m’ont été confiées. J’assume aussi d’être le seul candidat qui ne soit pas en politique depuis plusieurs décennies. Je crois aussi être le seul à vouloir changer le système en pro- fondeur. Ce n’est pas simplement un vœu pieux mais une conviction for- gée par mon expérience du pouvoir. Cette expérience m’a permis de tou- cher du doigt les limites du système actuel : je les ai vues de l’intérieur. Je suis donc très au clair sur la rupture profonde qu’il faut pour notre pays, je serai prêt, dès le premier jour de mon mandat, à la mettre en œuvre. Je veux renverser la table. Certains craignent que la campagne ne tourne à la foire d’empoigne au sein du socle commun, au risque de compromettre le rassemblement derrière un seul candidat... Le principal risque serait plutôt qu’il n’y ait pas de vrai débat ni de vraie campagne. Les Français n’attendent pas une coalition d’appareils ou de personnes dont le seul projet serait de « faire barrage aux extrêmes ». Ils en ont marre de faire barrage et veulent élire un président pour bâtir. Moi, je veux convaincre sur le fond. C’est comme cela que nous éviterons un second tour RN-LFI l’année prochaine. Qu’est-ce qui vous distingue fondamentalement d’Édouard Philippe ? J’ai un grand respect pour Édouard Philippe, nous avons fait partie de la même majorité entre 2017 et 2024. Et dans cette campagne, plutôt que de parler de mes compétiteurs, je vais parler de ce que je veux porter. C’est comme cela que les Français mesureront les différences entre nous. D’abord, j’ai décidé de baser ma campagne sur l’optimisme. Je pense que nous avons toutes les cartes en main pour réussir et que la France a encore ses plus belles pages à écrire. À condition de faire de vrais choix l’année prochaine. Je laisse à d’autres le sang et les larmes, moi je m’engage avec optimisme et énergie. Je veux remettre la France en mou- vement. Ensuite, mon projet repose sur un constat simple : en 2027, il faudra tout changer. Je sais que si beaucoup de Français sont à bout, c’est parce que nous arrivons au bout d’un système. Ce système, bâti en 1945 pour la protection sociale ou en 1958 pour nos institutions, je veux le changer, pas seulement faire des ajustements de paramètres. Un pro- jet qui se résumerait à passer l’âge de la retraite à 66 ou 67 ans et à faire un peu plus de décrets ne convaincra jamais les Français. Car ce dont la France a besoin, c’est de changer radicalement notre modèle social, nos institutions, notre organisa- tion régalienne, notre école. Dans un monde qui accélère, on doit accélérer aussi. Certains veulent faire rouler la France à 50 km/h, d’autres à 80. Moi, je veux qu’elle fonce à 140. Sinon, nous serons dura- blement dépassés. La Chine et les États-Unis ne nous attendent pas sur l’aire d’autoroute. Que se passerait-il si, en janvier, Édouard Philippe et vous étiez au coude-à-coude ? C’est précisément pour anticiper cette hypothèse que j’ai proposé une méthode. J’ai souhaité la création d’un comité de liaison entre nos formations politiques afin qu’elles échangent réguliè- rement et bâtissent la méthode de rassemblement. Il y a un consensus pour mesurer la dynamique via les sondages en début d’année 2027. Si nous étions au coude-à-coude dans les sondages, j’ai proposé qu’un vote de départage puisse être organisé. À ce stade, cette idée ne semble pas partagée par Édouard Philippe et Horizons. Vous refusez de vous définir comme un homme de droite ou de gauche. Comment éviter le piège du nouveau « en même temps » ? Je ne crois plus au « en même temps » . Sur les questions d’auto- rité et de sécurité notamment, cette approche a montré ses limites. Je crois au dépassement politique avec une ligne claire et des choix assumés. Le retour de la guerre en Europe, la révolution de l’intelli- gence artificielle, l’accélération du dérèglement climatique ou encore le retour du protectionnisme rendent le clivage gauche-droite obsolète. Aujourd’hui, on le voit à l’Assemblée, le clivage gauche- droite produit davantage de divi- sions que de solutions. C’est pour cela que contrairement à d’autres, je ne pense pas que l’urgence soit de refaire l’UMP d’il y a vingt ans avec ceux d’il y a vingt ans. Je crois que c’est trop étroit pour gagner et trop étroit pour gouverner. Le sujet n’est plus seulement de savoir qui gou- verne. Le sujet est de savoir si notre pays est encore gouvernable. Ma priorité, c’est de rendre la France gouvernable à nouveau. Pour cela, il faut des convictions, de la déter- mination et la volonté de faire. C’est pour cela que je demanderai aux Français une majorité claire. Les alternances sans majorité, les com- promis permanents et les blocages institutionnels ont montré leurs limites. Je veux une majorité pour transformer le pays, et j’accepterai d’être jugé sur les résultats. Vous travaillez à une grande réforme institutionnelle. Que contiendrait-elle ? Quand il faut cinq, six ou sept ans de procédures à un entrepreneur pour bâtir une usine ou à un maire pour construire une école ou une ligne de transport, quand une peine pronon- cée est rarement exécutée, c’est que le système est à bout de souffle. Il y a une part de bilan positif des dix dernières années, par exemple sur la baisse du chômage ou notre réar- mement militaire. Mais les Français nous disent : pourquoi n’avez-vous pas renversé la table ? Pour moi la réponse est simple : le renoncement dès 2018 à la mère des réformes, celle de nos institutions. Le cadre est resté le même, alors malgré tous les efforts déployés, notre pays souffre toujours de trois grands maux. D’abord, une forme d’impunité de ceux qui sèment le désordre et affaiblissent ainsi l’autorité de l’État. Ensuite, une lenteur qui donne le sentiment que notre démocratie est devenue une « vétocratie », où quand un citoyen, un entrepreneur, un élu local porte un projet, il se trouve toujours quelqu’un pour l’en empêcher. Enfin, le sentiment d’un entre-soi et d’une forme de « copi- nage » qui nourrit l’idée que toutes les décisions sont prises à Paris, par les mêmes, dans des institutions qui ne correspondent plus à notre époque. Face à cela je ne vois qu’un chemin : lever ces blocages. Sinon, le pays connaîtra une révolte majeure comme cela a été le cas pendant les Gilets jaunes. Le prochain président ne pourra pas être le gestionnaire du déclin. Je veux donc soumettre aux Français, après l’élection, la plus grande réforme institution- nelle depuis 1958. Une réforme qui engagera le fonctionnement même de notre démocratie et qui sera tran- chée directement par les Français. Il n’y aura pas de changement profond dans le pays sans réforme majeure de nos institutions. À l’automne, j’aurai l’occasion de proposer une nouvelle organisation territoriale pour déparisianiser la France et faire du maire l’élu le plus puis- sant. L’État doit se concentrer sur ses grandes missions régaliennes et faire confiance aux élus « Je veux que la France fonce à 140, pas qu’elle roule à 80 » À Vannes le week-end dernier, le candidat de 37 ans achevait un déplacement de trois jours en Bretagne. SÉBASTIEN SALOM-GOMIS/AFP ggg locaux pour l’essentiel des décisions. Jean-Louis Borloo a, selon moi, posé le bon diagnostic et formulé plusieurs propositions intéressantes. C’est dans cet esprit que je travaille. Concrètement, comment sortir de cette « vétocratie » ? La vétocratie, c’est un système où le pouvoir appartient à ceux qui empêchent de faire. En sortir, c’est le redonner à ceux qui veulent faire. Pour cela, je propose d’abord d’inscrire dans la Constitution un principe de rapidité avec un délai maximal de deux mois pour que l’administration réponde à tout porteur de projet. En l’absence de réponse, le silence vaudra accord. Ce ne sera plus aux citoyens de subir les dysfonctionnements administratifs, mais à l’administration d’en assu- mer les conséquences. Suivant ce principe, je propose aussi de limiter à dix-huit mois maximum l’empile- ment de tous les recours adminis- tratifs, entre la première saisine et la décision définitive. Aujourd’hui, des projets restent bloqués des années. Je ne veux plus que des entrepre- neurs, des élus locaux, des investis- seurs soient condamnés à renoncer. Cela passera donc par une réforme en profondeur de l’administration. Oui. Je veux un « spoil system » à la française. Le président élu doit nommer à la tête des grandes admi- nistrations des responsables avec le mandat politique d’appliquer le projet politique sur lequel il a été élu. C’est ce que nous aurions dû faire en 2017. Certaines politiques publiques ont été gérées par les mêmes personnes sous Nicolas Sarkozy, François Hollande puis Emmanuel Macron. Or on ne trans- forme pas profondément un pays si ceux qui mettent en œuvre les poli- tiques publiques restent les mêmes. Je veux aussi simplifier l’organisa- tion administrative. Les niveaux hiérarchiques ont été multipliés sans qu’on ait de responsables clai- rement identifiés sur le terrain. Il faut remettre des chefs sur le ter- rain. Le directeur d’une école doit être le vrai chef de son école. Le président d’un tribunal le vrai chef de sa juridiction. Avec davantage d’autonomie sur les moyens et une vraie évaluation sur les résultats. Plus généralement, faut-il revoir les nominations au plus haut niveau de l’État ? Assurément. Ce sujet est instru- mentalisé par beaucoup qui tentent de faire croire que les nominations aux plus hautes instances de notre pays sont devenues du « copinage » alors qu’elles devraient récompen- ser le seul mérite. C’est évidemment faux mais cela doit nous obliger à voir le malaise qui s’est installé. Il faudra revoir en profondeur le pou- voir de nomination du président de la République aux fonctions concernées par l’article 13 de la Constitution pour mieux l’encadrer et restaurer la confiance. Vous ne craignez pas de vous heurter à des résistances considérables ? Je me suis toujours heurté à des résistances considérables. Quand j’ai interdit l’abaya, rétabli le redoublement, interdit le verse- ment des aides sociales sur des comptes bancaires étrangers ou encore engagé une réforme de la justice des mineurs. Et pourtant je n’ai pas lâché, et je l’ai fait. J’ai toujours eu la force d’agir et je n’ai LE JOURNAL DU DIMANCHE 4 DIMANCHE 2 AOÛT 2026 L’événement jamais reculé. Et je suis convaincu qu’une majorité de Français veut ce changement de modèle. Comptez-vous toujours réduire le nombre de parlementaires et d’élus ? Oui. Je propose de ramener le nombre de députés à 350 et celui des sénateurs à 200. C’est d’abord une question d’efficacité : notre Parlement est trop pléthorique pour bien fonctionner. De plus, ce n’est pas cela qui résorbera le déficit mais avec un budget cumulé pour le Parlement de 900 millions d’euros par an, supprimer près de 400 par- lementaires permettra de faire plu- sieurs centaines de millions d’euros d’économie chaque année. Souhaitez-vous recourir plus souvent au référendum sur les grands choix du pays ? Oui. En 2027, cela fera 22 ans que les Français n’ont pas été consultés. Démocratiquement, cela n’est plus tenable. Si je suis élu président de la République, je souhaite qu’un réfé- rendum soit organisé chaque année lors d’une journée référendaire, avec plusieurs questions à choix multiples sur des sujets préalable- ment discutés et travaillés avec les forces politiques et les partenaires sociaux. Il faudra d’ailleurs revoir la Constitution pour faciliter mas- sivement le recours au référendum. Je veux également permettre aux maires d’organiser plus facilement des référendums locaux. Cela pour- rait notamment permettre de faire aboutir certains projets aujourd’hui bloqués. Je n’ai pas de tabou sur les sujets qui pourraient être soumis aux Français. Vous évoquez régulièrement la nécessité d’un « choc d’autorité » Comment le traduire concrètement ? Cela suppose d’abord une réforme profonde de notre système judi- ciaire. Il faut construire davantage de places de prison. Or, trop peu de communes acceptent d’en accueillir. Ces constructions doivent relever d’opérations d’intérêt national. L’État doit décider où elles seront implantées. Ensuite, une peine pro- noncée doit être une peine exécutée. Je propose de supprimer le juge de l’application des peines ainsi que les remises automatiques de peine. Enfin, je souhaite réécrire entière- ment le Code de procédure pénale afin de le rendre plus simple et évi- ter que des vices de procédure per- mettent à des criminels d’échapper à leur condamnation. Quid du cas particulier des mineurs délinquants ? C’est mon combat ! Et c’est aujourd’hui l’un des principaux défis en matière de sécurité. Je l’ai dit dans toutes les responsabilités que j’ai exercées, comme secrétaire d’État à la jeunesse, ministre de l’Éduca - tion nationale puis comme Premier ministre, en affirmant le « tu casses, tu répares » dans ma déclaration de politique générale. La dissolution m’a empêché d’accomplir le tour- nant que je proposais. Je le porte dans mon projet présidentiel. Là aussi, notre cadre constitutionnel empêche d’aller suffisamment loin face à la délinquance des mineurs. Là aussi, il faudra changer. Sondage après sondage, une majorité de Français estime qu’il y a trop d’immigration dans notre pays. Comment répondre à cette préoccupation ? Je l’avais dit aussi en arrivant à Matignon : il faut accueillir moins pour accueillir mieux. Je ne fais pas partie de ceux qui pensent que la France pourrait vivre sans immigra- tion. Une partie de notre économie tourne avec l’immigration et notre pays s’est construit avec une part d’immigration. En revanche, la maîtrise de l’immigration est l’un des grands échecs des deux der- niers quinquennats. Je propose une « préférence travail ». Les partenaires sociaux évalueraient les besoins de notre économie. Ces besoins seraient ensuite transmis au Parlement, qui voterait de véri- tables quotas. Et je parle bien de quotas limitatifs, pas simplement indicatifs. Ils seraient définis par secteur professionnel mais aussi par origine géographique, afin de préserver une diversité des flux migratoires. Cela suppose de modi- fier la Constitution, mais j’assume là aussi de lever ce tabou. Peut-on redresser les finances publiques sans augmenter les impôts ? Nous avons passé la semaine der - nière le « jour de libération fiscale » à partir duquel les contribuables fran- çais commencent à travailler pour eux-mêmes. Je pense qu’on paye largement assez d’impôts en France pour ne pas avoir à en rajouter : nous sommes déjà dans le pays où les prélèvements obligatoires sont les plus élevés de l’OCDE. Augmenter encore les impôts reviendrait à creu- ser davantage l’écart avec nos voi - sins européens. La priorité est donc de faire des économies avec plus d’exemplarité, et surtout avec des réformes de structure. Nous devons apprendre à faire mieux avec moins, dans nos services publics comme dans notre modèle social. Les deux tiers de nos dépenses publiques sont des dépenses sociales. C’est donc là que doivent porter les deux tiers de nos efforts. Je propose de revoir en profondeur l’assurance chômage, le système des arrêts maladie devenu hors de contrôle et notre système de retraite. La réforme de l’État que je défends permettra également de dégager des économies importantes. En taillant, par exemple, dans les effectifs publics ? Entre autres. Je propose un plan de départs volontaires de 100 000 fonc- tionnaires, accompagné d’une prime de départ volontaire. Cela concer- nera l’État comme les collectivités locales. Je ne crois pas aux saignées irréalisables de 500 000 fonction- naires comme certains candidats l’avaient proposé lors de précédentes élections. Mais notre pays ne peut plus vivre durablement à crédit. Il faut inverser la tendance en contrai- gnant les gouvernements à respecter les budgets avec une véritable règle d’or budgétaire dans la Constitution qui oblige à redresser les finances publiques. On ne peut plus s’endet- ter avec la carte de crédit de nos enfants et de nos petits-enfants. À un moment ou à un autre, les Français devront bien consentir des efforts... J’ai la conviction profonde que c’est par le travail que nous rééqui- librerons notre modèle social. Mais tout dépend de la manière dont on réforme. Sur la retraite par exemple, je pense que l’on peut inciter à tra- vailler davantage en donnant aussi de la liberté. Plutôt que de passer l’âge à 67 ans, je défends un système universel, avec les mêmes règles pour tous. Un système libre en ne gardant que la durée de cotisation avec une vraie décote pour ceux qui partent tôt et une vraie surcote pour ceux qui travaillent plus longtemps. Je veux également introduire une part de capitalisation. À mes yeux, cette transformation sera bien plus efficace, y compris pour nos finances publiques, que la simple modifica- tion de l’âge légal. Vous promettez de refaire de la France la première puissance d’Europe d’ici dix ans. Au regard de notre dette, de notre croissance et de notre démographie, cet objectif est-il réellement atteignable ? Il l’est, à condition de réussir quatre grands chantiers : l’école, les salaires, les frontières et l’intelligence artifi- cielle. L’école libérera le potentiel de chaque jeune Français. L’IA sera décisive parce qu’elle déterminera notre productivité, notre croissance et, au fond, notre niveau de vie. Si la France avait connu le même gain de productivité que les États-Unis lors de la révolution numérique, le salaire médian ne serait pas aujourd’hui d’environ 2 200 euros net, mais de près de 3 300 euros. Seriez-vous prêt à débattre de tous ces sujets avec Édouard Philippe et Bruno Retailleau ? Bien sûr. J’aime le débat et je pense qu’il est indispensable en démocratie. Si une chaîne propose un débat entre les candidats que vous évoquez, je l’accepterai avec enthousiasme. Les Français doivent pouvoir comparer nos projets, nos méthodes et nos choix. g « L’immigration est un grand échec des deux derniers quinquennats » Qui, d’Édouard Philippe (à g.) ou de Gabriel Attal, représentera le bloc central à l’élection présidentielle ? ELIOT BLONDET/ABACA ggg LE JOURNAL DU DIMANCHE DIMANCHE 2 AOÛT 2026 5 Les indiscrets ISA HARSIN/SIPA ; DR ; ALEXIS JUMEAU/ABACA ; PHILIPPE LAVIEILLE/LE PARISIEN/MAXPPP Les indiscrets Sandrine Rousseau indésirable chez LFI En désaccord avec une candidature autonome des Écologistes, la députée Sandrine Rousseau plaide de longue date pour un rapprochement avec Jean-Luc Mélenchon. Chez les Verts, on s’attend d’ailleurs à ce que la députée de Paris rejoigne LFI en cours de campagne. Dans ce parti où aucune tête ne dépasse, cette perspective suscite un enthousiasme mesuré, voire parfois une franche hostilité : « Rousseau est ingérable » , souffle un cadre mélenchoniste. g « Édouard, mon pote de droite », épisode IV Aperçu au meeting d’Édouard Philippe, le 5 juillet à l’Adidas Arena, le documentariste Laurent Cibien tourne le quatrième volet de sa série Édouard, mon pote de droite . Les deux hommes se sont rencontrés à la fin des années 1980, en hypokhâgne au lycée Janson-de-Sailly, à Paris. Après un premier épisode consacré à la conquête du Havre en 2014, un deuxième à la primaire de la droite de 2016, puis un troisième à ses années à Matignon, ce nouvel opus, sans doute le dernier, suivra l’ancien Premier ministre dans la dernière ligne droite de sa course à l’Élysée. Sa diffusion est prévue après l’élection présidentielle de 2027. g Une mission ennuyeuse pour le « Charles-de-Gaulle » Initialement déployé en mer du Nord pour répondre à des besoins opérationnels, le Charles-de-Gaulle a finalement mis le cap sur la Méditerranée orientale, fin janvier, sur ordre d’Emmanuel Macron. Un changement de programme qui a laissé plus d’un marin perplexe. « On n’a jamais compris pourquoi on nous avait envoyés là-bas. On savait très bien qu’on n’entrerait pas dans le détroit d’Ormuz » , confie l’un d’eux. Depuis le retour du porte- avions à Toulon, le 11 juillet, les langues se délient. « C’était long, on faisait des ronds dans l’eau » , soupire un militaire alors que le navire était présent dans une région marquée par la guerre en Iran. g Renaissance renforce sa sécurité numérique À l’approche de la présidentielle, les équipes numériques de Gabriel Attal se préparent à d’éventuelles cyberattaques. Lors des législatives de 2024, le parti avait déjà été visé par une opération d’ingérence étrangère : un faux site, reprenant l’identité visuelle de la campagne, promettait 100 euros aux électeurs. Depuis, au siège du parti, les règles d’hygiène numérique ont été considérablement renforcées. Les échanges les plus sensibles ne passent plus par Signal ou Telegram, pourtant réputés pour leur sécurité, mais par une messagerie interne chiffrée. g Un « gros poisson » albanais arrêté en Normandie À bord d’un ULM, il survolait la centrale nucléaire de Penly, en Seine-Maritime. Contraint d’atterrir par l’armée de l’Air, Ermal Beqiri a été interpellé dans la foulée. Sur lui, trois AirTags, ces traceurs GPS commercialisés par Apple. Si le motif de son vol reste mystérieux, son profil détonne. Visé par un mandat de recherche international émis par l’Albanie, il échappait depuis plusieurs mois aux autorités de Tirana. Soupçonné de plusieurs enlèvements et d’escroqueries de grande ampleur aux ramifications internationales, il a depuis été extradé vers son pays, où il doit répondre de ces accusations. g « L’Armée des ombres » version anglaise Le film mythique de Jean-Pierre Melville (1969) fait l’objet d’une adaptation pour le petit écran et dans la langue de Shakespeare. Créée et écrite par Ronan Bennett (Mobland), la série dystopique en six épisodes (produite par Canal+ et StudioCanal en partenariat avec Channel 4) vient d’entamer son tournage et posera, pendant 17 semaines, ses caméras à Manchester, Liverpool, Londres et Paris. On espère que la BO sera aussi marquante que celle d’Éric Demarsan. g À SUIVRE CETTE SEMAINE BONNE SEMAINE • KERING Le groupe de luxe a largement dépassé les attentes au premier semestre, porté par les premiers signes de redressement de Gucci, sa marque phare. Kering a renoué avec la croissance au deuxième trimestre, avec une hausse de son activité de 2 %, supé- rieure au consensus et en nette accéléra- tion après le repli du début d’année. Saluée par les investisseurs, cette performance a propulsé l’action du groupe en tête du CAC 40, avec un bond de plus de 14 % en Bourse, accréditant les premiers effets du plan de transformation engagé par son directeur général, Luca de Meo. JACQUES LANGLADE DE MONTGROS L’armée de Terre a un nouveau chef d’état- major. Âgé de 57 ans, le général Jacques Langlade de Montgros succède au général Pierre Schill, en poste depuis 2021. Directeur du renseignement militaire depuis avril 2022, il prend désor- mais la tête d’une armée de 130 000 mili- taires. Passé par l’Afghanistan, le Tchad et la République centrafricaine, il aura notamment pour mission de préparer les forces terrestres à leur engagement et de conseiller le chef d’état-major des Armées. MAUVAISE SEMAINE • MATTHIEU PIGASSE Nouveau revers pour le milliardaire de gauche. Le tribunal de commerce de Toulouse a rejeté son offre de reprise de Fibre Excellence, jugée irrece- vable. Quelques jours plus tôt, le ministre de l’Économie, Roland Lescure, avait déjà étrillé un projet « pas au niveau » et qui « manquait totalement de crédibilité » . Ce rejet ouvre la voie à la liquidation du site de Tarascon (Bouches-du-Rhône). L’usine de Saint-Gaudens (Haute-Garonne) obtient, elle, un sursis jusqu’à fin août pour per- mettre l’examen d’une nouvelle offre. VOLKSWAGEN Rien ne va plus pour le constructeur allemand. Déjà fragilisé par la concurrence chinoise et les droits de douane américains, le fabricant d’automobiles a vu son bénéfice net s’ef- fondrer de 33 % au deuxième trimestre, à 1,54 milliard d’euros. En cause : des ventes en berne en Chine, des coûts exceptionnels et un marché mondial sous tension. Face à ces difficultés, le groupe prévoit notam- ment de réduire ses capacités de production en Allemagne et de supprimer plusieurs dizaines de milliers d’emplois d’ici à la fin de la décennie. L’objectif ? Restaurer sa compétitivité face à une concurrence internationale de plus en plus féroce. g La stupeur a gagné les Montmartrois, lundi, à la découverte du buste de la chanteuse Dalida repeint en noir. Polie au contact des touristes, la poitrine du bronze a perdu sa couleur dorée. Après avoir démenti l’information auprès du Parisien , la mairie de Paris a finalement reconnu être à l’origine de la restauration. Lundi 03 > Ouverture à Chicago d’un procès au civil contre Boeing en lien avec le crash d’un 737 MAX 8 d’Ethiopian Airlines en mars 2019. g L’ancien président du Honduras, Juan Orlando Hernandez, comparaît devant un juge pour des faits présumés de corruption. g Obsèques de la chanteuse Marie- Paule Belle en l’église Saint-Roch à Paris. Mardi 04 > Tenue de nouveaux pourparlers entre Israël et le Liban à Rome. g Fin du programme d’annulation et d’échange sans frais des billets de train lancé par la SNCF à la suite des incendies en France. g Début d’une grève d’ampleur à l’aéroport de Barcelone , plusieurs milliers de vols sont concernés. Mercredi 05 > Manœuvres militaires annuelles menées par Taïwan (jusqu’au 14). g Début du grand festival de musique et de surf Boardmasters Festival sur la côte de Cornouailles (Royaume- Uni). g Délibéré au tribunal correctionnel de Nice dans le procès des influenceurs Naruto et Safine à la suite de la mort de Jean Pormanove en août 2025. Jeudi 06 > Fin du dépôt des offres des candidats à la reprise de l’entreprise Duralex. g Visite du pape Léon XIV à Assise (Italie). g L’Église catholique célèbre la Transfiguration du Seigneur. Vendredi 07 > Le président élu de la Colombie, Abelardo de la Espriella , doit prêter serment. g Championnat du monde de Moto : Grand Prix d’Angleterre. g Procès au tribunal correctionnel de Paris du rappeur Moha La Squale pour des violences en récidive sur deux femmes. Samedi 08 > Nuit des étoiles. g Anniversaire du début de la bataille d’Amiens (Somme) en août 1918, qui fut un tournant crucial dans l’histoire de la Première Guerre mondiale. g Journée internationale du chat. Dimanche 09 > Dernier jour de la 55 e édition du Festival interceltique de Lorient. g Clôture de la 20 e édition du festival Les Plages électroniques à Cannes. g Il y a vingt-sept ans, Vladimir Poutine, alors directeur du FSB, est nommé Premier ministre de la Fédération de Russie par Boris Eltsine, en pleine crise financière. LA PHOTO DE LA SEMAINE LE JOURNAL DU DIMANCHE Actualité Politique 6 DIMANCHE 2 AOÛT 2026 ATTRACTIVITÉ L’ancien Premier ministre peine pour l’heure à incarner autre chose qu’une candidature « faute de mieux » Du rififi chez LR Comment Gérard Larcher veut peser dans le bloc central MANŒUVRES En coulisses, le boss du Sénat prépare les esprits à un rassemblement de la droite et du centre derrière Édouard Philippe RÉSISTANCE L’entourage de Bruno Retailleau mise sur des propositions choc pour faire vaciller le maire du Havre O n fera le point à l’au- tomne. » C’est devenu le leitmotiv du président du Sénat quand on l’in- terroge sur la course des petits chevaux à droite et au centre pour 2027. Officiellement, Gérard Larcher soutient le patron de sa famille politique, Bruno Retailleau. Dans les faits, il le soutient comme la corde le pendu. Le boss du Sénat s’est forgé depuis longtemps une conviction : malgré d’évidentes qualités de sérieux et de probité, le Vendéen n’a pas la stature pour rassembler au-delà de son camp. Mais il ne peut pas encore le dire trop fort. Concentré sur sa réélec- tion à la présidence de la Chambre haute, en septembre, Gérard Larcher a encore besoin de l’appui de Bruno Retailleau. « Ensuite, il baissera le pouce » , annonce un sénateur LR. Une intuition largement parta- gée dans les couloirs du Palais du Luxembourg. « Une fois réélu, il nous jouera le couplet de la responsabilité historique face au risque d’un duel Le Pen-Mélenchon et nous invitera, sans le dire explicitement, à nous ranger derrière le mieux placé. Donc Édouard Philippe, si les sondages restent en l’état » , pronostique un collaborateur du Sénat. Un peu d’archéologie politique montre que le scénario était écrit en avance. En septembre 2023, à une époque où les LR campaient encore fermement dans l’opposition, Gérard Larcher expliquait tranquil- lement au micro de France Inter que le maire du Havre faisait « bien sûr » partie de sa famille politique. La sor- tie suscite alors un vif émoi dans les rangs du parti. Laurent Wauquiez y voit même une trahison. Une pression trop forte ? Près de trois ans plus tard, le député de Haute-Loire rejoint pourtant Gérard Larcher en appelant à un rassemblement de la droite et du centre, éventuellement derrière le Normand, dont il salue les qualités. Le patron des députés LR et le pré- sident du Sénat en ont d’ailleurs dis- cuté le 19 juin, en marge du Salon des maires de Haute-Loire. Si les deux hommes ont pris soin de ne pas ver- baliser leur soutien à Édouard Phi- lippe, « c’était tout comme » , affirme un témoin de leur échange. Selon nos informations, une tribune d’élus locaux, dont de nombreux LR, paraî- tra à la rentrée et appellera, à mots couverts, à rejoindre sans attendre l’ancien Premier ministre. « En mars, 90 personnalités de la droite et du centre avaient appelé à une candidature unique en 2027. Qui s’en souvient ? » , balaie le secrétaire général adjoint de LR, Pierre-Henri Dumont. Soutien indéfectible de Bruno Retailleau, il n’est pas dupe des manœuvres à l’œuvre dans une partie de sa famille politique. Celles- ci sont d’autant plus incompréhen- sibles à ses yeux que la campagne n’en est qu’à ses débuts. « On fera le point en fin d’année » , explique- t-il. D’ici là, il croit son champion capable de rattraper son retard sur Édouard Philippe dans les sondages. Comment ? En formulant des pro- positions choc, qui feront débat et obligeront le maire du Havre à sortir de sa zone de confort. « Alors, il se coupera nécessairement d’une partie de son électorat modéré » , veut croire le maire de Marck (Pas-de-Calais). Ne craint-il pas que la pression ne devienne trop forte si le patron du Sénat et quelques barons LR appellent à se ranger derrière le Normand ? « Comme on dit chez moi, la pression on la boit » , évacue Pierre-Henri Dumont, qui appelle à garder le calme des vieilles troupes. Un autre proche de Bruno Retailleau minimise l’influence de Gérard Lar- cher et des chapeaux à plumes sur l’électorat de droite : « Si ces gens-là avaient déjà fait bouger une ligne dans les sondages, ça se saurait... » Reste que le doute gagne jusqu’aux sou- tiens du Vendéen. Certains n’en sont plus à se demander s’il devra rallier Philippe, mais comment habiller ce rapprochement le moment venu : « Il faut vendre à notre électorat un ticket Philippe-Retailleau. C’est le seul moyen de lui faire avaler le truc » , glisse un membre de l’équipe dirigeante. Comme dit la formule : « Dieu me garde de mes amis ; mes ennemis, je m’en charge. » g VICTOR-ISAAC ANNE Édouard Philippe Au défi de la « désirabilité » En sortant du meeting d’Édouard Philippe, le 5 juillet, à l’Adidas Arena, cet ex-LR passé chez Hori- zons éprouve comme une impres- sion de déjà-vu. Tout s’éclaire le lendemain au détour d’une dis- cussion avec un ami communi- cant. « Je me rends compte que la tonalité du discours était très proche de celle de François Fillon en 2017 », glisse-t-il. Comme ceux d’Édouard Philippe aujourd’hui, les adversaires de l’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy le présentaient à l’époque comme le candidat « du sang et des larmes ». Un sparadrap qui ne l’a pas empê- ché de frôler la qualification pour le second tour de la présidentielle, malgré les affaires. Le maire LR de La Baule Franck Louvrier se souvient de la difficulté à casser cette image d’austérité. Il y a quelques jours, l’ex- conseiller en communication de Nicolas Sarkozy a reçu la visite d’Édouard Philippe dans sa com- mune de Loire-Atlantique. Au-delà de la séquence carte postale dans ce fief de la droite, le maire du Havre en a profité pour lui deman- der conseil. Réponse du spin-doc- tor : « Tu dois créer la surprise, te rendre là où on ne t’attend pas. » Après quelques jours de vacances en famille, les affaires reprendront fin août pour l’ancien Premier ministre avec, au programme, une participation aux Rencontres des entrepreneurs de France (REF) à Roland-Garros, un débat face à François Hollande lors du tra- ditionnel raout de Jean-Michel Blanquer, ou encore une apparition à la foire de Châlons aux côtés de son ami, le maire Benoist Apparu. « Tout cela est très bien, mais c’est insuffisant pour créer l’événement et devenir désirable » , pointe Franck Louvrier. « Patience, tout viendra à temps » , tempère Xavier Albertini. Le porte-parole du groupe Horizons à l’Assemblée décrit une campagne présidentielle comme une courbe sinusoïdale, faite de phases d’accélé- ration et de décélération. À ses ye