2027 : le plan du RN pour le second tour Les hésitations de Le Pen, les choix de Bardella, la note condentielle de Tanguy... Le parti se prépare activement Page 3 Comment la canicule bouleverse les critères immobiliers Exposition plein sud, charme des logements sous les toits... Les candidats à la location et à l’achat repensent leurs recherches Page 4 Inammable L’été dernier, la date du 10 septembre faisait trembler le gouvernement, sous la menace du mouvement « Bloquons tout ». Cette année, une autre case du calendrier pourrait prendre la relève. Elle était déjà annoncée comme un jour de grève pour les fonctionnaires et dé- sormais, elle pourra aussi compter sur la présence des sapeurs-pompiers. L’annonce a été faite à la sortie du rendez-vous prévu entre neuf syndi- cats de la profession et le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, le 13 août. Le porte-parole de l’intersyndicale, Xavier Boy, s’est dit « très déçu » à l’issue de cette entrevue de deux heures, qui relève d’une obligation lé- gale lorsqu’un syndicat de la fonction publique dépose un préavis de grève, comme c’était le cas ce jeudi. Les pompiers professionnels ré- clament plus de moyens, humains et matériels, pour faire face à des incen- dies qui devraient être toujours plus fréquents et plus forts, ainsi que de meilleures conditions d’exercice et des mesures pour leur retraite. Autant d’éléments attendus du Beauvau de la sécurité civile lancé en 2024, sans avoir jamais débouché sur du concret. Rendez-vous est donné début sep- tembre, lorsque le très attendu projet de loi de modernisation de la sécurité civile sera bouclé, avant d’être « enrichi » par sept parlementaires sur un volet supplé- mentaire attendu fin septembre. Le mi- nistre promet aussi « une augmentation des ressources des SDIS » dans le projet de loi de finances 2027. Plusieurs porte- parole croient en la bonne volonté de Laurent Nuñez. Mais comme le glisse un syndicaliste, « entre vouloir et pouvoir... ». D’où la volonté des syndicats de mettre la pression. S’ils sont environ 40000 – ce qui paraît peu en termes d’ef- fectifs pour réellement grossir les rangs de la mobilisation du 29 septembre – l’affec- tion de l’opinion publique pour ces pro- fessionnels, perçus comme des héros face aux ammes, pèsera dans la contestation. La rentrée promet d’être agitée. Sarah Spitz @sarah_spritz @sarah_spritz X X Les pompiers rejoignent la manifestation des fonctionnaires le 29 septembre Pourquoi New Delhi veut rejoindre le programme SCAF L’Inde a ociellement demandé à la France de participer au projet de l’avion de combat du futur, dont l’Allemagne s’est retirée Page 5 3’:HIKKLB=]UXUUV:?k@i@l@e@a"; M 00118 - 814 - F: 3,00 E Ainsi soient-ils Les catholiques célèbrent samedi 15 août la fête de l’Assomption, qui com- mémore la montée au ciel de la Vierge Marie, alors que le pape Léon XIV est attendu en France, du 25 au 28 septembre. Christine Ollivier parfois distendues avec la religion, aucun ne s’est jamais affiché athée, ni même agnostique, perpétuant ainsi la longue histoire liant intimement le ca- tholicisme à la droite. Mais Edouard Philippe ne s’en cache pas : « Je n’ai pas la foi », dit-il. Interrogé dans le cadre du podcast « Legend », il précise : « je ne crois pas que ce soit Dieu qui ait fait les hommes. Je suis certain que ce sont les hommes qui ont fait Dieu », pour assouvir « une aspiration au sacré ». Le Normand sait qu’il va mourir. La présence d’un fé- mur humain sur son bureau – récupéré par son père dans un cimetière après sa lll Page 2 SIPA PRESS Bruno Retailleau ne fait pas mystère de sa foi. Le président des Républicains a même un prie-Dieu et un portrait de la Vierge dans le bureau de sa maison de Saint-Malô-du-Bois, en Vendée. Nul doute qu’il célébrera samedi la fête de l’Assomption. Mais ni Edouard Philippe, ni Gabriel Attal ne croient en Dieu. Si le candidat Horizons ou celui de Renais- sance s’imposent face à celui de LR dans les mois qui viennent, la droite et le centre pourraient donc être représentés à la présidentielle par un non-croyant. Ce serait une première en France. Si les champions du camp conservateur ont entretenu par le passé des relations Présidentielle Attal, Philippe, Retailleau... et Dieu Pour la première fois sous la v e République, la droite et le centre pourraient être représentés en 2027 par un non-croyant. Le rapport à la foi des trois candidats contribue aussi à nourrir leur narratif Albion nage en plein délire, et la canicule n’explique pas tout. A gauche, le petit monde du wokisme s’effondre avec la déchéance de l’une de ses icônes, l’universitaire Jason Arday. Celui qui était devenu en 2023 le plus jeune professeur noir de Cambridge a été contraint à la démission après la décou- verte qu’il a non seulement plagié une bonne partie de sa thèse, mais aussi mul- tiplié les affabulations sur son parcours. De quoi embarrasser la prestigieuse uni- versité, sommée de s’expliquer sur un aveuglement idéologique patent. A droite, l’élection partielle dans la circonscription de Nigel Farage a viré à la farce. Visé par une enquête parlementaire pour avoir omis de déclarer d’énormes dons de sulfureux mécènes, le chef de Reform UK a remis en jeu son mandat, prétendant ainsi être acquitté par le tribu- nal des urnes. Fondamentalement inepte (puisque les investigations pourront re- prendre dès sa réélection), la grossière pi- rouette a tourné au ridicule. Boycotté par les partis traditionnels, le scrutin de Clac- ton-on-Sea voyait Farage affronter un plai- santin déguisé en poubelle. A vaincre sans péril, le leader populiste ne triomphera pas du tout. Reform UK vient de repasser derrière le Labour dans les sondages, et ni la crise de Ceuta, ni ses propositions consternantes en matière d’immigration – faire quadriller la Manche par la Royal Navy ou envoyer les détenus étrangers au Salvador – n’ont inversé la tendance. Cette actualité gaguesque profite à un homme : Andy Burnham. Avec son image d’élu local et décentralisateur, le nouveau Premier ministre a un bou- levard pour apparaître comme un diri- geant sérieux – tout en jouant la carte po- pulaire en réduisant la scalité des pubs. Certes, cela ne réglera pas les crises du coût de la vie, du logement ou du système de santé. Mais sous le soleil de Londres, n’être ni mythomane, ni outrancier, c’est déjà quelque chose. Gauthier Vaillant @gauthvaillant @gauthvaillant X X Andy Burnham, gagnant du grand n’importe quoi estival au Royaume-Uni naissance – le lui rappelle au quotidien. Il ne croit pas pour autant à la résurrec- tion. « Je pense que la mort, c’est la n. Il n’y a rien derrière. » S’il existe une vie éternelle, elle réside, aux yeux de celui qui cone parler encore « réguliè- rement » à son père décédé, « dans le souvenir qu’on laisse ». Inuence paternelle. Libre pen- seur, Edouard Philippe n’est pas pour autant anticlérical. Il croit « à l’éternel et l’absolu », revendique une fascina- tion pour « le sacré », et une passion pour les églises. La chapelle palatine à Palerme est « le plus bel endroit du monde », conait-il ainsi au Point en fé- vrier dernier. De culture catholique, le candidat Horizons n’a pas grandi dans une famille religieuse. Son père n’était pas croyant, et sa mère, catholique, « pouvait avoir des propos très durs sur l’Eglise ou sur la bigoterie de certains », a-t-il raconté à l’hebdomadaire. Ses parents et sa sœur étaient francs-maçons. Pas lui. Mais c’est avec une émotion non dissimulée qu’il a pris la parole devant le Grand Orient de France en juin dernier. « La franc-ma- çonnerie a compté pour mon père, a-t-il souligné, (...) et même si je ne suis pas le plus mitterrandien de la bande, il m’ar- rive de croire aux forces de l’esprit... » C’e st aussi l’influence de son père qui a poussé Gabriel Attal vers N° 3320 DATÉ DES 14 ET 15 AOÛT 2026 3 € Nos séries d’été 2026 Le business du snobisme « so british » Au Chelsea Flower Show, le très sélect temple du jardinage anglais Moi, président... Le bâtonnier de Paris Louis Degos troque sa robe d’avocat pour le costume du chef de l’Etat Un été d’essais politiques 1974 : Arlette Laguiller, loin de la verdure Pages 7 et 8 SIPA PRESS/SHUTTERSTOCK Les Etats-Unis et l’Ukraine se sont affrontés lors d’un exercice, et les drones ont gagné Page 6 Gabriel Attal (Renaissance), Edouard Philippe (Horizons) et Bruno Retailleau (Les Républicains). 2 l’Opinion 14 et 15 août 2026 « Je ne vous demande pas de devenir chré- tien [...], même si j’en serais ravi », écrit J.D. Vance dans l’épilogue de son nouveau livre, Communion , paru en juin. Un message qui s’adresse à ses lecteurs américains, mais qui, en creux, vise aussi les Européens à qui il a reproché, il y a plus d’un an à Munich, d’avoir tourné le dos « aux valeurs fondamentales » qu’ils partagent avec les Etats-Unis. Car si le livre raconte son chemin vers le catholicisme, le vice-président s’en sert pour déplorer le chemin inverse, entrepris par l’Occident ces dernières décennies. Celui d’une « civilisation chrétienne » fondée sur « la notion de droits naturels » et des libertés individuelles, convertie depuis à « un libé- ralisme mondial laïc qui a conservé le voca- bulaire des droits tout en se débarrassant du fondement religieux qui leur donnait tout leur sens ». Une civilisation qui a oublié ce qu’elle était, et risque ainsi de s’éteindre. Malgré son aspect très personnel, Com- munion renvoie naturellement au discours de Munich de J.D. Vance et s’inscrit pleinement dans la doctrine européenne de l’administra- tion Trump. Vue de Washington, la crise tran- satlantique actuelle n’est plus seulement une question de fardeau de la défense ou de désac- cords économiques, comme elle a pu l’être dans le passé. « Beaucoup de nos problèmes en Europe aujourd’hui sont d’ordre civique et religieux, glisse une source américaine proche du dossier. Il est nécessaire de redynamiser les fondements civiques de nos pays et de pro- mouvoir les valeurs chrétiennes et la liberté. » Pour les idéologues de l’administration, ce délitement a une cause précise, l’immi- gration incontrôlée, et des symptômes en cascade : tensions sociales, recul du mariage traditionnel, déclin démographique. Une Europe ainsi affaiblie ne pourra pas tenir face aux rivaux stratégiques de l’Occident, la Chine en tête, pointe du doigt James Carafa- no, de la Heritage Foundation. Ni à ses enne- mis civilisationnels, comme l’islamisme. « H é r i t a ge c o m mu n » . C ’e s t d e c e constat qu’est né le projet d’un « renouvel- lement de l’alliance civilisationnelle », théo- risé par Samuel Samson, responsable du département d’Etat, en mai 2025. Il s’agit d’encourager les dirigeants du Vieux Conti- nent à prendre des mesures concrètes pour préserver un « héritage commun », tout en apportant un soutien aux gures politiques idéologiquement alignées. La religion est centrale dans ce projet. L’administration Trump, dont de nombreux membres sont croyants, s’est elle-même pré- sentée, dès janvier 2025, comme la protec- trice des chrétiens, persécutés selon elle par la gauche. En Europe, elle ne cherche néan- moins pas tant des fervents pratiquants au pouvoir que des alliés conservateurs prêts à mener le combat culturel pour la défense de la « civilisation judéo-chrétienne ». Des indi- vidus comme Giorgia Meloni qui « a maintes fois évoqué la nécessité de raviver l’amour de la patrie et de célébrer notre foi » ou Viktor Orban en Hongrie qui « a appelé à se consa- crer à Dieu, la famille et la patrie », applaudit la source américaine. Et en France ? Ce n’est un secret pour per- sonne que l’administration Trump penche en faveur de l’extrême droite pour 2027, surtout du Rassemblement national. Samuel Samson lui-même a rencontré des membres du parti l’année dernière, à Paris. Pragmatisme. Mais à Washington, on se retient de décrire Marine Le Pen comme l’al- liée civilisationnelle tant attendue : « On leur parle parce qu’il y a aussi un risque très réel qu’ils se retrouvent aux commandes l’année prochaine ». Des désaccords demeurent, sur l’économie ou le rapport à la religion. « Nous savons qu’un alignement idéologique total est impossible : nous n’arrivons même pas à nous mettre d’accord entre conservateurs américains », nuance James Carafano. Il n’empêche, pour la droite américaine, le leader politique de choix est plutôt Eric Zemmour, pourtant pas chrétien. « Ce qu’on apprécie chez lui est la manière dont il quali- e sans complexe la France de pays chrétien, confie-t-on. Il incarne fièrement les valeurs judéo-chrétiennes sur lesquelles la France a été fondée. » En juin, l’ancien candidat à la présidentielle de 2022 était ainsi invité à la Heritage Foundation, pour promouvoir la traduction de son livre Le Suicide français Seulement voilà, le patron de Reconquête reste un pari très incertain pour 2027. Et dans le fond, l’administration américaine sait qu’elle composera avec le futur occupant de l’Elysée, quel qu’il soit. Si elle cherche à refonder l’Occi- dent sur des bases spirituelles, sa matrice de base reste le pragmatisme. J.D. Vance le dit lui-même : il ne demande à personne d’être ou devenir chrétien. Même s’il en serait ravi. Lola Ovarlez @lolaovarlez @lolaovarlez X X En Europe, Washington veut des alliés qui défendent le christianisme Le discours du vice-président J.D. Vance à Munich, le 14 février 2025, s’inscrit pleinement dans la doctrine européenne de l’administration Trump. MATTHIAS SCHRADER/AP/SIPA PRESS l’agnosticisme. « Athée revendiqué, presque militant », « soixante-huitard impénitent et libertaire intégral », Yves Attal était ferme- ment convaincu que « Dieu n’existait pas », ra- conte le candidat Renaissance dans son livre En homme libre (Editions de l’Observatoire). Juif mais « fâché avec la foi », il répétait à ses enfants que « Dieu est mort à Auschwitz » et avait averti son ls qu’il aurait lui aussi à subir l’antisémitisme : « tu as beau ne pas être juif toi-même car ta mère est chrétienne, tu te sentiras juif toute ta vie ». Sa mère d’origine slave, chrétienne ortho- doxe et très croyante, a obtenu que le petit Gabriel soit tout de même baptisé, en secret, à la cathédrale orthodoxe Saint-Alexandre- Nevsky à Paris. Mais l’adulte a surtout retenu les leçons de son père. « Mon rapport à la foi reste distant », dit-il aujourd’hui. S’il célèbre chaque année la Pâque orthodoxe par tradi- tion, Gabriel Attal n’a pas la foi. Il ne se consi- dère pas pour autant comme athée : il « refuse d’exclure d’office toute forme de transcen- dance ». Lui aussi, d’ailleurs, « aime » visiter les églises et les cathédrales. Les églises, Bruno Retailleau les fré- quente assidûment, mais pas en touriste. Quand ses responsabilités lui en laissent le temps, il communie chaque dimanche dans celle de Saint-Malô-du-Bois, raconte Nathalie Schuck dans Le Cardinal (Robert Laffont). Ses convictions solides lui ont valu d’être affu- blé du surnom « Jamais-Sans-Ma-Bible » au Sénat, où l’ancien bras droit de Philippe de Villiers a bataillé contre le mariage pour tous, la recherche sur les embryons, et encore ré- cemment contre l’inscription de l’IVG dans la Constitution et la loi sur la n de vie. Subtil équilibre. « J’ai une foi de char- bonnier », c’est-à-dire à la fois totale et naïve, a-t-il coné dans le podcast « Dans les yeux d’Agathe ». De l’ordre de l’« évidence » pour celui qui a grandi dans la Vendée rurale catholique, sa foi est pour lui synonyme « d’intranquillité » davantage que de « certi- tudes ». S’il doute, ce n’est pas de l’existence de Dieu, mais de sa capacité personnelle à s’élever au niveau de son idéal. Et il croit « fermement » à une vie après la mort, « que nous ne sommes pas que matière et que l’es- prit demeure ». Ses convictions ont parfois donné aux discours de Bruno Retailleau au ministère de l’Intérieur des accents mystiques. « Nul autre que moi ne voit chaque jour, chaque nuit, autant de mauvaises nouvelles. J’habite une sorte de noirceur, se livre-t-il ainsi devant des militants LR en décembre 2024. Je vois le mal à l’œuvre. » Pour autant, le candidat LR as- sure séparer strictement ses convictions per- sonnelles et ses activités politiques, à l’image du général de Gaulle, catholique fervent qui ne communiait jamais en public. Qu’ils croient ou pas, Gabriel Attal, Edouard Philippe et Bruno Retailleau ont en commun d’être les avocats d’une laïcité stricte, protectrice des croyants comme des non-croyants. Dans la France laïque, ils savent aussi qu’il n’est pas de bon ton de por- ter sa foi en étendard, même quand on est de droite. Du général de Gaulle, qui avait fait bâtir secrètement une chapelle privée à l’Elysée, jusqu’à Valérie Pécresse, la candidate LR de 2022 au catholicisme discret, les chefs de le de la droite s’en sont toujours tenus sous la v e République à un subtil équilibre entre foi privée et discours laïc. Seul Nicolas Sar- kozy, oscillant entre vrais questionnements et stratégie électorale, a développé un dis- cours politique autour de la religion. En dé- cembre 2007, il a ainsi surpris en affirmant dans son discours du Latran : « l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pas- teur » dans la transmission des valeurs. Mais pour avoir lancé, en pleine campagne prési- dentielle en 2017, « je suis chrétien », Fran- çois Fillon s’est attiré une vague de critiques jusque dans son camp. Le message a pourtant été reçu cinq sur cinq à l’époque par l’électo- rat catholique. Depuis la Révolution puis la réconcilia- tion de l’Eglise avec la République, les par- lll Suite de la page 1 tis de droite sont historiquement et cultu- rellement attentifs aux préoccupations des chrétiens. Ces derniers votaient majoritaire- ment pour eux, même si, là aussi, le barrage républicain vacille : 42 % des catholiques pratiquants ont voté à l’extrême droite aux européennes de 2024, contre 14 % pour LR et 12 % pour Renaissance, selon un sondage Ifop pour La Croix . S’il s’est fragilisé, ce lien demeure. Il s’est manifesté lors de la mobili- sation des réseaux catholiques contre le ma- riage pour tous en 2013, avec le soutien actif de l’UMP. Paradoxalement, les convictions de Bru- no Retailleau pourraient pourtant être le pla- fond de verre sur lequel risquent de se briser ses ambitions. Aujourd’hui, 46 % des Français se déclarent catholiques, mais seuls 5,5 %, soit environ 3 millions de personnes, vont à la messe au moins une fois par mois, selon une étude Ifop pour La Croix de décembre 2025. Dans une société sécularisée, le conserva- tisme sociétal du candidat LR le marginalise. C’est pourquoi il s’est engagé à un moratoire sur les questions de société s’il était élu. Pour- tant, au lendemain de l’adoption de la loi sur la fin de vie, Bruno Retailleau a averti que, s’il l’emportait en 2027, il ne s’interdirait pas, nalement, de remettre le sujet sur la table et de « demander aux Français de trancher par eux-mêmes » par un référendum. Ses idéaux ont vite repris le dessus. @Chr_Ollivier @Chr_Ollivier X X Qu’ils croient ou pas, les trois candidats ont en commun d’être les avocats d’une laïcité stricte, protectrice des croyants comme des non-croyants Le pape Léon XIV dirigeant la prière de l’Angélus à Castel Gandolfo, en Italie, le 19 juillet. SIPA PRESS Présidentielle : Attal, Philippe, Retailleau... et Dieu En visite à Marseille en 2023, le pape François avait tancé l’Europe, en la rappe- lant sévèrement à ses responsabilités face aux migrants. Il avait vigoureusement dé- noncé « l’indifférence qui ensanglante la Mé- diterranée ». Des mots forts, tenus alors que la France venait de refuser d’accueillir des migrants arrivés à Lampedusa, en Italie. Ils avaient agacé l’extrême droite, et fait tousser une partie de la droite, partagée entre respect du souverain pontife et désaccord politique. Nul doute que la visite en France, du 25 au 28 septembre, de son successeur, le pape Léon XIV, aura, elle aussi, des réper- cussions politiques. D’abord parce qu’elle se tient à sept mois de la présidentielle, à un moment où la campagne battra déjà son plein. Ensuite parce que les visites pontificales sont des événements rares. Si Jean-Paul II s’est rendu en France pas moins de huit fois entre 1980 et 2004, Benoît XVI n’est venu qu’une fois, en 2008, quand François s’est contenté de passages éclair : à Strasbourg en 2014, pour une visite non pas en France mais au Parlement européen, à Marseille en 2023 et en Corse en 2024. Aucun n’avait le statut de visite d’Etat. « J’irai à Mar- seille, pas en France », avait même insisté le pape François il y a trois ans. Fin de vie. Léon XIV, lui, a prévu de séjour- ner pas moins de quatre jours en France, et de se rendre à Pa ris, Lourdes et Metz. « Il viendra parler d’humanité, de fraternité, expliquait en juin dernier l’archevêque de Paris, M gr Laurent Ulrich, dans Le Parisien . Il invitera les gens à ne pas perdre “la direction de l’humain”. La venue de Léon XIV en France, un pape dans la campagne Il répétera en France ce qu’il a dit ailleurs : que les hommes sont faits pour vivre en paix, qu’il ne faut pas céder au mirage de l’économie, de l’argent ou aux technologies nouvelles. » Le pape Léon XIV devrait dire, aussi, à la « fille aînée de l’Eglise », tout le mal qu’il pense de sa loi sur la fin de vie. « Toute vie humaine doit être reconnue et protégée de- puis sa conception jusqu’à son terme naturel, quelles que soient les circonstances de son existence », a-t-il rappelé en juillet, quelques jours avant l’adoption définitive du texte à l’Assemblée nationale. Engouement. Dès son arrivée dans l’Hexagone le 25 septembre, le pape sera reçu à l’Elysée par Emmanuel Macron. Sa visite pastorale comptera ensuite deux temps forts populaires. Le premier aura lieu le soir de son arrivée. Quelque 80 000 jeunes de 17 à 35 ans seront réunis au Stade de France pour une veillée de prière, dans la ville des rois de France et du maire LFI, Bally Bagayoko. Signe de l’engouement que suscite la venue du pape parmi les catholiques, le Stade de France a- chait déjà complet quelques heures après le début des inscriptions, lundi. De même, 200 000 personnes se sont dé- jà inscrites, selon le diocèse de Paris, pour la messe géante que présidera le pape place de la Concorde et sur l’avenue des Champs-Ely- sées. Quelque 400 000 personnes sont atten- dues pour l’occasion. Parmi elles, le candidat Les Républicains à la présidentielle, Bruno Retailleau, qui confie qu’il assistera « sans doute » à cette célébration parisienne. C.O. Aux Etats-Unis, on se retient de décrire Marine Le Pen comme l’alliée civilisationnelle tant attendue. Des désaccords demeurent, sur l’économie ou le rapport à la religion 14 et 15 août 2026 l’Opinion 3 Série (4/4) Une dernière marche à gravir, et toujours le même obstacle. Depuis 2002, quand il parvient au second tour, le Front national, devenu Rassemblement national, échoue à franchir le dernier pas. Front républicain, failles organisationnelles, entourage défail- lant: ses cadres auscultent les échecs passés pour comprendre ce qui, à chaque fois, fait dérailler la conquête du pouvoir. Dernier épisode avec 2027 : comment le parti prépare un éventuel second tour, face à un adversaire encore incertain. Dinah Cohen et Nina Jackowski L’introspection demande du temps. Au Ras- semblement national, il aura fallu quatre ans pour regarder en face ce qui s’est joué lors de l’entre-deux tours de la dernière présidentielle. Mi-avril, au cours d’un séminaire au format iné- dit, le tabou est levé : pourquoi Marine Le Pen a-t-elle encore trébuché sur la dernière marche avant l’Elysée ? Une candidate paralysée, une campagne dispersée, des polémiques subies... « On a ramé, ramé, ramé ! La campagne n’était pas du tout structurée », conclut un participant en privé, quelques jours après. L’heure est venue de tirer les leçons. Le se- cond tour – dans lequel le parti se projette déjà – est désigné en interne comme l’un des princi- paux obstacles du parti d’extrême droite. Celui sur lequel le FN, puis le RN, a chaque fois buté. « C’est la clé de la victoire », avance Jean-Phi- lippe Tanguy, auteur d’une note condentielle sur le sujet. Défis. Le cadre a identifié deux défis. Le premier, celui d’un « barrage hystérique irra- tionnel » – ou plus sobrement appelé front ré- publicain. Le second, une campagne dominée par les débats de fond. Le barrage reste le plus imprévisible. D’au- tant que le second tour aura lieu le lendemain du 1 er mai. En 2002, la fête du Travail avait tourné à la parade géante anti-Le Pen. Un million de personnes défilaient à travers la France, dont 500000 à Paris. Du jamais vu. Le cas de 2022 donne des signaux contraires. Arrivé troisième, Jean-Luc Mélenchon construit un barrage à trous. D’un côté, le leader LFI ap- pelle ses électeurs à ce que « pas une voix » n’aille à Marine Le Pen. De l’autre, il ne les invite pas explicitement à voter Emmanuel Macron. Même ambiguïté du côté des Républicains. Au soir du premier tour, le parti se divise. La candidate LR, Valérie Pécresse, votera « en conscience » pour le chef de l’Etat. Le président de son parti, Eric Ciotti – aujourd’hui allié du RN – se refuse à donner une consigne. Lors des législatives anticipées de 2024, les désistements destinés à garantir le front répu- blicain ont, à l’inverse, été quasi automatiques à gauche, tandis que le « ni-ni » a primé sur l’aile droite du macronisme. Qu’en sera-t-il en 2027 ? Les paris sont ouverts. Dans le doute, mieux vaut se préparer aux deux. Le RN cherche, par tous les moyens, à « ras- surer ». Autour de Marine Le Pen, une réexion est par exemple entamée sur un futur gouverne- ment. Pour crédibiliser le parti, un cadre planche sur des prols qui devraient, selon lui, émerger dès la campagne pour les familiariser au grand public. Mais l’idée fait débat. « Marine ne veut pas de shadow cabinet pour éviter que les heu- reux élus cessent de travailler », croit savoir un proche. Un lieutenant bardelliste appelle, lui, à garder disponibles des maroquins pour attirer de futurs alliés. Et puis il y a les autres fronts. Les milieux économiques, comme le Medef qui alertait en 2022 sur un RN conduisant le pays « dans une im- passe ». Le monde universitaire. La haute admi- nistration. Les diplomates, dont certains s’épan- chaient sur leurs cas de conscience. Le parti veut neutraliser ces voix. Sans aller jusqu’à espérer un soutien, leur silence serait déjà une victoire. « Les gens lisaient dans les tribunes qu’ils ne nous obéiront pas en tant que fonction- naires et se disaient qu’on était fous. Il faut qu’on agisse dessus », insiste un proche de la patronne, qui s’échine à séduire des diplo- mates. La candidate était d’ailleurs montée au front contre la réforme d’Emmanuel Macron supprimant le corps diplomatique, qui avait fait hurler le Quai d’Orsay. La drague des mi- lieux économiques s’intensie elle aussi. Le silence des récalcitrants ne suffit pas. Le second tour impose également d’élargir son camp. L’agilité est à manier avec précaution : un reniement est vite arrivé. Et si l’ouverture paraît improvisée, tous les points de crédibilité patiem- ment gagnés peuvent s’évaporer. Le RN en a fait l’expérience en 2017. Marine Le Pen accepte alors de renoncer à la sortie de l’euro comme préalable pour obtenir le rallie- ment de Nicolas Dupont-Aignan. Dans la fou- lée, elle annonce l’objectif d’une double mon- naie. En plateau face à Emmanuel Macron, la candidate s’emmêle. Ses proches grimacent. Le débat vire au naufrage. A l’inverse, en 2022, sa prudence devient paralysie. Sur le voile ou les éoliennes, ses hésita- tions parasitent l’entre-deux-tours. Son front anti- Macron était une construction aux pieds d’argile: comment rallier les voix d’Eric Zemmour et celles de Jean-Luc Mélenchon ? Un inconfortable grand écart, qui pourrait de nouveau s’imposer en 2027. Lors du séminaire mi-avril, Marine Le Pen défend l’idée qu’il vaut mieux préparer un second tour face à Edouard Philippe plutôt qu’àJean-Luc Mélenchon. Le premier serait plus di cile à battre, mais permettrait au parti de sor- tir du piège d’un duel entre deux « extrêmes », explique un proche. C’est aussi l’avis de Jérôme Sainte-Marie, ancien sondeur passé au RN : « Si vous arrivez avec un logiciel de campagne conçu pour battre Mélenchon et que vous vous retrou- vez face au centre, n’importe quel candidat risque d’apparaître comme un moindre mal. » Les électorats de gauche et abstentionnistes restent ainsi dans le viseur de la cheffe, dèle au « ni droite ni gauche ». Jordan Bardella, lui, anticipe plutôt un se- cond tour face à la gauche, mélenchoniste ou non. Et regarde déjà vers la droite, à la conquête de l’électorat « orléaniste » qu’Emmanuel Ma- cron avait su séduire. Tiraillements. « La cible change toute la stratégie », s’inquiète de longue date un respon- sable, qui plaide pour trancher les arbitrages pro- grammatiques au plus tôt. Le travail est en cours. D’autres défendent au contraire l’agilité pour s’adapter à l’adversaire. Mais envoyer des signaux sans se renier relève de la prouesse acrobatique. La question de la retraite, hautement inam- mable, devrait ainsi être arbitrée en priorité. Et surtout, insiste Jean-Philippe Tanguy au souve- nir des précédentes campagnes: « La leçon, c’est qu’on n’invente rien et on n’impose rien dans un second tour: on n’a pas le temps ». Reste une difficulté supplémentaire. Le RN devra cette fois composer avec ses propres tiraillements. Europe, Russie, retraites, sca- lité... Jordan Bardella a exprimé ces derniers temps sa propre voix, lui qui était appelé à remplacer sa mentor, menacée par le couperet judiciaire. Depuis le 7 juillet, son dauphin se voit relégué à sa place de numéro deux, dans un ticket inédit au RN. Un proche de la candidate assure avoir toute « confiance » dans la « loyauté » du dauphin, mais veut tenir à distance les bardellistes les plus déçus de ne pas avoir vu leur protégé devenir candidat. « On ne va pas passer la campagne à réarbitrer ce qui a déjà été arbitré », prévient-il. Un avertissement pour un parti aussi vertical: en 2027, le duo devra faire campagne à l’unisson. @DinahCohen @DinahCohen X X @Nina__Jacks @Nina__Jacks X X Elargissement, crédibilité : le plan du RN pour 2027 La malédiction du second tour L a tentation revient, cyclique et insistante, comme un réexe pavlovien : celle de la désindexation partielle des retraites au-delà d’un seuil arbitraire. Nous l’avons vu en 2024 puis en 2025 dans la préparation des budgets de la Sécurité sociale. Avec, à chaque fois, la question du seuil qui écrase tout le débat : à partir de quand un retraité est-il jugé aisé et peut-il voir sa pension non pas baisser, mais ne pas être augmentée au niveau de l’ination ? 1 500 euros, 1 800, 2 500 ? A chaque fois, la mesure a été brandie, à chaque fois, elle a nourri un climat de déance, sans pour autant prétendre à elle seule apporter de solution pérenne à nos comptes sociaux. Et à chaque fois, elle a été abandonnée, face aux blocages parlementaires allant jusqu’à la censure d’un gouvernement, celui de Michel Barnier. Pourquoi persister dans cette voie, comme le fait le gouvernement en lançant, au cœur du mois d’août, à nouveau cette idée? C’est la pire des manières d’appréhender un débat pourtant vital. Le décit de notre Sécurité sociale est préoccupant; il interroge la pérennité de notre modèle social. Mais en faire une équation comp- table à résoudre en ciblant une seule catégorie de Français, c’est passer à côté de l’essentiel. Je veux ici rendre hommage à Dominique Libault, ce haut fonctionnaire passionné de la Sé- curité sociale, disparu récemment. En tant que président du Haut Conseil du nancement de la protection sociale, il n’avait de cesse de rappeler une réalité souvent occultée: si notre système souffre, ce n’est pas uniquement par manque de maîtrise des dépenses, nécessaire, mais par une véritable crise de son nancement. Il y a un problème de recettes pour la Sécu. Dès lors, nous devons sortir du « saucis- sonnage » des réformes. Nous ne pouvons plus aborder la question par le petit bout de la lorgnette, en jetant à échéance régulière en pâture les retraités pour masquer l’incapacité à penser globalement. Le président de la Répu- blique lui-même l’a admis en 2025: la réforme du nancement de la protection sociale est l’un des grands chantiers qui attendent le prochain quinquennat. Il lui aura fallu un an pour mis- sionner des experts an de formuler des pro- positions attendues cet automne... Oui, après le temps perdu, il est temps de formuler une vision alternative, panoramique et holistique. Economies. Sauver la Sécurité sociale impose d’examiner un « cocktail » de mesures, sans tabou, mais avec un impératif de justice. Autour d’un principe exigeant : des économies partout où elles ne pénalisent pas le pouvoir d’achat des classes moyennes et populaires, ni l’accès aux soins ; un effort sur les recettes jus- tement réparti ; des marges de manœuvre ain- si dégagées pour réduire le décit, mais aussi pour répondre à des besoins mal couverts. Dans le cocktail des recettes à dégager, l’ef- fort doit être partagé. D’abord, interrogeons les exonérations de cotisations sociales. Avec près de 90 milliards d’euros et un doublement en dix ans, il est urgent d’en questionner l’e - cacité économique et de conditionner ce « po- gnon de dingue » à de réelles contreparties. Ensuite, les « niches sociales » – ces com- pléments de salaires (primes, participation, in- téressement, distribution gratuite d’actions...) qui échappent aux cotisations sociales de droit commun. Nous devons également regarder du côté des revenus du capital et du patrimoine. Si l’augmentation de la CSG sur les revenus du capital a pu être introduite l’an dernier, son assiette a été amputée par rapport à la mesure initiale. Il en va de même pour la question des suc- cessions et des héritages les plus importants, leviers incontournables d’une contribution équitable au nancement de la solidarité nationale. Enn, nous ne pouvons ignorer la révolution numérique. Face à l’intelligence articielle qui, immanquablement, détruit des emplois, donc des cotisants pour la Sécurité sociale, nous devons inventer une contribu- tion sur la « valeur ajoutée technologique ». Et les retraités dans tout cela ? Ils ne doivent pas être un tabou non plus. C’est une position que je défends depuis des années, assumant le risque électoral qu’elle comporte, mais ayant conance dans l’intelligence des intéressés, qui sont aussi des parents et des grands-parents. La question de la CSG des retraités est po- sée : est-il justié qu’un retraité percevant une retraite de 3 000 euros par mois bénécie d’un taux de CSG de 8,3 % quand un jeune actif au SMIC acquitte, lui, 9,2 % de CSG ? La réponse est non. De même, la désindexation peut être incontestablement un levier d’économies non négligeables, mais insu santes (de l’ordre de 2 à 3 milliards pour les régimes de base quand le décit de la Sécu dépasse les 20 milliards). D’ailleurs, elle existe déjà : le régime Agirc- Arrco de retraites complémentaires, qui verse près de 30 % du montant total des pensions, peut décider de geler ou sous-indexer la valeur du point, sur décision des partenaires sociaux qui gèrent ce régime. Et ça marche pour l’équi- libre de ce régime. Dans le passé, François Hollande, sous forme de report de la revalo- risation de six mois en 2014, ou Emmanuel Macron, par un quasi-gel en 2019, y ont eu recours. Mais, à chaque fois, l’impression d’un bricolage plus que d’une mesure systémique. Car quel est le sens donné à une telle mesure pour qu’elle n’apparaisse pas punitive ? Perte d’autonomie. Je suis convaincu que cet effort supplémentaire doit aussi permettre de dégager des marges de manœuvre pour répondre aux besoins mal couverts par notre système social, à commencer par la perte d’au- tonomie liée à l’âge. Pour améliorer l’accom- pagnement dans les Ehpad avec davantage de personnel, pour baisser le reste à charge des familles, pour augmenter le soutien à domicile, il faut des moyens. Si la fraction des retraités davantage sollicités sait que l’effort demandé est éché pour couvrir un risque so- cial auquel elle sera possiblement confrontée, à court terme, pour elle-même ou ses parents, l’acceptabilité en sera plus grande. Tels sont les prérequis pour aborder sereinement la question de la sous-indexation des retraites : un effort partagé équitablement avec les entreprises, les détenteurs de patri- moine et les géants de l’IA et du numérique, et pas porté par les seuls retraités ; des marges de manœuvre destinées non seulement à réduire le décit, mais aussi à mieux nancer l’accom- pagnement du grand âge. Car la question du nancement de la Sécurité sociale n’est pas qu’un exercice de comptabilité publique. C’est un choix de société. Si nous voulons sauvegar- der notre modèle social, cessons d’opposer les générations entre elles par des mesures ciblées et ine caces. Privilégions une vision globale, courageuse et juste. C’est à ce prix que nous restaurerons la conance et la pérennité de notre protection sociale. Retrouvez toutes nos chroniques sur lopinion.fr Tribune « Retraites et Sécurité sociale : moins de bricolage, plus de courage » Par Jérôme Guedj, député PS de l’Essonne et candidat à l’élection présidentielle Marine Le Pen , présidente du groupe parlementaire du Rassemblement national, devant l’hôtel de Matignon, le 11 mars. SIPA PRESS SIPA PRESS « Si notre système souffre, ce n’est pas uniquement par manque de maîtrise des dépenses, nécessaire, mais par une véritable crise de son nancement. Il y a un problème de recettes pour la Sécu » « Face à l’intelligence articielle qui, immanquablement, détruit des emplois, donc des cotisants pour la Sécurité sociale, nous devons inventer une contribution sur la “valeur ajoutée technologique” » Marine Le Pen défend l’idée qu’il vaut mieux préparer un second tour face à Edouard Philippe plutôt qu’à Jean-Luc Mélenchon 4 l ’Opinion 14 et 15 août 2026 Engrenage Le cessez-le-feu conclu au Yémen en mai 2025 est tous les jours plus menacé, à mesure que les affrontements se mul- tiplient dans le pays. Les Houthis, alliés de l’Iran, ont décrété un blocus des navires saoudiens, alors que Riyad soutient le gou- vernement yéménite. Avec cette menace qui pèse sur le détroit de Bab el-Mandeb, Té- héran dispose d’un levier supplémentaire dans son conit avec les Etats-Unis. Rémy Pigaglio La trêve au Yémen conclue il y a quatre ans n’a jamais été aussi menacée. Le vieux conit entre forces gouvernementales, soutenues par l’Ara- bie saoudite, et Houthis, appuyés par l’Iran, s’est réveillé depuis fin juillet. S’y mêlent de complexes dynamiques internes et les dévelop- pements régionaux liés à l’Iran. Et, alors que le stratégique détroit d’Ormuz est toujours fermé, les affrontements yéménites font désormais peser un risque sur le détroit de Bab el-Mandeb. Les tensions ont émergé après qu’une frappe de la coalition militaire dirigée par l’Ara- bie saoudite a visé, le 13 juillet dernier, l’aéro- port de la capitale yéménite, Sanaa. Celle-ci est contrôlée par les Houthis. Le bombardement visait à prévenir l’atterrissage d’une délégation houthie, qui volait à bord d’une compagnie aérienne iranienne. L’engrenage s’est alors déclenché. Et les affrontements se sont depuis multipliés. Le 6 août, notamment, au moins 58 militaires yéménites ont été tués dans des combats avec les Houthis. En miroir à la fermeture du détroit d’Or- muz, les Houthis ont aussi imposé un « blocus » du détroit de Bab el-Mandeb aux navires saou- diens. Le groupe chiite a assuré avoir depuis visé plusieurs navires saoudiens et même atta- qué des ports de la mer Rouge en Arabie saou- dite. Le trac dans le détroit a depuis diminué. Les Houthis agissent-ils là en toute auto- nomie ou aux ordres de l’Iran ? Le degré de contrôle du groupe par Téhéran est débattu par les spécialistes. Mais, associée à la ferme- ture du détroit d’Ormuz, la menace qui pèse sur le détroit de Bab el-Mandeb fait courir un risque de déstabilis